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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Koweït. A peine formé, le nouveau gouvernement est sous le feu des critiques des députés et de la presse.  

Nouveau face-à-face 

La vie politique au Koweït ne semble pas prête à sortir de la zone de turbulences dans laquelle elle est plongée depuis plusieurs mois. Dimanche, à l’ouverture de la nouvelle législature, l’émir de Koweït a implicitement menacé de dissoudre à nouveau le Parlement s’il ne coopère pas avec le gouvernement. « Face aux déviations qui menaçaient les intérêts de la nation (...), j’ai été forcé de dissoudre le précédent Parlement », a déclaré cheikh Sabah Al-Ahmad Al-Sabah lors de la première session de l’Assemblée élue le 17 mai. « J’ai pour responsabilité en ce moment délicat (...) d’intervenir à chaque fois que ces intérêts sont pris dans les calculs personnels et les actes irresponsables », a-t-il averti.

Cheikh Sabah a dissous le Parlement en mars après un bras de fer entre l’Assemblée et le gouvernement. C’était la deuxième fois qu’il le faisait et qu’il appelait à des législatives anticipées en moins de quatre ans.

Mais dès que l’émir a terminé son discours et quitté le Parlement, neuf députés se sont retirés de la salle en signe de protestation contre la composition du nouveau gouvernement et le fait que les deux femmes qui en font partie ne portent pas le voile islamique. La majorité des 50 députés élus sont des islamistes ou des conservateurs tribaux.

La nouvelle équipe gouvernementale, formée mercredi dernier, subit déjà de nombreuses critiques, notamment la reconduction du neveu de l’émir, cheikh Nasser Mohammed Al-Ahmed Al-Sabah, au poste de premier ministre. Pendant la campagne électorale des dernières législatives, certains candidats ont appelé à choisir un premier ministre en dehors de la famille régnante des Al-Sabah. « Que tout le monde sache que la nomination du premier ministre et le choix des ministres est un droit exclusif de l’émir. C’est ce que garantit la Constitution et personne n’a la possibilité d’y interférer », a martelé l’émir. Le premier ministre et ses 15 ministres, dont l’un doit être déjà un député, deviennent automatiquement membres du Parlement.

Dès l’annonce de sa composition, le gouvernement a été vivement critiqué dans la presse et des députés ont estimé qu’il n’avait pas de programme politique. Ce qui n’augure pas de relations apaisées avec le Parlement dominé par les islamistes conservateurs. « Il semble que rien n’a changé et je pense que la crise politique va perdurer », constate le politologue Nasser Al-Abdalli qui dirige l’Association koweïtienne pour le développement et la démocratie, un institut indépendant. « Le nouveau gouvernement a été formé sur la même base que le précédent et ne sera pas capable de travailler (correctement) car il n’a même pas de programme », a souligné M. Abdalli. Il s’agit du 4e gouvernement dirigé par cheikh Nasser Al-Sabah, depuis sa nomination comme premier ministre en février 2006. Le cabinet comprend des islamistes, des libéraux, des représentants de la minorité chiite et des principales tribus dans l’émirat, mais les postes-clés de l’Intérieur, de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Information sont toujours détenus par des membres de la famille régnante des Al-Sabah.

En allant voter, beaucoup de Koweïtiens avaient espéré un changement mais la composition du Parlement a accentué le poids des conservateurs. L’un de leurs représentants, le député salafiste Mohammad Hayef Al-Moutairi a toute de suite ouvert le feu sur le cabinet, en objectant la présence de deux femmes « qui ne respectent pas la loi » pour ne pas porter le voile islamique. Il s’agit de Nouriya Al-Sabih, ministre reconduite de l’Education, et de Moudhi Al-Houmoud, une universitaire libérale, qui fait son entrée au gouvernement au poste de ministre d’Etat à l’Habitat et au Développement. Un autre député salafiste, Khaled Al-Issa, s’est dit hostile à la nomination de Mme Houmoud, qu’il présente comme « une graine pour des crises » ultérieures apparemment en raison de son activisme libéral. Le choix de Fadhel Safar aux Travaux publics a déclenché d’autres critiques, certains le considérant comme un représentant d’une aile locale du Hezbollah, lui qui a été brièvement détenu en mars pour avoir célébré Imad Moughnieh, un chef de la formation chiite libanaise pro-iranienne, tué dans un attentat à Damas.

La presse indépendante s’est de son côté dit déçue, le quotidien Alam Alyawm n’hésitant pas à y voir « un gouvernement de frustration nationale ». Il manque d’« harmonie politique » et « il n’adresse aucun signe d’espoir aux citoyens », a souligné ce quotidien tandis que le journal Al-Raï estime qu’il « a déçu et choqué le peuple » car il ne comprend pas de ministres « compétents ».

Mais certaines voix se sont élevées pour demander qu’un peu de temps soit laissé au nouveau cabinet, tout en exigeant de sa part une relance de l’économie qui manque de grands projets en dépit des revenus pétroliers massifs. Le politologue Ibrahim Al-Hadban croit que la crainte d’une nouvelle dissolution du Parlement n’incitera pas les députés à l’attaquer de front. « En dépit de leurs messages forts, je pense que les élus ne veulent plus d’une dissolution du Parlement et vont chercher à cohabiter avec le gouvernement du moins à court terme », a-t-il estimé.

Les différends entre gouvernements et Parlements successifs au Koweït sont considérés comme la principale raison de la stagnation de l’émirat, quatrième producteur de pétrole de l’Opep. Des dizaines de projets dorment dans les tiroirs tandis que les avoirs du pays, qui pompe 2,5 millions de barils par jour, ne cessent de gonfler, ce qui peut expliquer la frustration de nombre de Koweïtiens, qui sont un peu plus d’un million sur une population comprenant 2,45 millions d’étrangers.

Hicham Mourad

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