Bourse.
Pour la première fois, les experts et les hommes d’affaires
critiquent de concert l’incompétence du gouvernement à
stabiliser les marchés.
Des reproches unanimes
Au
cours de la dernière année, le gouvernement a entrepris une
série de mesures pour stabiliser le marché et cueillir les
fruits des réformes économiques et d’une croissance
dépassant les 7 %.
Interdiction des exportations du ciment et du riz.
Annulation des tarifs douaniers sur les denrées et produits
alimentaires. Obligation pour les producteurs de fer de
préciser un prix plafond pour la tonne du fer. Révision des
subventions accordées à l’énergie aux usines dans les zones
franches ainsi que les prix des différents contrats
d’exportation, etc.
Autant de mesures qui font surgir une question importante :
le gouvernement a-t-il réussi sa mission ? Pas du tout. Les
prix ne cessent de grimper et le taux d’inflation par
exemple a atteint un record de 20,2 % en juin dernier. Des
chutes boursières successives, provoquées par les craintes
des investisseurs. Le prix de la tonne de fer approche les 9
000 L.E., celui du ciment également a atteint quelque 600
L.E. Il est vrai que c’est une crise mondiale, mais comme
l’a confié Hanaa Kheireddine, directeur exécutif du Centre
égyptien des études économiques, il s’agit plutôt d’une
stratégie manquée et de l’échec du gouvernement à contrôler
le marché.
Cela soulève aussi la colère des investisseurs et hommes
d’affaires, alliés du gouvernement égyptien. « Ces mesures
sont catastrophiques. Elles atteignent la crédibilité du
gouvernement. Imaginez qu’ un pays comme l’Australie à qui
nous exportons du riz et chez qui nous achetons du blé,
interdise à son tour de nous exporter du blé ? Nous ne
mangerions plus de pain. Ces décisions soudaines n’ont pas
été profondément étudiées.
Même
chose pour le ciment. Le gouvernement pourrait laisser les
investisseurs installer des usines de ciment au lieu de leur
vendre une licence. N’est-ce pas grâce à cela que le marché
sera ensuite inondé de ciment et que les prix baisseront ?
Procéder à des enchères pour les licences ne fera
qu’augmenter les prix. Les producteurs récupéreront ensuite
les sommes payées aux dépens des consommateurs », affirme
Naguib Sawirès, PDG d’Orascom Telecom et président de la
Chambre de commerce égypto-allemande.
Ce
mécontentement des hommes d’affaires provient également des
dernières modifications des lois économiques et
industrielles. Il s’agit au premier plan de multiplier les
contraintes et engagements financiers imposés aux
investisseurs. Galal Al-Zorba, président de l’Union
égyptienne des industries et un des fidèles du cabinet Nazif,
critique cela sévèrement. Il a cité comme exemple le fait
que le prix d’un mètre carré de terrain industriel est passé
de 30 L.E. à 120 L.E. Il regrette également que les hommes
d’affaires soient dorénavant obligés de s’acquitter
d’impôts fonciers. Tout cela sans compter les sanctions
commerciales qui gonflent d’un jour à l’autre entravant
l’activité des investisseurs. « On ne cesse de répéter que
le cabinet Nazif soutient les hommes d’affaires. Mais en
fait, cet argument n’est plus réel. Le gouvernement a
alourdi leurs contraintes », assure Al-Zorba. Il est donc
temps que le gouvernement révise ses compétences et ses
stratégies puisque ses opposants et les hommes d’affaires
sont pour la première unanimes sur son échec à diriger une
économie performante.
Névine Kamel