Carburant.
L’octane 80 se fait rare dans les stations-service et les
files d’attente s’allongent. Le gouvernement promet des
solutions, sans réussir à convaincre les automobilistes.
Reportage.
Frustrations à la pompe
Après
les fils d’attente devant les boulangeries pour
s’approvisionner en pain subventionné, ce sont les
automobilistes qui recherchent l’essence la moins chère qui
font aujourd’hui la queue devant les stations d’essence. Au
centre de la capitale, près de la place Ramsès, les voitures
stationnées devant et autour de la station Misr lil Pétrole,
située à Ghamra, créent un vrai embouteillage. Des véhicules
de tous genres, des taxis, des camions, des microbus et
quelques véhicules privés attendent leur tour pour
s’approvisionner en essence octane 80 qui se vend à 90
piastres le litre. Même si la qualité est bien inférieure,
le prix est très avantageux, surtout pour les propriétaires
de vieux véhicules.
Les hausses des prix des carburants votées par le Parlement
en mai dernier ont touché les différentes catégories
d’essences à la pompe à l’exception de l’octane 80. Pour
l’essence sans plomb 90 et 92, la hausse a atteint 30 et 40
% faisant grimper le prix du litre à 175 et 185 piastres,
respectivement. Et comme d’habitude, que ce soit pour les
produits alimentaires ou les carburants, toute hausse de
prix s’accompagne de la « disparition » des catégories moins
chères.
« Je mets souvent plus d’une heure à attendre mon tour. Et
dans la plupart des cas, des bagarres se déclenchent entre
les automobilistes impatients ou avec les employés de la
station quand ils viennent annoncer à ceux qui attendent
depuis belle lurette qu’il n’y a plus d’essence », explique
Hachem, chauffeur de taxi. « Je fais le plein pour 18 L.E.
Avec l’octane 90, cela me coûterait 35 L.E., une différence
que je ne peux assumer », ajoute-t-il.
Une explication plausible au manque de l’octane 80 serait
l’augmentation de la demande. Outre les conducteurs de taxis
et de microbus qui l’ont toujours utilisée, d’autres,
contraints par la hausse des prix, les ont rejoints. Il
s’agit notamment des propriétaires des voitures
particulières de modèles anciens. « Avec la hausse des prix
et les longs trajets que je fais, je n’ai trouvé d’autres
solutions que d’utiliser l’octane 80 », admet Amir, planté à
côté de sa vieille Regata.
D’autres, comme Achraf Ali, ont eu recours à des solutions
plus « créatives ». « Je remplis la moitié du réservoir avec
du 90 et l’autre moitié avec du 80, de cette façon, je peux
diminuer mes dépenses qui avalent plus d’un quart de mon
salaire. Je fais ce que je peux pour garder ma voiture »,
explique Ali avec un sourire.
Renforcer le contrôle
Cette nouvelle clientèle n’a fait qu’accentuer la
frustration de l’ancienne. La semaine dernière, une bagarre
entre un motard et le responsable d’une station de service
dans le quartier populaire de Choubra s’est soldée par une
dizaine de blessés. « Nous travaillons 24/7. Nos employés
s’engagent même dans l’organisation des files des véhicules
et font tout leur possible pour calmer les clients »,
affirme le directeur de la station Misr de Ghamra. Il
explique que les 22 000 litres d’essence octroyées à la
station s’en vont en moins de quatre heures. « Mais les
clients ont du mal à le croire, ils se mettent en colère et
pensent qu’on leur ment », explique-t-il. Abdallah Chétif,
spécialiste du secteur du pétrole, accuse, quant à lui,
certaines stations de service de mélanger le sans plomb avec
du 80, ce qui, selon lui, contribue à la crise. Il appelle à
renforcer le contrôle et la surveillance du marché, et à
limiter l’utilisation de l’octane 80 aux taxis et microbus.
« C’est seulement cette catégorie de conducteurs qui doivent
avoir droit au 80 », estime-t-il. Depuis la hausse des prix
en mai dernier, la crise ne cesse de s’accentuer, deux mois
après, elle n’est plus tolérable. « La consommation de
l’octane 80 a augmenté de 50 %, alors que les quantités
disponibles restent les mêmes et le gouvernement n’a aucune
intention de les augmenter », affirme un responsable au
ministère du Pétrole, qui a préféré garder l’anonymat. «
Cette catégorie d’essence a disparu dans tous les pays
développés », souligne le responsable.
Sabah
Sabet