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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Opinion
 

Les négociations entre la Syrie et Israël. Pourquoi ?

Radwan Ziyad

L’annonce de la reprise des négociations indirectes entre la Syrie et Israël à travers une médiation turque a soulevé de nombreux espoirs de parvenir à un accord de paix. Cette annonce convenue entre les deux parties a été précédée par une année entière de négociations secrètes. Elle fut accompagnée au sein d’Israël par une large polémique autour de la paix avec la Syrie. Un sondage d’opinion a dévoilé que la plus grande partie de l’opinion publique israélienne ne désirait pas rendre le Golan à la Syrie. Les négociations sont donc devenues un sujet de tension au sein de la communauté politique israélienne entre la gauche et la droite. Il s’agirait simplement de marquer des buts dans le clan de l’adversaire. Il se peut aussi qu’il s’agisse d’une issue pour le premier ministre israélien de sa crise actuelle.

D’aucuns peuvent prétendre que la situation n’a pas beaucoup changé au sein de la société israélienne à travers les longues années de négociations. Cependant, aujourd’hui les deux parties ne discutent pas des détails comme c’était le cas auparavant. Elles discutent du principe : Entrer dans des négociations avec la Syrie ou pas ?

De l’autre côté, la Syrie semble préoccupée par la même question mais d’une autre manière. La Syrie a une visée proche et une visée lointaine. Elle a les yeux sur le Golan, mais elle vise les Etats-Unis. En effet, elle réalise parfaitement que la reprise des négociations nécessite l’approbation de trois parties. Il semble donc que les négociations syro-israéliennes ne sont pas un objectif en soi. La partie israélienne sait parfaitement que le prix final des négociations sera le Golan. Mais, il ne semble pas que la gauche ou la droite soient disposées à payer ce prix. La partie israélienne veut plutôt alléger l’ampleur de la défaite subite par la guerre de juillet 2006 et en même temps essayer d’isoler l’axe formé contre elle par la Syrie, l’Iran et le Hezbollah. En effet, son démantèlement mènera inéluctablement à l’affaiblissement de l’Iran. Par conséquent, le Hezbollah n’aura plus de prétexte politique de conserver ses armes. Et ce, si nous imaginons que le Liban suivra la Syrie dans la signature d’un accord de paix.

Pour la Syrie, la persistance de l’occupation du Golan ainsi que son incapacité de présenter une quelque conception ou idée pour la restituer constituent une source d’embarras permanent pour sa légitimité, ainsi que devant ses voisins arabes. Il est vrai que les négociations pourraient aboutir à la restitution du Golan. Cependant, elles peuvent aboutir à un résultat plus important. Le rôle des Etats-Unis peut se transformer du rôle de menaçant et d’initiateur à la promulgation du plus grand nombre de résolutions internationales contre eux au rôle de souteneur des négociations. La différence est énorme entre les deux rôles.

Par ces négociations, Israël désire garantir l’isolement radical des autres fronts. Quant aux Syriens, ils veulent alléger les pressions internationales provenant du front libanais. Les deux parties entrent donc dans ces négociations pour ouvrir les autres portes fermées. Israël veut ouvrir les portes du monde arabe en convainquant la Syrie de reprendre les négociations et de fermer les portes du Hezbollah et des menaces iraniennes. Quant à la Syrie, elle ouvre la porte de la reprise des relations avec les Etats-Unis par la simple ouverture de la porte des négociations avec Israël. Mais pourquoi les Etats-Unis s’opposent-ils à toute reprise des négociations ? Ils considèrent que ces négociations sacrifient ainsi le gouvernement libanais, notamment le gouvernement de Siniora qu’ils doivent soutenir fortement. Et ce, surtout après le renversement du Hezbollah et l’accord de Doha qui a octroyé le tiers garant, selon le langage du Hezbollah en tant qu’engagement moral et en justification de la légitimité politique sur laquelle s’est basé le programme de l’Administration Bush dans le soutien des démocraties. Le gouvernement libanais en tant que gouvernement élu doit être soutenu. De plus, le soutenir représente une pression sur la Syrie et une punition pour sa mauvaise gestion au Liban et en Iraq.

La reprise des négociations mènera-t-elle à des résultats palpables ? Ceci semble impossible sous le mandat de l’Administration Bush qui adopte une position hostile envers Damas. Par conséquent, les deux parties syrienne et israélienne ne pourront pas reprendre les négociations seules. Et même si elles reprennent les négociations, elles ne pourront aboutir à rien sur le plan pratique. Nous revenons donc à la case départ. Ces négociations ne sont pas un objectif en soi. Elles sont le débouché vers d’autres négociations auxquelles veulent parvenir les deux parties.

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