Football.
Très critiqué cette saison,
Gamal Al-Ghandour, président du comité d’arbitrage
auprès de la Fédération égyptienne de football, s’explique
sur ses méthodes de travail et dresse son bilan.
« Les arbitres sont des êtres humains »
Al-ahram
hebdo : Cette saison footballistique qui vient de s’achever
a été marquée par les polémiques autour de l’arbitrage …
Gamal Al-Ghandour :
La question ne concerne seulement pas cette saison.
Critiquer l’arbitrage est l’une des traditions de la presse
depuis longtemps. Nous sommes habitués à nous voir critiquer
et attaquer par les médias et les dirigeants des clubs avec
et sans raisons.
— Il n’y a pas que les critiques des médias et des clubs.
Vous êtes aussi critiqué par des membres de la Fédération
Egyptienne de Football (FEF) ...
— Dès mon arrivée à la tête du comité d’arbitrage au sein de
la FEF au début de la saison 2005-2006, des membres de la
FEF ne voulaient pas de moi. Ils sont en différend avec moi.
Mais le problème est que ce n’est pas un simple différend
théorique sur la manière de travailler, il concerne le
simple fait d’en avoir un ! Ces membres ne ratent aucune
occasion pour me bombarder de critiques acerbes dans les
médias. C’est décevant. Mais vraiment le point positif est
que la position de la FEF reste en ma faveur. La FEF me
soutient toujours et malgré les critiques dont le comité
d’arbitrage est l’objet, elle le soutient et soutient notre
politique de travail.
— Le directeur technique d’Al-Masri, Hossam Hassan, a
critiqué le comité d’arbitrage suite au penalty sifflé
contre son équipe en faveur d’Enppi, en dernière journée de
championnat. Il veut se présenter aux prochaines élections
de la FEF, pour mettre fin à ce qu’il appelle les «
scandales de l’arbitrage ». Qu’en pensez-vous ?
— Hossam Hassan s’est trop énervé après ce match pour avoir
concédé un nul à domicile, 2-2, après avoir mené 2-1 la
rencontre. Il a perdu le contrôle et a fait ces déclarations
qui sont hors de toute logique. Et c’est humain. Mais nous
ne pouvons pas discuter ces déclarations avec lui, car à mon
avis il n’était pas très conscient de ce qu’il disait à
cause de la tension du match. C’est normal, il est directeur
technique et ne veut pas perdre. En tout cas, je ne peux pas
répondre à de telles déclarations …
—
Mais à part ces critiques de Hossam Hassan, il y a vraiment
eu cette saison des erreurs d’arbitrage qui ont changé les
résultats des matchs ...
— Je ne nie pas qu’il y a eu des erreurs, les arbitres sont
des êtres humains. Ils ne sont pas des extraterrestres qui
ne commettent jamais de fautes. Mais l’essentiel est que ces
erreurs n’ont pas été intentionnelles. Je parle avec mes
arbitres après les matchs, et il y a sans doute des
récompenses et des punitions à distribuer, selon leurs
performances.
— Vous venez de remercier la FEF pour vous avoir soutenu et
pour avoir soutenu votre politique de travail. Pouvez-vous
nous l’expliquer ?
— Je préfère parler avec des chiffres, c’est plus crédible.
Depuis mon arrivée au début de la saison 2005-2006, j’ai
appliqué le règlement des arbitres professionnels. Du côté
financier, l’arbitre touchait 200 L.E. par match, ce que je
considère comme une honte pour l’arbitrage égyptien.
Aujourd’hui et après trois saisons, les primes d’arbitrage
pour un match sont passées de 200 à 600 L.E., soit 300 %. Du
côté technique, en arrivant j’ai commencé à étudier le
niveau des arbitres qui existaient jusque-là. J’ai trouvé
onze arbitres centraux seulement, qui sont à la hauteur
d’arbitrer en championnat de première division. Alors, je
les ai gardés et adopté un nouveau système de formation
d’arbitres. J’ai commencé par chercher des arbitres
talentueux. Je leur ai élaboré un programme de formation.
Une fois prêt, je teste chaque arbitre lors de deux matchs
de deuxième division, s’il réussit, je lui donne un match en
D1. Normalement je commence par un match facile, et quand
ils gagnent en confiance et expérience, je leur confie des
matchs plus importants comme ceux de Zamalek, Ahli ou
Ismaïli, par exemple. Lors de ma première saison, sur les 17
arbitres talentueux, 8 seulement ont réussi à la fin de la
formation. Le nombre a augmenté la saison suivante. Ce
système a porté ses fruits, et après 3 saisons le nombre
d’arbitres centraux de D1 est passé de 11 arbitres en 2005 à
40 à la fin de cette saison. Seuls Essam Abdel-Fattah, Ahmad
Ouda et Mohamad Kamal « Richa » sont toujours là depuis
2005-2006 et les autres sont les nouveaux prometteurs.
