Zimbabwe.
L’échec du Conseil de sécurité à adopter une des sanctions
contre le régime de Harare et les divisions occidentales
profitent à Robert Mugabe, qui vise désormais à mener avec
l’opposition des négociations sur les bases qu’il choisit.
Mugabe savoure sa victoire
Après
avoir réussi à se faire réélire au second, alors qu’il était
sur le point de se faire évincer au premier tour des
présidentielles, et après avoir réussi à obtenir une
quasi-approbation de la part de l’Union Africaine (UA), le
président zimbabwéen, Robert Mugabe, se réjouissait cette
semaine de ce qu’il considère une nouvelle victoire :
l’échec du Conseil de sécurité de l’Onu à adopter un projet
de sanctions contre Harare. Les Etats-Unis, fer de lance du
mouvement anti-Mugabe au sein de la communauté
internationale, ont en effet subi un sérieux revers après
avoir été incapables de faire passer leur projet au Conseil
de sécurité, suite au veto de la Russie et de la Chine. Le
projet de résolution avait été rédigé par les Américains. Il
prévoyait un embargo sur les armes à destination du Zimbabwe
et des sanctions ciblées — interdiction de voyager et gel
des avoirs financiers à l’étranger — contre 14 dignitaires
du régime, dont le président Robert Mugabe, considérés comme
ayant entravé le processus électoral démocratique dans le
pays ou participé aux violences.
Fort de cet échec, le régime de Mugabe a annoncé une fois de
plus que la crise au Zimbabwe était une question interne,
qui doit être réglée à travers les négociations entre les
partis en conflit non pas par l’intervention étrangère. « Le
veto aux Nations-Unies est une victoire diplomatique
historique, pas seulement pour le Zimbabwe, mais aussi pour
le reste de l’Afrique, pour la Communauté de développement
d’Afrique australe (SADC) et le monde en développement », a
ainsi commenté le ministre de l’Information Sikhoanyiso
Ndlovu. De son côté, l’opposition zimbabwéenne s’est
contentée de noter « que le Conseil de sécurité avait
reconnu la magnitude des problèmes rencontrés par le
Zimbabwe ».
A l’origine du veto russe et chinois, se trouve une volonté
de ne pas internationaliser la crise. En effet, les
opposants au projet sur le Zimbabwe étaient hostiles à
l’implication du Conseil dans la crise. Ils ont tous soutenu
que la situation au Zimbabwe ne constituait en rien une
menace pour la paix et la sécurité internationale, seul
champ de compétence du Conseil de sécurité. Ils ont
également argué que prendre des sanctions maintenant
risquait de compromettre les délicates négociations entre
les partis rivaux du Zimbabwe, entamées cette semaine à
Pretoria sous l’égide du président sud-africain, Thabo Mbeki.
Justifiant son opposition, le gouvernement sud-africain a
annoncé : « Imposer des sanctions aurait eu des conséquences
négatives sur le processus actuel de dialogue entre les
parties », a estimé le ministre sud-africain des Affaires
étrangères. « Le rôle de la communauté internationale doit
être d’encourager les partis politiques du Zimbabwe à
approfondir et consolider le processus actuel de dialogue »,
a-t-il ajouté. De son côté, la Russie a expliqué son veto en
disant qu’adopter des sanctions contre le Zimbabwe aurait
constitué « un dangereux précédent » d’ingérence dans les
affaires intérieures d’un pays.
L’opposition affaiblie
Du côté de l’opposition, l’espoir de voir la démocratie
l’emporter s’amenuise de plus en plus. Le chef du principal
parti d’opposition, Morgan Tsvangari, le Mouvement pour le
changement démocratique (MDC), semble ne plus avoir beaucoup
d’options après ce revers. Essayant de trouver une dernière
chance, le MDC a toutefois demandé à l’Union africaine
d’intervenir dans le processus de médiation avec le régime,
actuellement mené par l’Afrique de Sud. « Le MDC doit se
tourner vers les leaders africains parce qu’il n’a pas
d’autre chance. L’option Union africaine ou SADC est la
seule route pour résoudre cette crise », explique le Dr
Abdallah Abdel-Razeq.
En tant que blocs, l’UA et la SADC n’ont jamais condamné
publiquement M. Robert Mugabe. Après sa réélection
contestée, elles avaient opté pour une position conciliante,
se contentant de souhaiter la formation d’un gouvernement
d’union nationale et d’encourager les efforts de médiation
de M. Mbeki, président sud-africain. Réconcilier les
positions du pouvoir et du MDC risque toutefois d’être
difficile. Le MDC, qui a régulièrement accusé le président
Mbeki de complaisance envers son homologue zimbabwéen,
réclame également la nomination d’un envoyé de l’Union
Africaine (UA) ou de l’ONU pour le seconder dans la
médiation.
Pendant ce temps, les négociations entre opposition et
pouvoir n’ont toujours pas abouti. Les deux parties se sont
retrouvées le week-end dernier à Pretoria pour des
discussions menées dans la plus grande discrétion dans
l’espoir de trouver une issue négociée à la crise.
Cependant, selon un journal gouvernemental, les deux parties
auraient fait un pas supplémentaire en vue d’un accord sur
la tenue de pourparlers. The Sunday Mail a ainsi rapporté
dimanche que des négociateurs du parti au pouvoir (Zanu-PF)
et de l’opposition vont rédiger un protocole d’accord, qui
va être soumis à l’approbation des dirigeants de ces deux
partis. Ce protocole d’accord doit définir les conditions de
la tenue des pourparlers, leur cadre général, la composition
des équipes de négociateurs, ainsi que l’ordre du jour des
négociations, ajoute le journal.
Une note d’espoir ? Rien de moins sûr pour le moment.
Pourtant, il semble bien que la voie des négociations soit
la seule valable. Selon les analystes, la seule issue de
cette crise est la formation d’un gouvernement d’union
nationale. « Cette crise peut être réglée si les leaders de
l’opposition occupent des rôles importants dans la vie
politique », explique le Dr Abdallah Abdel-Razeq, analyste
au Centre des études africaines au Caire. Cet avis est
partagé par plusieurs analystes, dont le Dr Nasr Ibrahim, du
Centre des études africaines, selon lequel les négociations
demeurent le seul moyen. Or, pour l’heure, rien ne garantit
que les pourparlers aboutissent. D’ores et déjà, la Zanu-PF
et le MDC divergent diamétralement sur les bases des
discussions, et rapprocher leurs points de vue risque d’être
délicat. Le MDC exige l’arrêt des violences et rapporte
chaque jour de nouvelles attaques contre ses partisans,
alors que le président Mugabe pose comme préalable d’être
reconnu comme le chef de l’Etat, une exigence refusée aussi
bien par l’opposition que par l’Occident.
Maha
Salem