Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Le non d’Al-Sadr 
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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Iraq. Le courant du chef radical chiite Moqtada Al-Sadr conteste l’accord en négociation sur la présence militaire américaine à long terme dans le pays.  

Le non d’Al-Sadr  

Le débat bat son plein en Iraq sur le futur accord avec Washington sur la présence militaire américaine à long terme dans le pays. Le gouvernement iraqien tente de rassurer sur ses intentions en soulignant que le prochain accord « ne nuirait pas » aux intérêts des Iraqiens. Plusieurs courants politiques craignent en effet des clauses secrètes permettant une mainmise américaine permanente sur les destinées de l’Iraq. D’autant plus que les négociations en cours, dont les contours restent vagues, sont enveloppées du plus grand secret.

Les négociations sur un accord « de coopération et d’amitié sur le long terme » entre l’Iraq et les Etats-Unis ont débuté en mars et doivent fixer les futures relations entre les deux pays, en particulier la délicate question de la présence militaire américaine. Le futur accord, baptisé Status Of Forces Agreement (SOFA), est destiné à donner des bases légales à la présence de troupes américaines sur le sol iraqien au-delà du 31 décembre, lorsque la résolution de l’Onu qui régit actuellement leur présence aura expiré. Il doit être signé d’ici le 31 juillet, selon une « déclaration de principes » décidée en novembre 2007 entre le premier ministre Nouri Al-Maliki et le président américain George W. Bush. Cette « déclaration de principe » prévoit que les forces américaines en Iraq ne seront plus placées sous un mandat des Nations-Unies après 2008, mais en vertu d’un accord bilatéral entre Washington et Bagdad. Un tel accord s’inscrirait dans ce que la Maison Blanche a présenté comme un partenariat « stratégique » à long terme, comprenant aussi les relations politiques et diplomatiques, économiques ou culturelles.

Selon une source proche du grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité religieuse chiite du pays, le religieux a souhaité que « le gouvernement iraqien informe le public avant de signer tout traité » avec les Etats-Unis. Ali Sistani estime que « si la majorité du peuple accepte cet accord, alors il pourra être signé », a expliqué cette source, interrogée dans la ville sainte chiite de Najaf. « Sur la teneur de l’accord lui-même, le grand ayatollah Sistani n’a fait jusqu’à présent aucun commentaire », toujours selon la même source.

Cette position de neutralité contraste avec celle du courant du jeune leader radical chiite Moqtada Al-Sadr, très hostile à la présence militaire américaine. « Un tel accord va contre l’islam », a jugé un porte-parole de Moqtada Al-Sadr. « Le mouvement Sadr a déjà exprimé son hostilité », a souligné ce porte-parole, Salah Al-Obeïdi, lui aussi basé à Najaf. Vendredi, plusieurs milliers de partisans de Moqtada Al-Sadr ont manifesté vendredi sans incident à Bagdad et dans plusieurs villes du sud de l’Iraq pour dénoncer le futur accord sur la présence américaine dans le pays. Dans le bastion chiite de Sadr City, à Bagdad, les sympathisants sadristes se sont rassemblés à l’issue de la prière, scandant des slogans hostiles au premier ministre Nouri Al-Maliki et à « l’occupant » américain. Moqtada Al-Sadr, adversaire acharné de la présence américaine en Iraq et virulent opposant au premier ministre Maliki, a dénoncé cet accord et appelé les Iraqiens à se mobiliser pour s’y opposer. Vendredi, les manifestants à Sadr City brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Cet accord confisque la souveraineté de l’Iraq », « C’est une guerre contre les Iraqiens », une situation « pire que l’occupation » ... « Cet accord rendra l’Iraq aveugle, il donnera 99 % de notre pays aux Américains et mettra un soldat américain dans chacune de nos maisons », a dénoncé un responsable sadriste, le cheikh Mohannad Al-Gazawi. Un mannequin à l’effigie de M. Maliki et un drapeau américain ont été brûlés. Dans la ville de Kout (175 km au sud de Bagdad), des centaines de sympathisants du mouvement sadriste ont manifesté après la prière en plein centre-ville, proclamant là aussi leur hostilité à tout futur accord Etats-Unis/Iraq. Plusieurs milliers de personnes ont également manifesté dans le grand port méridional de Bassorah (550 km au sud de Bagdad), aux côtés de responsables du mouvement sadriste, comme Nasser Al-Roubaï. « Cet accord viole la souveraineté de l’Iraq, et dessert les intérêts du peuple iraqien », a accusé M. Roubaï, qui dirige le groupe Sadr au Parlement. « Les Sadristes manifesteront désormais chaque vendredi après la prière » jusqu’à ce que l’accord soit rejeté, a-t-il mis en garde. De son côté, Moqtada Al-Sadr a appelé mercredi « tous les Iraqiens à manifester chaque semaine, à l’issue de la prière du vendredi », et exigé notamment la tenue d’un référendum.

Hicham Mourad

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