Architecture Durable. Initiée en
Egypte il y a 50 ans par l’architecte Hassan Fathi, elle est lentement remise
au goût du jour. Les réalisations sont cependant encore peu nombreuses pour
parler de véritable tendance.
Présente mais trop timide
En
egypte, l’idée d’architecture durable n’est pas nouvelle, mais elle tend à être
de plus en plus encouragée. Le concept est simple : il consiste à établir un
rapport plus intelligent avec l’environnement pour en utiliser le potentiel et
préserver les ressources. L’architecture durable tend donc à limiter les
impacts destructeurs ou polluants sur le milieu naturel et encourage donc le
développement durable. Mais si ses avantages sont connus par beaucoup, sa mise
en place n’est pas aussi simple, car elle coûte au premier abord plus cher,
entre 5 à 10 % de plus que l’architecture traditionnelle. Mais sur le long
terme, des économies substantielles sont réalisables au niveau de l’éclairage
par exemple.
C’est
en 1948 que l’architecte égyptien Hassan Fathi a édifié Guerna Al-Gadida, le
premier village vert du pays, près d’Assouan. L’objectif était pour lui de
revenir aux matériaux traditionnels, puisque le prix du fer et même du bois de
charpente devenaient trop chers. Sa recette consistait à utiliser entre 5 à 75
% de sable, 10 à 28 % de limon, 15 à 18 % d’argile et 0 à 3 % de matières
organiques pour construire en dur. Mais loin de constater l’originalité de ce
genre de constructions, aujourd’hui considérées comme un patrimoine national,
les critiques ont accusé Fathi de vouloir imposer des modes de vie archaïques à
des populations qui ne les souhaitaient pas ...
Fort
heureusement, aujourd’hui l’architecture durable revient en force, mais avec de
nouveaux éléments. « Nous avons commencé cette orientation au début de l’année
2000. Il s’agit de nous concentrer sur l’utilisation des éléments naturels
premiers : le soleil , la terre et l’air. Il y a aussi le bois, qu’il faut
savoir bien utiliser. On utilise en fait tout ce qui est naturel pour
construire un immeuble », indique le Dr Bahaa Bakri, professeur de
planification écologique et de technologie urbaine à l’Université du Caire. Il
ajoute que cette architecture durable va de pair avec les territoires
désertiques et les différents genres d’oasis. « En suivant ces principes, j’ai
réalisé le village Al-Cheikh Marzouk, où j’ai édifié 100 maisons pour une
population pauvre dont le coût ne dépasse pas les 8 500 L.E. », poursuit le Dr
Bahaa. Sur les toits en forme de voûte, de l’herbe, des plantes et des fleurs
sont plantés pour absorber la chaleur du soleil. Un savant jeux d’orientation
des ouvertures permet également de ventiler l’intérieur de la meilleure façon. Chaque
cuisine est de plus alimentée en biogaz. « On utilise les déchets de bois, les
ordures ménagères, les déchets agricoles, les déchets animaux comme combustible
de chaudière. On les brûle, les transforme chimiquement puis on peut alimenter
des chaudières ou des véhicules fonctionnant au gaz », explique le Dr Bakri.
Essor dans les années à venir
Au
Caire, trois surprenants immeubles s’inscrivent dans le concept de cette
architecture durable et sont tous situés dans le quartier fatimide à Wekalet
Kahla, Al-Kharroub et Al-Rabea.
« Là,
les constructions sont faites sans bois. C’est une technique égyptienne très
ancienne. les toits sont recouverts par un enduit de terre soit par un enduit
au chaux-sable, ou plâtre-chaux-sable. Tous les matériaux sont liés à la nature
et au climat du pays », dit le Dr Adly Bichay, président de l’Association des
amis de l’environnement et du développement, dans le quartier de Wekalet
Al-Rabea. La superficie des immeubles est de 952 m2 et d’une hauteur de 6,3
mètres et ils se marient à l’ancienne architecture des mosquées construites il
y a plus de 1 000 ans. Dans ces immeubles, on utilise aussi des ampoules
consommant jusqu’à 75 % moins d’énergie que les ampoules classiques. « Pour
réduire la consommation d’électricité, on a aussi profité au maximum de la
lumière naturelle du jour grâce à la construction de puits de lumière », ajoute
le Dr Bichay.
A
Siwa, un hôtel de 40 chambres est construit en terre mélangée d’eau, de débris
de pierre et de paille. Du blé et du maïs sont également utilisés dans cet
établissement sans aucun fil électrique, et qui accueille depuis 10 ans des
touristes à la recherche d’un séjour au plus près des éléments naturels.
A
Marsa Alam, sur la mer rouge, un hôtel de 380 chambres doit bientôt voir le
jour, construit à l’aide de composants naturels comme le basalte ou le granit.
Ces
orientations encore peu marquées devraient connaître un essor dans les années à
venir, grâce à l’accent mis dans l’enseignement supérieur, en particulier par
les professeurs de l’Institut supérieur de polytechnique de la cité du 15 Mai. Reste
l’application sur le terrain.
Manar Attiya