Exposition.
L’artiste espagnol, Josep Maria Rius dit Joma, rapproche
habitants et sites historiques de la Méditerranée. Et ses
photos couleurs retracent un trajet « sans fin ».
Le mystère des casques rouges
Combien
de projets se créent au nom de la Méditerranée ! Des
partenariats qui se nouent et se dénouent, faisant couler
beaucoup d’encre et d’argent. Pour combattre les images
stéréotypées véhiculées de part et d’autre, il faut
faciliter la connaissance de l’imaginaire produit par une
culture. Ceci dit, il faut traduire, coproduire des films …
Et parfois, organiser des expositions comme celle tenue
depuis le 22 juin au Musée Mokhtar au Caire, et qui se
déplacera après à Alexandrie. L’illustrateur et cartooniste
catalan, Josep Maria Rius, né à Barcelone en 1954 et connu
sous le pseudonyme de Joma, expose des photographies, cette
fois-ci.
Il y a quatre ans de cela, il a commencé un voyage «
ambitieux », à travers l’Italie, le Liban, la Syrie et
l’Egypte, pour opérer aussi un voyage dans le temps. D’où le
titre de l’exposition « Voyage sans fin ». Il a tenté de
tracer une ligne fictive à travers la Méditerranée, reliant
les endroits qu’il a visités, comme on fait en marquant ses
destinations sur une carte pour planifier un séjour. Sur les
photos exposées, les marques rouges se transforment en
casques rouges, non sans rappeler les excavateurs ou les
bâtisseurs qui ont dû passer par là. Ils sillonnent les
images en couleurs pour transmettre un message parfois un
peu « tiré par les cheveux ». Des civilisations riches,
anciennes et diversifiées ont traversé cette mer antique,
laissant derrière des cultures au pluriel et des suites de
vie.
Il
faut dire aussi que cette continuité est souvent disloquée.
Le processus de Barcelone, lancé en 1995, a été jusqu’ici
l’instrument central des relations Euro-méditerranéennes,
représentant un partenariat de 39 gouvernements et plus de
750 millions de personnes. L’Union de la Méditerranée est
censée compléter cette initiative. Mais reste que l’échange
Euromed est facilement entravé rien que par un régime
compliqué de visas, sans passer par les conflits politiques
et les problèmes de l’immigration. Les gens que l’on voit se
recueillir ou faire leur prière facilement sur les photos ne
peuvent pas toujours communiquer salubrement comme à travers
les images de Joma. On n’est pas si tranquille sur la
corniche, sirotant son thé, comme sur les photos. Et l’on
n’arrive pas toujours à se tenir aussi droit et dignement,
comme insinue Joma, en rapprochant les êtres et les colonnes
historiques, à travers les photos. On n’a plus affaire à des
marins grecs ou phéniciens qui se promenaient en
Méditerranée, érigeant des colonnes là ils vont. Ses têtes
colossales de Ramsès II ou autres, gisant au pied d’une
statue pharaonique, côtoient celles des vendeuses ambulantes
du marché populaire. La tendance floue des photos est tout à
fait à l’image idyllique que se fait Joma et de son projet.
Dalia
Chams