Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Le gouvernement se fait attendre
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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Liban. La formation du nouveau gouvernement d’union nationale constitue, après l’élection du nouveau président Michel Sleimane, la deuxième étape de l’accord signé à Doha. Cette étape cruciale est un prélude à la réconciliation nationale. 

Le gouvernement se fait attendre 

Fraîchement élu à la tête du gouvernement, le premier ministre Fouad Siniora, invité par le nouveau chef de l’Etat, Michel Sleimane, afin de former un nouveau gouvernement d’union nationale, a rendu les conclusions des consultations qu’il avait entamées vendredi avec les différents blocs parlementaires de la majorité et de l’opposition. A l’issue de ces trois jours de consultations, Fouad Siniora a manifesté une marque d’optimisme lors d’une conférence de presse, même s’il dit ne pas souhaiter fixer de calendrier précis quant à la formation de ce gouvernement. « Je ne m’impose aucune date précise. Mais si j’étais en mesure de trancher la question en une heure, je ne lui consacrerais pas cinq minutes de plus », a déclaré M. Siniora. Le premier ministre a signalé qu’il poursuivrait ces consultations à un niveau bilatéral qui comprend les principaux leaders de la majorité anti-syrienne et ceux de l’opposition, soutenue par la Syrie et l’Iran. De son côté, Saad Hariri, un des leaders de la majorité, a indiqué qu’« il règne une ambiance positive pour tout le monde ». Dans le futur gouvernement formé de 30 membres, la majorité se verra attribuer 16 portefeuilles, l’opposition 11 et bénéficiera ainsi d’une minorité de blocage. Les trois autres ministres seront nommés par M. Sleimane.

Les portefeuilles vont être répartis afin d’assurer une représentation à chaque communauté religieuse ainsi qu’un équilibre entre chrétiens et musulmans. Selon un accord de partage entre les communautés, le chef de l’Etat doit être un chrétien maronite, le premier ministre un musulman sunnite et le chef du Parlement un musulman chiite. Pour le député du parti Amal (opposition), Anwar Al-Khalil, ces conditions visent à affirmer et consolider l’intégration et éviter les divisions confessionnelles.

La constitution de ce nouveau gouvernement doit se conformer aux accords signés à Doha sous le patronage du Qatar, tout en se référant aux accords de Taëf signés en 1989 afin de mettre fin à la guerre civile libanaise (1975-1990) et au respect de la charte de coexistence interlibanaise. « Nous voulons que ce gouvernement reflète le consensus libanais et l’accord conclu à Doha. J’œuvrerai en ce sens dans les prochains jours », a précisé M. Siniora.

Or tout n’est pas tout à fait rose. La nomination  de Fouad Siniora au poste de premier ministre laisse apparaître des craintes de toutes parts. En effet, certains observateurs se montrent sceptiques quant au choix de celui-ci, dont le précédent mandat a rencontré de graves tensions telles, entre autres, l’offensive israélienne ou les violences intercommunautaires. Quand bien même le renouvellement au poste de chef de gouvernement de Fouad Siniora a été approuvé lors du scrutin au Parlement par 68 sur 127 députés, il subsiste ainsi des réticences au sein de l’opposition. Cette dernière souhaitait le départ de F. Siniora depuis la démission en novembre 2006 de six ministres de l’opposition (dont cinq chiites) afin de protester contre la décision du cabinet de soutenir la formation d’un tribunal international chargé d’enquêter sur la mort de l’ancien premier ministre Rafiq Hariri assassiné le 14 février 2005.

Le général Michel Aoun,  chef du Courant Patriotique Libre (CPL), a quant à lui qualifié cette nomination de signe « de conflit plutôt que de réconciliation (…). Nous sommes déterminés à participer au gouvernement, sans soutenir le chef du cabinet. Nous y participerons en tant qu’opposition ». D’après le quotidien libanais As-Safir, avec Siniora comme premier ministre, « la formation du cabinet pourrait se transformer en une opération difficile et compliquée qui pourrait nécessiter le retour des Qataris, surtout que chaque partie a posé une liste de conditions, de noms et de portefeuilles ». Aujourd’hui, en dépit d’une certaine accalmie depuis la signature de l’accord de Doha, la tension semble bien subsister entre la majorité parlementaire soutenue par Washington et Riyad et l’opposition appuyée par Damas et Téhéran. En dehors de l’inconnu qui réside dans la formation du nouveau gouvernement, il reste à savoir si la méfiance mutuelle entre les partis parviendra à se dissiper laissant place enfin à un équilibre politique dans le pays.

Un équilibre qui sera essentiellement basé sur l’accord  conclu à Doha le 21 mai dernier entre la majorité et l’opposition libanaise, sous l’égide du Qatar afin de mettre fin à une crise politique qui a duré dix huit mois. Les leaders rivaux sont parvenus à s’entendre sur l’adoption de la loi électorale de 1960 concernant les prochaines élections législatives prévues au printemps 2009.

 Lynda Kartout

 

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