Liban.
La formation du nouveau gouvernement d’union nationale
constitue, après l’élection du nouveau président Michel
Sleimane, la deuxième étape de l’accord signé à Doha. Cette
étape cruciale est un prélude à la réconciliation
nationale.
Le gouvernement se fait attendre
Fraîchement
élu à la tête du gouvernement, le premier ministre Fouad
Siniora, invité par le nouveau chef de l’Etat, Michel
Sleimane, afin de former un nouveau gouvernement d’union
nationale, a rendu les conclusions des consultations qu’il
avait entamées vendredi avec les différents blocs
parlementaires de la majorité et de l’opposition. A l’issue
de ces trois jours de consultations, Fouad Siniora a
manifesté une marque d’optimisme lors d’une conférence de
presse, même s’il dit ne pas souhaiter fixer de calendrier
précis quant à la formation de ce gouvernement. « Je ne
m’impose aucune date précise. Mais si j’étais en mesure de
trancher la question en une heure, je ne lui consacrerais
pas cinq minutes de plus », a déclaré M. Siniora. Le premier
ministre a signalé qu’il poursuivrait ces consultations à un
niveau bilatéral qui comprend les principaux leaders de la
majorité anti-syrienne et ceux de l’opposition, soutenue par
la Syrie et l’Iran. De son côté, Saad Hariri, un des leaders
de la majorité, a indiqué qu’« il règne une ambiance
positive pour tout le monde ». Dans le futur gouvernement
formé de 30 membres, la majorité se verra attribuer 16
portefeuilles, l’opposition 11 et bénéficiera ainsi d’une
minorité de blocage. Les trois autres ministres seront
nommés par M. Sleimane.
Les portefeuilles vont être répartis afin d’assurer une
représentation à chaque communauté religieuse ainsi qu’un
équilibre entre chrétiens et musulmans. Selon un accord de
partage entre les communautés, le chef de l’Etat doit être
un chrétien maronite, le premier ministre un musulman
sunnite et le chef du Parlement un musulman chiite. Pour le
député du parti Amal (opposition), Anwar Al-Khalil, ces
conditions visent à affirmer et consolider l’intégration et
éviter les divisions confessionnelles.
La constitution de ce nouveau gouvernement doit se conformer
aux accords signés à Doha sous le patronage du Qatar, tout
en se référant aux accords de Taëf signés en 1989 afin de
mettre fin à la guerre civile libanaise (1975-1990) et au
respect de la charte de coexistence interlibanaise. « Nous
voulons que ce gouvernement reflète le consensus libanais et
l’accord conclu à Doha. J’œuvrerai en ce sens dans les
prochains jours », a précisé M. Siniora.
Or tout n’est pas tout à fait rose. La nomination de
Fouad Siniora au poste de premier ministre laisse apparaître
des craintes de toutes parts. En effet, certains
observateurs se montrent sceptiques quant au choix de
celui-ci, dont le précédent mandat a rencontré de graves
tensions telles, entre autres, l’offensive israélienne ou
les violences intercommunautaires. Quand bien même le
renouvellement au poste de chef de gouvernement de Fouad
Siniora a été approuvé lors du scrutin au Parlement par 68
sur 127 députés, il subsiste ainsi des réticences au sein de
l’opposition. Cette dernière souhaitait le départ de F.
Siniora depuis la démission en novembre 2006 de six
ministres de l’opposition (dont cinq chiites) afin de
protester contre la décision du cabinet de soutenir la
formation d’un tribunal international chargé d’enquêter sur
la mort de l’ancien premier ministre Rafiq Hariri assassiné
le 14 février 2005.
Le général Michel Aoun, chef du Courant Patriotique
Libre (CPL), a quant à lui qualifié cette nomination de
signe « de conflit plutôt que de réconciliation (…). Nous
sommes déterminés à participer au gouvernement, sans
soutenir le chef du cabinet. Nous y participerons en tant
qu’opposition ». D’après le quotidien libanais As-Safir,
avec Siniora comme premier ministre, « la formation du
cabinet pourrait se transformer en une opération difficile
et compliquée qui pourrait nécessiter le retour des Qataris,
surtout que chaque partie a posé une liste de conditions, de
noms et de portefeuilles ». Aujourd’hui, en dépit d’une
certaine accalmie depuis la signature de l’accord de Doha,
la tension semble bien subsister entre la majorité
parlementaire soutenue par Washington et Riyad et
l’opposition appuyée par Damas et Téhéran. En dehors de
l’inconnu qui réside dans la formation du nouveau
gouvernement, il reste à savoir si la méfiance mutuelle
entre les partis parviendra à se dissiper laissant place
enfin à un équilibre politique dans le pays.
Un équilibre qui sera essentiellement basé sur l’accord
conclu à Doha le 21 mai dernier entre la majorité et
l’opposition libanaise, sous l’égide du Qatar afin de mettre
fin à une crise politique qui a duré dix huit mois. Les
leaders rivaux sont parvenus à s’entendre sur l’adoption de
la loi électorale de 1960 concernant les prochaines
élections législatives prévues au printemps 2009.
Lynda
Kartout