Un
ambassadeur considéré comme persona non grata
Mohamed Salmawy
D’habitude,
la mission de tout ambassadeur à l’étranger est d’améliorer
les relations entre son pays et celui dans lequel il est
accrédité, et non pas d’adopter des positions susceptibles
de porter atteinte à cette relation en les vidant de leurs
contextes, afin de semer le trouble entre les deux pays.
Ainsi, l’ambassadeur qui réussit dans cette mission
difficile obtient à la fin de sa période des décorations de
l’Etat hôte. Ce, pour avoir réussi à rendre service
mutuellement à ce pays comme au sien. Le dernier de ces
ambassadeurs décorés par l’Etat égyptien fut
l’ex-ambassadeur italien, Antonio Badini. Il avait pris des
positions louables ayant rapproché l’Egypte de l’Italie. Je
me rappelle toujours combien l’ex-ministre du Tourisme, le
Dr Mamdouh Al-Beltagui avait fait l’éloge des efforts de
Badini après l’accident malheureux de Louqsor qui avait
engendré les plus graves dommages. L’ambassadeur italien
avait persisté à inciter la partie italienne à poursuivre
ses tours touristiques à destination de l’Egypte. Il n’a
cessé d’affirmer que les événements de Louqsor étaient un
accident exceptionnel et que la situation sécuritaire en
Egypte était plus sûre que celle de certains pays européens.
Je me souviens des propos de Beltagui à l’époque disant
qu’on sent quasiment que Badini est un ambassadeur de l’Egypte
qui tient à ses intérêts, comme il tient à ceux de l’Italie.
Il
n’était donc pas étrange qu’on a décerné à Antonio Badini à
la fin de son mandat, l’année dernière, la plus haute
distinction jamais décernée par l’Etat égyptien à un
ambassadeur étranger. Il était un ambassadeur extraordinaire
qui a quitté son poste en Egypte après avoir amélioré les
relations égypto-italiennes.
Je dis tout cela à l’occasion de cette position
bizarre qu’a adoptée l’ambassadeur israélien au Caire,
Shalom Cohen (qui sera muté prochainement d’Egypte) face aux
déclarations non officielles prononcées par le ministre de
la Culture, Farouk Hosni, à l’un des députés de l’Assemblée
du peuple en dehors de l’hémicycle après avoir été
pourchassé par celui-ci, l’accusant de faire circuler les
livres israéliens dans les bibliothèques du ministère de la
Culture. Le ministre, après avoir dénié cette information et
devant l’insistance du député, avait été pris par la colère
et avait déclaré : « Apportez-moi ce livre et je vais le
brûler devant vous ».
L’ambassadeur, au lieu de placer la situation dans son
contexte correct et de s’adresser à son pays en lui
clarifiant que la déclaration du ministre était spontanée et
que l’acte de brûler le livre ne représente pas la politique
officielle du gouvernement égyptien, il a mis le feu aux
poudres. Comme s’il était motivé par une vengeance ancienne
à l’encontre du ministre de la Culture et du gouvernement
égyptien. Il a alors enflammé davantage la situation et a
fait empirer les relations culturelles entre les deux pays.
L’ambassadeur a alors envoyé une note de protestation au
ministère égyptien des Affaires étrangères pour s’élever
contre les propos « inacceptables » du ministère égyptien.
Immédiatement après, le chœur sioniste a repris le même
refrain. Une manière d’agir qui s’est souvent répétée
récemment. Ensuite, Shimon Samuels, du centre Simon
Wiesenthal qui est le synonyme contemporain de l’inquisition
du Moyen-Age, a accusé Farouk Hosni de suivre les traces du
ministre de la Culture nazi, Joseph Goebbels. Ensuite, il a
écrit au directeur général en exercice à l’Unesco, Koïchiro
Matsuura, lui disant que le ministre égyptien qui brûle les
livres n’est pas qualifié pour occuper le poste de directeur
général de l’Unesco. Comme si le centre de documentation
pour lequel travaille Samuels est celui qui détermine la
validité des candidats à ce poste et non pas les pays
membres de l’organisation.
Cette position hostile à l’égard de l’Egypte et à son
ministre de la Culture qui a commencé par l’ambassade
d’Israël au Caire incite vraiment à l’étonnement. Si les
déclarations non officielles ont rappelé à l’ambassadeur les
mémoires noires de l’histoire proche, tel qu’il l’a
mentionné dans sa note adressée aux Affaires étrangères
égyptiennes, se référant ainsi au comportement du régime
nazi en Allemagne, je ne comprends pas alors pourquoi cela
ne lui a pas rappelé dans ce même cadre les souvenirs amers
des actes atroces perpétrés par les forces de l’occupation
israélienne contre le peuple palestinien ?
Il y a quelques semaines, le représentant de la Libye
a assimilé, dans une session à huis clos du Conseil de
sécurité de l’Onu, les massacres israéliens dans les
territoires occupés à ceux qui se déroulaient au sein des
camps d’extermination nazis. En réaction, le représentant
des Etats-Unis et certains autres représentants de pays
occidentaux se sont retirés de la session pour protester
contre les propos qualifiant les massacres d’Israël de
nazisme. Mais Israël, qui n’accepte pas d’être souillé par
le nazisme, n’a aucun scrupule d’assimiler les propos oraux
du ministre de la Culture du pays dans lequel il est en
poste au nazisme.
Pouvons-nous nous attendre à l’égard de cela à une
protestation émanant des Etats-Unis et des pays occidentaux
? Ou bien ce qui est permis à Israël est-il interdit aux
pays arabes ?
Un ambassadeur occidental m’a dit il y a quelques
jours que toute la question n’était qu’une tempête dans un
verre d’eau, qu’Israël essaye de provoquer. Il m’a également
affirmé que les pays qui détiennent le droit d’élection du
nouveau directeur général de l’Unesco connaissent
parfaitement Farouk Hosni, avec lequel ils ont entretenu des
contacts pendant plus de deux décennies. L’ambassadeur a
poursuivi que les dernières déclarations de Farouk Hosni
doivent être examinées dans leur contexte sans exagération.
L’ambassadeur européen avait totalement raison sur ce
point. Ainsi, a-t-il réussi là où son collègue l’ambassadeur
d’Israël avait échoué. Le poste de ce dernier lui assignait
d’essayer de placer ces déclarations dans leur contexte
correct au lieu de les exagérer, en illustrant devant les
cercles juifs mondiaux une Egypte devenue un Etat nazi et
dont la politique du ministre de la Culture repose sur
l’anéantissement des livres.
La position de l’ambassadeur européen est digne de
respect, alors que celle de l’ambassadeur d’Israël, et c’est
le moindre que l’on puisse dire à ce propos, est hostile au
pays dans lequel il est en poste. Cette position ne sert ni
de loin, ni de près les relations entre les deux pays que
l’ambassadeur avait pour mission de développer. Au
contraire, il a compliqué davantage la situation en portant
atteinte à la réputation du pays dans lequel il est en
service, en prétendant ce qui n’était pas vrai. Dans de cas
pareils, le pays hôte a l’habitude de considérer cet
ambassadeur en termes de diplomatie comme une persona non
grata.
Que la diplomatie égyptienne prenne cette position ou
non à l’égard de l’ambassadeur, il reste que ce comportement
le classe du point de vue de l’opinion publique comme
persona non grata.