Bourse.
Le Case 30 a perdu de sa valeur pendant toute la semaine
dernière en raison d’une série de mesures gouvernementales
strictes, qui a provoqué un départ des investisseurs
étrangers.
Sur une pente glissante
L’indice
de la Bourse égyptienne, le Case 30, poursuivait dimanche sa
tendance à la baisse, entamée il y a trois mois,
enregistrant une contre performance de -0,28 % par rapport à
la veille. Le Case 30 a ainsi perdu 10 % de sa valeur depuis
le début de l’année. A 10 169,27 points à la mi-mai dernier,
l’indice est passé à 9827,28 points fin juin et 9350,74 le 8
juillet dernier. Selon Amr Al-Alfi, directeur des recherches
auprès de la maison de courtage CI Capital, dépendante de la
banque CIB, « dans tous les pays, le marché financier
reflète la performance de l’économie et l’effondrement du
Case 30 est le résultat d’une série de mesures du
gouvernement pour stabiliser le marché et faire face aux
conséquences de la crise économique mondiale », souligne Al-Alfi.
En fait, avec ces mesures (voir encadré), le gouvernement a
touché à l’attractivité des investissements étrangers même
si l’Egypte a été placée en 2007 à la tête des pays les plus
réformateurs en terme de facilité des procédures
d’investissement, suite à la publication du rapport Doing
Business par la Banque mondiale.
Aujourd’hui, l’économie égyptienne a perdu des points suite
à la publication le mois dernier de l’agence de notation
américaine Moody’s, marquant un classement négatif en
matière de capacité d’endettement public et l’échec du
gouvernement égyptien de traiter des dossiers très sensibles
comme celui de la vente de la Banque du Caire il y a trois
semaines, annulée par le gouvernement pour des raisons
stratégiques, ou encore celui du projet Agrium annulé suite
aux pressions de la société civile.
Walaa Hazem, analyste financier auprès du groupe
d’investissement HC, note que depuis la prise de ces
décisions gouvernementales, l’indice de la Bourse égyptienne
n’a cessé de chuter, perdant ainsi la confiance des
institutions financières étrangères à la recherche
d’investissements dans les pays émergeants, mais refroidies
par un marché égyptien peu stable. « Ces investisseurs se
sont orientés depuis le début 2008 vers d’autres marchés :
ceux du Golfe, du Maroc, de Tunisie, du Ghana ou encore du
Botswana, puisque le climat de l’investissement là-bas est
plus stable et même prometteur », note Hazem. Il souligne
que la sortie de ces investissements étrangers a porté
atteinte à la capitalisation du marché, qui enregistrait au
début de l’année une moyenne quotidienne de 2,5 milliards de
L.E. et ne dépasse maintenant même pas 1 milliard. Ce
ralentissement de la Bourse égyptienne a également porté
atteinte aux cours des valeurs-vedettes à l’exemple d’Orascom
Telecom, Orascom Construction et Industrie, Telecom Egypt,
EFG-Hermès, CIB et Fer Ezz. Selon Taïmour Al-Dereni,
analyste financier chez Beltone, ces actions sont les
premières à être affectées par une chute moyenne de 30 % par
rapport au début de l’année. « Ces dernières ont chuté,
affectées par leur baisse en Bourse de Londres. Ce qui a à
son tour fait fléchir le Case 30 puisqu’elles pèsent 77 %
dans ce dernier », explique-t-il en soulignant que puisque
les valeurs-vedettes sont fondamentalement fortes, elles
auront la tâche d’empêcher un fléchissement supplémentaire
car « très demandées en raison de leur prix attractif ».
Instabilité du marché local
Mohamad Al-Assar, analyste technique auprès d’EFG-Hermès,
assure que « l’achat massif de valeurs-vedettes ces trois
derniers jours (mercredi, jeudi et dimanche dernier) ont
contribué à la stabilité de l’indice, même s’il a baissé
très légèrement », remarque Al-Assar, sans donner de
conseils sur l’achat de petites actions. « Ces dernières
représentent un vrai risque puisqu’elles souffrent toutes
d’une performance modeste et leurs cours élevés ne reflètent
pas la santé de l’entreprise », souligne Assar qui prévoit
que l’indice ne dépassera pas les 9 600 pts pendant quelques
temps et pourrait même baisser à 9 200 pts. Et de préciser
qu’ « il n’y a aucun lien entre la situation sur le marché
international et la chute de notre Bourse, qui s’explique
seulement par l’instabilité du marché local ».
Essam Khalifa, directeur de la société Al-Ahli Investments,
assure de son côté que les fonds d’investissements sont les
seuls à échapper à cette dégradation puisqu’ils peuvent
investir dans les obligations et minimiser ainsi les
risques. Ils possèdent de plus assez de liquidité pour
vendre à perte puis acheter d’autres actions afin de
compenser.
Pour se rattraper, le gouvernement semble avoir un plan :
une forte rumeur circule sur une émission probable des
actions de la Banque du Caire en souscription générale.
Affaire à suivre.
Dahlia Réda