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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Opinion
 

Un ambassadeur considéré comme persona non grata

Mohamed Salmawy

D’habitude, la mission de tout ambassadeur à l’étranger est d’améliorer les relations entre son pays et celui dans lequel il est accrédité, et non pas d’adopter des positions susceptibles de porter atteinte à cette relation en les vidant de leurs contextes, afin de semer le trouble entre les deux pays.

Ainsi, l’ambassadeur qui réussit dans cette mission difficile obtient à la fin de sa période des décorations de l’Etat hôte. Ce, pour avoir réussi à rendre service mutuellement à ce pays comme au sien. Le dernier de ces ambassadeurs décorés par l’Etat égyptien fut l’ex-ambassadeur italien, Antonio Badini. Il avait pris des positions louables ayant rapproché l’Egypte de l’Italie. Je me rappelle toujours combien l’ex-ministre du Tourisme, le Dr Mamdouh Al-Beltagui avait fait l’éloge des efforts de Badini après l’accident malheureux de Louqsor qui avait engendré les plus graves dommages. L’ambassadeur italien avait persisté à inciter la partie italienne à poursuivre ses tours touristiques à destination de l’Egypte. Il n’a cessé d’affirmer que les événements de Louqsor étaient un accident exceptionnel et que la situation sécuritaire en Egypte était plus sûre que celle de certains pays européens. Je me souviens des propos de Beltagui à l’époque disant qu’on sent quasiment que Badini est un ambassadeur de l’Egypte qui tient à ses intérêts, comme il tient à ceux de l’Italie.

Il n’était donc pas étrange qu’on a décerné à Antonio Badini à la fin de son mandat, l’année dernière, la plus haute distinction jamais décernée par l’Etat égyptien à un ambassadeur étranger. Il était un ambassadeur extraordinaire qui a quitté son poste en Egypte après avoir amélioré les relations égypto-italiennes.

Je dis tout cela à l’occasion de cette position bizarre qu’a adoptée l’ambassadeur israélien au Caire, Shalom Cohen (qui sera muté prochainement d’Egypte) face aux déclarations non officielles prononcées par le ministre de la Culture, Farouk Hosni, à l’un des députés de l’Assemblée du peuple en dehors de l’hémicycle après avoir été pourchassé par celui-ci, l’accusant de faire circuler les livres israéliens dans les bibliothèques du ministère de la Culture. Le ministre, après avoir dénié cette information et devant l’insistance du député, avait été pris par la colère et avait déclaré : « Apportez-moi ce livre et je vais le brûler devant vous ».

L’ambassadeur, au lieu de placer la situation dans son contexte correct et de s’adresser à son pays en lui clarifiant que la déclaration du ministre était spontanée et que l’acte de brûler le livre ne représente pas la politique officielle du gouvernement égyptien, il a mis le feu aux poudres. Comme s’il était motivé par une vengeance ancienne à l’encontre du ministre de la Culture et du gouvernement égyptien. Il a alors enflammé davantage la situation et a fait empirer les relations culturelles entre les deux pays. L’ambassadeur a alors envoyé une note de protestation au ministère égyptien des Affaires étrangères pour s’élever contre les propos « inacceptables » du ministère égyptien. Immédiatement après, le chœur sioniste a repris le même refrain. Une manière d’agir qui s’est souvent répétée récemment. Ensuite, Shimon Samuels, du centre Simon Wiesenthal qui est le synonyme contemporain de l’inquisition du Moyen-Age, a accusé Farouk Hosni de suivre les traces du ministre de la Culture nazi, Joseph Goebbels. Ensuite, il a écrit au directeur général en exercice à l’Unesco, Koïchiro Matsuura, lui disant que le ministre égyptien qui brûle les livres n’est pas qualifié pour occuper le poste de directeur général de l’Unesco. Comme si le centre de documentation pour lequel travaille Samuels est celui qui détermine la validité des candidats à ce poste et non pas les pays membres de l’organisation.

Cette position hostile à l’égard de l’Egypte et à son ministre de la Culture qui a commencé par l’ambassade d’Israël au Caire incite vraiment à l’étonnement. Si les déclarations non officielles ont rappelé à l’ambassadeur les mémoires noires de l’histoire proche, tel qu’il l’a mentionné dans sa note adressée aux Affaires étrangères égyptiennes, se référant ainsi au comportement du régime nazi en Allemagne, je ne comprends pas alors pourquoi cela ne lui a pas rappelé dans ce même cadre les souvenirs amers des actes atroces perpétrés par les forces de l’occupation israélienne contre le peuple palestinien ?

Il y a quelques semaines, le représentant de la Libye a assimilé, dans une session à huis clos du Conseil de sécurité de l’Onu, les massacres israéliens dans les territoires occupés à ceux qui se déroulaient au sein des camps d’extermination nazis. En réaction, le représentant des Etats-Unis et certains autres représentants de pays occidentaux se sont retirés de la session pour protester contre les propos qualifiant les massacres d’Israël de nazisme. Mais Israël, qui n’accepte pas d’être souillé par le nazisme, n’a aucun scrupule d’assimiler les propos oraux du ministre de la Culture du pays dans lequel il est en poste au nazisme.

Pouvons-nous nous attendre à l’égard de cela à une protestation émanant des Etats-Unis et des pays occidentaux ? Ou bien ce qui est permis à Israël est-il interdit aux pays arabes ?

Un ambassadeur occidental m’a dit il y a quelques jours que toute la question n’était qu’une tempête dans un verre d’eau, qu’Israël essaye de provoquer. Il m’a également affirmé que les pays qui détiennent le droit d’élection du nouveau directeur général de l’Unesco connaissent parfaitement Farouk Hosni, avec lequel ils ont entretenu des contacts pendant plus de deux décennies. L’ambassadeur a poursuivi que les dernières déclarations de Farouk Hosni doivent être examinées dans leur contexte sans exagération.

L’ambassadeur européen avait totalement raison sur ce point. Ainsi, a-t-il réussi là où son collègue l’ambassadeur d’Israël avait échoué. Le poste de ce dernier lui assignait d’essayer de placer ces déclarations dans leur contexte correct au lieu de les exagérer, en illustrant devant les cercles juifs mondiaux une Egypte devenue un Etat nazi et dont la politique du ministre de la Culture repose sur l’anéantissement des livres.

La position de l’ambassadeur européen est digne de respect, alors que celle de l’ambassadeur d’Israël, et c’est le moindre que l’on puisse dire à ce propos, est hostile au pays dans lequel il est en poste. Cette position ne sert ni de loin, ni de près les relations entre les deux pays que l’ambassadeur avait pour mission de développer. Au contraire, il a compliqué davantage la situation en portant atteinte à la réputation du pays dans lequel il est en service, en prétendant ce qui n’était pas vrai. Dans de cas pareils, le pays hôte a l’habitude de considérer cet ambassadeur en termes de diplomatie comme une persona non grata.

Que la diplomatie égyptienne prenne cette position ou non à l’égard de l’ambassadeur, il reste que ce comportement le classe du point de vue de l’opinion publique comme persona non grata.

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