— Malgré tous ces succès, comment justifiez-vous ces
critiques qui vous sont adressées, comme celle disant que ce
comité d’arbitrage est le pire de tous ?
— C’est normal. En arrivant en 2005, je savais que j’allais
faire face à beaucoup de critiques et d’attaques, car je
veux opérer des réformes, et partout dans le monde, ceux qui
font des réformes sont toujours critiqués et attaqués au
début par les autres. Dès le premier jour, j’ai connu des
critiques et des attaques sévères par tout le monde. Si je
n’avais pas cru en ce que je faisais, je serais parti
surtout que j’ai beaucoup d’autres propositions. Mais j’ai
préféré rester pour continuer ce que j’avais commencé.
— Et pour la saison prochaine ?
— Je vais continuer ma mission pour essayer d’accomplir ce
que j’ai déjà commencé il y a trois saisons.
— Il paraît que vous avez reçu une bonne proposition de la
Fédération d’Oman et que vous allez quitter la tête du
comité d’arbitrage de la Fédération égyptienne de football.
C’est vrai ?
— Moi aussi j’ai entendu cela à la télévision et j’ai été
très étonné. En plus, c’est le vice-président de la
Fédération égyptienne de football qui l’a annoncé sur son
émission sportive diffusée sur une chaîne privée. Je suis
encore plus étonné. Je n’ai rien reçu de la Fédération
d’Oman et j’ai l’intention de continuer avec la FEF.
— Il y a 10 ans, en revenant de la Coupe du monde 1998, vous
avez confié à Al-Ahram Hebdo avoir beaucoup de rêves en ce
qui concerne l’arbitrage égyptien. Aujourd’hui, avez-vous
réalisé ce dont vous rêviez ?
— Franchement ce que j’ai réalisé va au-delà de mes rêves.
J’ai réussi à me faire un nom, ainsi qu’à inscrire celui de
mon pays et de mon continent dans l’Histoire. J’étais le
premier arbitre arabe, africain et égyptien à arbitrer à
l’Euro lors de l’édition 2000 puis le premier à arbitrer aux
éliminatoires de la Coupe du monde (zone Amérique du Sud) en
arbitrant le match Jamaïque–Mexique. En 2001, j’ai arbitré
la Coupe des confédérations et j’ai eu l’honneur d’arbitrer
la demi-finale entre la France et le Brésil. J’ai participé
à la Coupe du monde 2002 co-organisée par la Corée du Sud et
le Japon, et après avoir réussi un bon premier tour, le
comité d’organisation m’a confié un match de quarts de
finale entre l’Espagne et la Corée du Sud. Après avoir
arrêté ma carrière d’arbitre, j’ai réussi mon rêve de
formation des arbitres et j’ai réussi plusieurs autres
choses, dont la plus importante est de devenir instructeur
international auprès de la FIFA et superviseur de la FIFA
sur les arbitres pour la Coupe du monde des moins de 20 ans
(Canada 2007) et la Coupe du monde des moins de 17 ans
(Corée du Sud 2007). Depuis 2003, je suis membre du comité
d’arbitrage auprès de l’Union arabe de football et depuis
2005 je suis devenu le premier président du premier comité
d’arbitrage professionnel en Egypte. En plus de cela, je
suis le premier à intégrer l’analyse technique pour
l’arbitrage des matchs à la télévision avec une méthode
scientifique et académique, une première pour les chaînes de
télévisions arabes.
— L’Egypte joue son premier match aux éliminatoires
combinées de la Coupe du monde et de la Coupe d’Afrique des
nations 2010 contre la RD Congo. Quelles sont, selon vous,
les chances des Pharaons de se qualifier au Mondial ?
— Tout ce que je peux dire, c’est que cette fois-ci, les
chances de l’Egypte sont meilleures par rapport aux
éliminatoires précédentes. Mais cela ne veut pas dire que la
qualification sera facilement acquise … Il faut beaucoup de
concentration et de volonté. Si les Egyptiens présentent le
même football que celui de Ghana-2008 et que les joueurs
évoluent avec le même esprit de cette CAN, ils pourront
facilement arracher leur ticket pour l’Afrique du Sud 2010.
Propos recueillis par Amr Moheb