Les négociations entre la Syrie et Israël. Pourquoi ?
Radwan Ziyad
L’annonce de la reprise des
négociations indirectes entre la Syrie et Israël à travers une médiation turque
a soulevé de nombreux espoirs de parvenir à un accord de paix. Cette annonce convenue
entre les deux parties a été précédée par une année entière de négociations
secrètes. Elle fut accompagnée au sein d’Israël par une large polémique autour
de la paix avec la Syrie. Un sondage d’opinion a dévoilé que la plus grande
partie de l’opinion publique israélienne ne désirait pas rendre le Golan à la
Syrie. Les négociations sont donc devenues un sujet de tension au sein de la
communauté politique israélienne entre la gauche et la droite. Il s’agirait
simplement de marquer des buts dans le clan de l’adversaire. Il se peut aussi
qu’il s’agisse d’une issue pour le premier ministre israélien de sa crise
actuelle.
D’aucuns peuvent prétendre que la
situation n’a pas beaucoup changé au sein de la société israélienne à travers
les longues années de négociations. Cependant, aujourd’hui les deux parties ne
discutent pas des détails comme c’était le cas auparavant. Elles discutent du
principe : Entrer dans des négociations avec la Syrie ou pas ?
De l’autre côté, la Syrie semble
préoccupée par la même question mais d’une autre manière. La Syrie a une visée
proche et une visée lointaine. Elle a les yeux sur le Golan, mais elle vise les
Etats-Unis. En effet, elle réalise parfaitement que la reprise des négociations
nécessite l’approbation de trois parties. Il semble donc que les négociations
syro-israéliennes ne sont pas un objectif en soi. La partie israélienne sait
parfaitement que le prix final des négociations sera le Golan. Mais, il ne
semble pas que la gauche ou la droite soient disposées à payer ce prix. La
partie israélienne veut plutôt alléger l’ampleur de la défaite subite par la
guerre de juillet 2006 et en même temps essayer d’isoler l’axe formé contre
elle par la Syrie, l’Iran et le Hezbollah. En effet, son démantèlement mènera
inéluctablement à l’affaiblissement de l’Iran. Par conséquent, le Hezbollah
n’aura plus de prétexte politique de conserver ses armes. Et ce, si nous
imaginons que le Liban suivra la Syrie dans la signature d’un accord de paix.
Pour la Syrie, la persistance de
l’occupation du Golan ainsi que son incapacité de présenter une quelque
conception ou idée pour la restituer constituent une source d’embarras
permanent pour sa légitimité, ainsi que devant ses voisins arabes. Il est vrai
que les négociations pourraient aboutir à la restitution du Golan. Cependant,
elles peuvent aboutir à un résultat plus important. Le rôle des Etats-Unis peut
se transformer du rôle de menaçant et d’initiateur à la promulgation du plus
grand nombre de résolutions internationales contre eux au rôle de souteneur des
négociations. La différence est énorme entre les deux rôles.
Par ces négociations, Israël
désire garantir l’isolement radical des autres fronts. Quant aux Syriens, ils
veulent alléger les pressions internationales provenant du front libanais. Les
deux parties entrent donc dans ces négociations pour ouvrir les autres portes
fermées. Israël veut ouvrir les portes du monde arabe en convainquant la Syrie
de reprendre les négociations et de fermer les portes du Hezbollah et des
menaces iraniennes. Quant à la Syrie, elle ouvre la porte de la reprise des
relations avec les Etats-Unis par la simple ouverture de la porte des
négociations avec Israël. Mais pourquoi les Etats-Unis s’opposent-ils à toute
reprise des négociations ? Ils considèrent que ces négociations sacrifient
ainsi le gouvernement libanais, notamment le gouvernement de Siniora qu’ils
doivent soutenir fortement. Et ce, surtout après le renversement du Hezbollah
et l’accord de Doha qui a octroyé le tiers garant, selon le langage du
Hezbollah en tant qu’engagement moral et en justification de la légitimité
politique sur laquelle s’est basé le programme de l’Administration Bush dans le
soutien des démocraties. Le gouvernement libanais en tant que gouvernement élu
doit être soutenu. De plus, le soutenir représente une pression sur la Syrie et
une punition pour sa mauvaise gestion au Liban et en Iraq.
La reprise des négociations
mènera-t-elle à des résultats palpables ? Ceci semble impossible sous le mandat
de l’Administration Bush qui adopte une position hostile envers Damas. Par
conséquent, les deux parties syrienne et israélienne ne pourront pas reprendre
les négociations seules. Et même si elles reprennent les négociations, elles ne
pourront aboutir à rien sur le plan pratique. Nous revenons donc à la case
départ. Ces négociations ne sont pas un objectif en soi. Elles sont le débouché
vers d’autres négociations auxquelles veulent parvenir les deux parties.