Al-Ahram Hebdo, Arts | La liberté piégée
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Arts

Cinéma. Dans Masgoune transit (prisonnier en transit), Sandra Nachaat dresse le portrait d’un voleur à mi-chemin entre intégrité et dérive dans un monde qui fait peu de place à la morale. 

La liberté piégée 

Témoin de son temps, qu’elle décrit peu mais qu’elle interroge par les moyens de la fiction. Voilà de prime abord la tendance de la cinéaste Sandra Nachaat depuis son succès Voleurs en maternelle, où elle présentait des marginaux, qui bien que vivant dans l’illégalité, sont porteurs d’une certaine morale. Juste assez pour donner des repères nécessaires à identifier les poids lourds en catégorie de voleurs qui menacent la sécurité de la société et font reculer les utopies de justice sociale. C’est qu’il y a une dynamique à l’œuvre dans les films de Sandra, celle de la place des humains dans leur époque et la confrontation des titans de la corruption, dont la défaite témoigne de la limite malgré tout de leur projet visant à mener le monde et les autres à leur guise.

Dans Prisonnier en transit, Ali (Ahmad Ezz) campe dans la silhouette d’un homme et d’une idée en marche avec sa part de drames et d’échecs. Voulant manier son sort en sautant agilement du métier de chauffeur de taxi à celui de cambrioleur pour entretenir sa mère et accumuler de l’argent pour émigrer, il espère que sa jeunesse, qui lui offre une bouffée d’oxygène, durera longtemps. Il ne peut toutefois que compter sur sa propre conscience pour comprendre qu’il est propulsé vers le futur ou au contraire qu’il recule dans l’ombre. Arrêté au seuil de l’agence de change qu’il cambriole, après avoir assassiné le gardien, il écope d’une peine à perpétuité. Mais un officier de haut rang, Chawqi (Nour Al-Chérif) lui propose une issue en l’enrôlant au compte de la sûreté de l’Etat.

Le thème de la seconde chance qui cimentait le film Mafia n’a pas cours ici. Il y a un angle mort dans ce coup du sort. Si Ali voit dans cette liberté retrouvée l’aubaine d’un sursis, un bonus temps pour se faire une nouvelle vie, il est néanmoins solitaire, avec une nouvelle identité, coupé des siens. Il n’a d’autre choix que de se mettre au travail sous la commande de celui qui le guide. Cette situation « source naturelle » de tensions nous rappelle qu’à force de remonter le fleuve à coups grimés, on finit par retrouver le renversement fatal au bout de l’aventure.

C’est qu’il y a une cohérence qui construit l’œuvre. Il ne s’agit pas de rêver d’un futur idyllique dans un monde traversé de tensions aggravées entre poids lourds et poids légers de la catégorie de fraudeurs et de grands usurpateurs. Ce qui semble acquis illégitimement sans retour aura fragilisé l’ordre. La raison d’être de cet ordre est de s’opposer désormais à cette dérive. C’est un des fils conducteurs du scénario du film.

Au terme de certaines péripéties, on voit Ali bien établi dans son agence de voitures et sa famille, mais on sent qu’une violence tapie sous la surface finira par resurgir. C’est que la fiction ne se préoccupe guère d’avancer, si ce n’est pour lancer le spectateur sur de fausses pistes. On colle alors aux basques de Ali et de son assistant dévoué, Chahine (Salah Abdallah) qui, quand il se mêle du business de son maître, suscite la moquerie. Ces gags sont exemplaires de la virtuosité de la cinéaste. On n’est pas là pour parler uniquement de vente de voitures, car les directions doivent retrouver la route indiquée par le titre Prisonnier en transit. L’invariant du mouvement est l’immobilité, celle tirée d’une liberté limitée. Le temps du film est forcément autre, celui du passé qui reprend ses droits inévitablement. La cinéaste veut par là que l’acte immoral du départ puisse devenir moral pour prouver que la morale arrive en retard après. Elle s’inscrit dans le corps de Ali qui a tué pour se défendre alors que le mal avait un nom, celui de Chawqi, qui se révèle être un grand fraudeur au service de hauts fonctionnaires et de députés corrompus, chacun au gré de ses galons.

Ali s’est rattrapé par les bonnes actions qu’il multiplie autour de lui. A présent, il est différent. Il a entamé un virage moraliste qui le conduit sur l’autre rive, du côté de la légalité. On est heureux de le voir réinventer son art. Comme un chirurgien, il ouvre les plaies pour les nettoyer, effaçant les distorsions et restaurant le retour à lui-même via la séduction du comédien Ahmad Ezz, fascinant dans la transparence de ses signes. Sandra soutient une morale aussi protectrice qu’un feu, dessinant un foyer temporaire au milieu d’une terre sans salut.

Amina Hassan

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