La
nouvelle Europe
Salama A. Salama
Contrairement
à ce qui se passe dans nos pays, le droit de grève dans les
Etats européens est un droit élémentaire permettant aux
citoyens d’exprimer leurs revendications. J’ai dernièrement
passé quelques jours à Paris durant lesquels les
travailleurs dans le secteur des transports, les
agriculteurs, les chauffeurs de camions, les producteurs de
produits laitiers et les pêcheurs faisaient la grève. Le
point commun entre tous ces grévistes était la protestation
contre la hausse des prix des combustibles, qui a eu des
répercussions néfastes sur le niveau de vie des citoyens, au
point que Sarkozy a proposé d’annuler ou de baisser les
taxes sur les combustibles.
Or, de telles mutations économiques que les services de
suivi de l’Union Européenne (UE) prédisent et collaborent à
contrôler ne causent pas un déséquilibre et ne mènent pas à
la proclamation de l’état d’urgence. Et voilà que l’UE est
aujourd’hui devenue le plus important bloc économique et
politique dans le monde.
Le plus important dans tout ceci est le rôle que dirige la
France de Sarkozy qui insiste à modifier ce dire de Donald
Rumsfeld, l’ancien secrétaire à la Défense, selon lequel les
pays européens refusant la guerre contre l’Iraq étaient
qualifiées de « vieille Europe » en comparaison avec « la
nouvelle Europe » qui s’est engagée dans les aventures de
Bush comme la Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Italie et qui
ont vite fait de le regretter.
Aujourd’hui, Sarkozy tente de redonner à l’Europe son
influence perdue sur la scène mondiale pour redevenir le
centre d’un monde multipolaire où il ne faut pas laisser les
Etats-Unis s’accaparer la prise de décision.
Son
objectif est également de ne laisser aucun vide qui
permettrait à des forces comme la Chine, la Russie et l’Inde
d’annuler ou d’affaiblir le rôle européen.
L’occasion à laquelle s’attache la France, malgré toutes les
critiques adressées personnellement à Sarkozy, est qu’elle
préside l’UE dans une phase cruciale de son évolution par
l’intermédiaire de l’accord de Lisbonne qui a fondé l’UE sur
de nouvelles bases. C’est-à-dire un seul président et une
politique étrangère unique. La modernisation de l’UE
coïncide avec une nouvelle administration américaine prévue
pour janvier prochain. C’est ainsi que l’Europe pourra
présenter une Feuille de route unique avec la coopération
des Etats-Unis, en ce qui concerne des questions
internationales très compliquées, dont les dossiers étaient
jusqu’aujourd’hui accaparés par les Etats-Unis, comme le
Proche-Orient, les conflits à l’intérieur de l’Afrique, la
politique européenne de défense, etc. Et ce, en plus des
problèmes qui viennent des Etats de voisinage comme l’Europe
de l’Est ou les Etats du Sud de la Méditerranée, sans
oublier l’immigration, les changements climatiques,
l’énergie et la crise de nourriture.
Il y a
donc des intérêts communs, qui convergent ou divergent,
entre la nouvelle Europe et les pays arabes du littoral
méditerranéen. Et du point de vue de la France, le processus
de Barcelone n’a pas réalisé ses objectifs dans la
réalisation de la stabilité dans la région par le règlement
du conflit arabo-israélien. Donc, « l’Union pour la
Méditerranée » constitue pour Sarkozy la solution magique
qui évite les défauts de Barcelone. Mais quelle union et
pour quelle Méditerranée ?