Cinéma. Le Festival
cinématographique de Munich, qui s’est achevé le 28 juin dernier, s’est
particulièrement distingué par la présence de plusieurs cinéastes arabes aux
œuvres imprégnées de douleurs.
Images tonitruantes
Le
jour même où le gouvernement allemand était réuni pour décider des moyens
d’aide qu’on peut attribuer au peuple palestinien, ont été projetés deux films
arabes particulièrement touchants.
Le
premier Ma Salama Jamil est l’œuvre de Omar Charquaoui, né d’une mère danoise et d’un père palestinien.
Le film raconte, à l’aide d’images très violentes, les conflits de la
communauté arabe à Copenhague, provenant entre autres de la haine entre chiites
et sunnites. Le personnage principal, au prénom de Jamil, est déchiré entre la
vengeance de sa mère cruellement tuée et l’espoir d’une meilleure vie pour son
jeune fils. L’histoire prend un mauvais tournant, muant en un vrai drame avec
des scènes sanglantes et fatiguantes. Même si le
réalisateur avait de bonnes intentions, il n’a pas été tout à fait capable de
les exprimer. Car ces images choquantes n’incitent pas à une réflexion
objective sur la société musulmane. Interrogé par le public à cet égard, le
réalisateur a affirmé que le film n’est pas si virulent que cela, la preuve est
qu’il participera à plusieurs festivals au Moyen-Orient et qu’il sera projeté
en Egypte. Il faut alors attendre les réactions.
Le
deuxième film est Al-Qoloub al-mohtariqa
(les cœurs brûlés) d’Ahmed El Maanouni. Un
chef-d’œuvre, que l’on peut considérer aussi comme un hymne à la culture
marocaine. Pris par un langage poétique, le spectateur se laisse aller
facilement, partageant des émotions en noir et blanc. L’histoire est simple,
elle sert de toile de fond à un poème mis en images. Le jeune architecte Amine,
vivant à Paris, retourne à Fez, pour voir une dernière fois son oncle mourant
qui l’a élevé. Ses visites à l’hôpital le ramènent à son enfance difficile. Son
passé le hante.
Kharej Altagtia,
(Out of Coverage) du Syrien Abdellatif Abdoulhamid, excelle à traduire intelligemment le dilemme
éternel de l’homme pris entre deux femmes.
Comme
de coutume, ces dernières années, le festival a privilégié le thème de la
guerre d’Iraq. Le plus important a été un film de Mohamed Al-Daradji, La guerre, l’amour, Dieu et la folie, une sorte de
documentaire sur le tournage d’une autre fiction intitulée Ahlam.
L’équipe a vécu toutes les atrocités de la guerre et de la vie quotidienne en
Iraq, après la chute du régime de Saddam Hussein. Le film aborde également les
difficultés de trouver des acteurs à Bagdad, révélant que plusieurs comédiennes
ont refusé de jouer le rôle d’Ahlam à cause d’une
scène de viol.
Cette
année, à l’occasion des Jeux olympiques de Pékin, le cinéma chinois s’est
taillé pour la première fois une place importante dans le Filmfest
München. Le cinéma actuel chinois évoque souvent les
changements radicaux de la société là-bas et il donne une vision nouvelle de ce
« dragon ».
Pour
sa clôture, le festival a offert un cadeau au grand public, en projetant un
film muet de Fritz Lang, Ernst Lubitsch, lequel a été reconstitué par les soins
de la Fondation Friedrich Wilhelm Murnau et accompagné d’un concert live donné
par Aljoscha Zimmermann et son ensemble.
Fawzi Soliman