Iran.
Les négociations prévues le 19 juillet entre le haut
négociateur iranien sur le nucléaire, Saïd Jalili, et le
chef de la diplomatie de l’Union européenne, Javier Solana,
se dérouleront sur fond de tension.
Issue incertaine
A
la veille des négociations Solana-Jalili prévues le samedi
19 juillet pour discuter de la crise nucléaire iranienne, la
tension entre l’Iran d’une part, et les Etats-Unis et Israël
d’autre part, est montée d’un cran après que Téhéran eut
annoncé, cette semaine, avoir procédé à des essais de
missiles, dont l’un, le Shahab 3, présenté comme capable
d’atteindre Israël, lors de manœuvres militaires en Iran.
Lors de ces manœuvres baptisées Grand Prophète III, dans le
Golfe, l’armée iranienne a testé avec succès plusieurs types
de missiles dont des missiles sol-mer, sol-sol et mer-air,
entre autres un Shahab 3 qui peut atteindre plus de 2 000
km. Selon les dirigeants iraniens, une telle puissance
permettrait à Téhéran d’atteindre une grande partie du
Proche-Orient, notamment Israël ainsi que la Turquie, le
Pakistan et la péninsule arabique. Le missile « Hoot torpedo
», dévoilé par l’Iran en avril 2006 et décrit comme une arme
ultra rapide capable de frapper des sous-marins ennemis, a
aussi été testé avec succès. Selon le commandant des
Gardiens de la révolution, ces récents exercices militaires
sont un « avertissement » lancé aux ennemis de la République
islamique. « Le but de ces exercices est d’améliorer la
capacité de l’Iran à réagir avec rapidité et puissance à de
potentielles menaces d’offensives ennemies », a menacé
samedi le chef de l’armée iranienne, le général Mohammad-Ali
Jafari. « Les exercices militaires apportent de la puissance
à la République islamique d’Iran et sont une leçon pour ses
adversaires », a ajouté Jafari. Le même jour, un haut
responsable iranien a menacé que « l’Iran visera 32 bases
américaines et le cœur d’Israël en cas d’attaque contre son
territoire ». Plus tôt, des dirigeants iraniens ont juré de
« mettre le feu » à Tel-Aviv et à la flotte militaire
américaine dans le Golfe en cas d’attaque contre ses
installations nucléaires, au milieu d’appels des grandes
puissances l’exhortant à suspendre toute activité liée à
l’enrichissement d’uranium. « Nos missiles sont prêts à être
lancés n’importe où, n’importe quand, vite et avec précision
», a lancé le commandant des forces aériennes des Gardiens
de la révolution, Hossein Salami. Parallèlement, le chef
d’état-major de l’armée iranienne avait averti que Téhéran
pourrait fermer le détroit stratégique d’Ormuz, par où
transite environ 40 % du pétrole mondial, si les intérêts de
l’Iran étaient en jeu.
Selon l’expert Mohamad Abbass, cette démonstration de force
de la part de Téhéran est une réponse aux manœuvres
effectuées, le mois dernier, par l’aviation israélienne dans
l’est de la Méditerranée, et décrites par des responsables
américains comme une possible répétition d’une frappe sur
les installations nucléaires iraniennes. « Téhéran tente, à
son tour, de prouver sa force et ses capacités militaires en
cas d’agression contre ses territoires. C’est une sorte de
guerre psychologique qui vise à jeter l’effroi dans le cœur
de ses ennemis. A vrai dire, Téhéran possède des missiles
qui peuvent atteindre le cœur d’Israël et frapper les bases
américaines au Golfe. Par ces manœuvres, l’Iran veut obliger
la communauté internationale à entamer des négociations
sérieuses avec lui », analyse M. Abbass.
Ce scénario effrayant a fort inquiété toute la communauté
internationale cette semaine, surtout les Etats-Unis dont la
secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, a déclaré : « les
Etats-Unis ont renforcé leur présence militaire dans le
Golfe et n’hésiteraient pas à défendre leurs alliés et
surtout Israël », qui se considère comme la cible désignée
des missiles mais aussi des activités nucléaires iraniennes.
Déjà, les Etats-Unis, comme Israël, n’ont pas exclu
récemment un recours à la force contre l’Iran pour stopper
son programme nucléaire, dont les Occidentaux craignent
qu’il ne cache un volet militaire sous couvert de production
d’électricité.
Efforts diplomatiques
Soufflant le chaud et le froid comme d’habitude, la
République islamique a tenté de garder un certain équilibre.
Parallèlement aux manœuvres, le porte-parole du gouvernement
iranien, Gholam-Hossein Elham, a déclaré, dimanche, que
l’Iran est prêt à entamer des négociations « honnêtes » avec
les Occidentaux sur le dossier nucléaire. Prouvant le
sérieux de leur engagement, les dirigeants iraniens ont
annoncé que la rencontre Jalili-Solana a pour but de
poursuivre les négociations sur les propositions avancées en
juin dernier par le groupe des six grandes puissances
impliquées dans le dossier nucléaire iranien (Etats-Unis,
Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne). Le
mois dernier, M. Solana a remis un paquet de propositions
formulé par le Groupe 5+1 en vue de convaincre Téhéran de
stopper l’enrichissement. Les propositions des six visent à
engager avec Téhéran des négociations sur des thèmes allant
de l’énergie nucléaire à la politique, en passant par
l’économie et un partenariat énergétique, en échange de
garanties sur l’arrêt de toute opération d’enrichissement
d’uranium.
Plus diplomatique encore a paru, dimanche, le président
ultraconservateur iranien Mahmoud Ahmadinejad qui, malgré
ses menaces de couper les mains des agresseurs —
probablement américains ou israéliens —, a accueilli
favorablement l’idée d’une présence américaine en Iran sous
la forme d’une section d’intérêts. « Nous accueillons
favorablement toute action qui aidera à renforcer les
relations entre les peuples », a déclaré M. Ahmadinejad. Un
responsable du département d’Etat américain avait affirmé
fin juin dernier que les Etats-Unis envisageaient pour la
première fois l’ouverture d’une section d’intérêts
américaine à Téhéran, avec des employés américains qui y
disposeraient d’un statut diplomatique, similaire à celle
qui fonctionne à Cuba depuis 1977. « Telle a été toujours la
nature des Iraniens : adopter deux attitudes diamétralement
opposées pour ne rien perdre. Battre d’une main et caresser
de l’autre. Les négociations que Téhéran veut entamer visent
en fin de compte à gagner du temps jusqu’à ce que le mandat
du président George W. Bush touche à sa fin en novembre
prochain. Sinon, Téhéran n’a aucune intention de stopper son
programme nucléaire », estime Mohamad Abbass.
Selon les analystes, le dossier du nucléaire iranien, qui
apparaît comme la crise majeure de ce siècle, risque de
perdurer. Et il est difficile de pronostiquer à l’heure
actuelle quel dénouement il prendra.
Maha
Al-Cherbini