Sinaï.
Les deux gouvernorats du Nord et du Sud-Sinaï souffrent d’un
manque d’investissements alors qu’ils possèdent des
potentiels de développement énormes.
Des opportunités d’affaires inexploitées
Seules
704 entreprises ont été créées dans le Sinaï depuis sa
récupération en 1982. Un chiffre bien modeste comparé à
celui de 150 entreprises créées chaque semaine dans le pays.
Le Sinaï est en fait un cas révélant le centralisme et le
déséquilibre de la répartition des investissements dans les
différents gouvernorats. « Le Sinaï ne bénéficie pas des
investissements qu’il mérite », se lamente Amr Assal,
président de l’Organisme de développement industriel. Même
son de cloche chez Assem Ragab, président de l’Organisme des
investissements, tous les deux présents à la conférence sur
l’investissement dans le Sinaï, qui a lieu samedi 12 juillet
à Al-Arich. « Les investissements industriels sont rares
dans le Sinaï. Il existe des cas de réussite mais il s’agit
de cas particuliers et ils ne sont pas à la hauteur de nos
ambitions. Il y a beaucoup d’opportunités que le milieu des
affaires ne prend pas en considération », estime Assem Ragab.
En fait, 85 % des investissements réalisés dans les deux
gouvernorats du Sinaï concernent le domaine du tourisme
contre seulement 6 % dans le domaine industriel. Alors que
les possibilités qu’offre le Sinaï dans les domaines
industriels, métallurgiques et agricoles sont énormes. « Les
capacités du Sinaï dans la métallurgie pourraient être la
locomotive de la croissance de l’Egypte. Bien utilisées,
elles pourront nous permettre de dépasser le taux de
croissance de 7 % », estime Assem Ragab. Abdel-Aal Attiya,
président de l’Administration centrale de l’organisme des
richesses métallurgiques, énumère les particularités de la
région dans ce domaine. Selon lui, le Sinaï dispose de
réserves énormes de pierres d’ornement de très bonne
qualité, comme le granit. « Aucune de ces richesses n’est
utilisée », se plaint Fayçal Mahmoud, membre de la
municipalité du Nord-Sinaï. Le domaine agricole n’offre pas
moins d’opportunités, toujours négligées. « Mais les
derniers mois ont témoigné d’un changement dans ce domaine.
Dans le Sinaï et en Egypte, en général, il existe une
augmentation du nombre d’entreprises dans le domaine
agricole. C’est surtout dû à la hausse du prix des produits
agro-alimentaires. Ce qui représente pour le consommateur un
problème est en fait une opportunité pour les investisseurs.
Le rendement économique et financier des projets agricoles a
considérablement augmenté », explique Mahmoud Mohieddine,
ministre de l’Investissement qui a promis que la situation
dans le Sinaï allait s’améliorer. « Avant, il y avait un
manque de coopération entre les différents ministères, et
aussi entre les gouvernorats eux-mêmes », reconnaît-il.
Ce sont les tensions dans la zone frontalière avec Israël,
qui ont mis cette région dans une situation particulière.
Les ministères de la Défense et de l’Intérieur sont
omniprésents dans les deux gouvernorats du Sinaï. Le
gouvernement refuse de vendre les terrains de cette zone de
peur de les voir acquis par des Israéliens. Ce faisant, il
ne les cèdent que selon un système de concession. Une
condition qui pose problème aux investisseurs car les
banques refusent de leur octroyer des crédits pour financer
les projets construits sur ces terrains, qui ne leur
appartiennent pas. Le ministre de l’Investissement a promis
résoudre prochainement cette difficulté. « En coopération
avec la Banque Centrale et le ministère de la Justice, nous
allons édicter des règles pour clarifier et résoudre les
problèmes que pose ce système », assure Mohieddine. Le
ministère de l’Investissement, semble-t-il, s’est rendu
compte du rôle que le gouvernement doit jouer pour
promouvoir les investissements dans cette zone très
prometteuse. Le secteur privé, à lui seul, ne peut diriger
la croissance, du moins pour le moment. Ainsi, la société
Holding pour les industries chimiques va-t-elle investir 800
millions de L.E. pour la création d’une entreprise de
production de carbonate de sodium au Sinaï. « Nous sommes
importateurs de cette matière vitale qui entre dans beaucoup
d’industries », ajoute Mohieddine. Le gouvernement étudie
également la création d’une société holding pour
l’investissement dans l’industrie au Sinaï. Les actionnaires
seront le ministère du Commerce et de l’Industrie, celui du
Pétrole, les gouvernorats du Nord et du Sud-Sinaï et le
ministère de la Défense. En outre, 7 zones industrielles
spécialisées dans différentes industries devront être
construites ainsi que plusieurs projets touristiques.
Mais pour profiter des richesses du Sinaï, il faut de la
volonté politique et beaucoup d’efforts car il manque de
l’infrastructure. Plusieurs grands projets, suspendus depuis
des années, auraient dû être relancés. Les plus importants
sont la construction du canal Al-Salam, qui devrait relier
l’est et l’ouest du Sinaï. 8 milliards de L.E. ont été
dépensées sur ce projet vital et seulement 20 % des travaux
ont été achevés. Ce projet pouvait à lui seul permettre la
bonification de 500 000 feddans. Un autre projet important
est suspendu, il s’agit de la ligne de chemin de fer qui
devrait relier Le Caire et Al-Arich. Les travaux sont
suspendus à quelque 120 km d’Al-Arich.
Marwa Hussein