Financement Immobilier.
Malgré la hausse continue des matières de construction et
celle de l’inflation, le secteur continue de croître comme
insensible aux contraintes.
Il ne connaît pas la crise
La
hausse actuelle et constante des prix du ciment et du fer à
béton est sans précédent, entraînant avec elle celle du prix
des logements. L’inflation galopante a dépassé les 16 % ces
derniers mois. Pourtant, cela ne freine pas la croissance du
secteur immobilier. « Malgré l’augmentation des prix du
ciment et du fer à béton, on a témoigné d’une croissance de
31,6 % au sein des sociétés de financement immobilier », a
souligné Mahmoud Mohieddine, ministre de l’Investissement la
semaine dernière, lors de la deuxième conférence sur
l’hypothèque organisée par l’institution Euromoney. D’après
les chiffres du ministère de l’Investissement, le secteur
immobilier contribue à 8,6 % du PIB et absorbe 11 % de la
main-d’œuvre. Il existe actuellement 8 entreprises de
financement immobilier, outre les 16 banques œuvrant sur ce
marché. Le taux des crédits avancés par ces sociétés a
atteint 2,2 milliards de L.E. à la fin du mois de mars 2008
et il est prévu que ce chiffre soit porté à 3 milliards à la
fin de l’année et à 4 milliards fin 2009.
Si la hausse de l’inflation se répercute d’habitude sur
l’immobilier, tel n’est pas le cas en Egypte car « pour les
Egyptiens acheter des biens immobiliers est un moyen de se
protéger de l’inflation. L’immobilier est vu comme un
investissement sûr et rentable », avance Mohieddine.
Pour Mohamad Solimane, comptable dans une société de
pétrole, déposer son argent en banque n’est plus une affaire
rentable vu un taux d’intérêt de plus en plus négatif à
cause de l’inflation. « Le seul moyen de bien investir est
l’achat d’appartements. Même avec l’augmentation continue,
je sais bien que les prix des logements suivront la hausse.
Pour assurer le futur de mes enfants, j’investis dans ce
secteur ». Mohamad n’est pas le seul. Le boom actuel du
marché de l’immobilier est partiellement justifié par ce
phénomène.
Le boom continuera
La question qui se pose alors est celle de savoir si ce
secteur continuera sa forte croissance. Pour Ahmad Anis,
président de l’Association des experts d’évaluation
immobilière, « le boom actuel de ce secteur pourrait être
justifié par la simple raison que ceux qui veulent un
logement craignent les hausses futures et se lancent donc
dans l’achat ». Et d’ajouter : « L’impact de l’augmentation
des matières de construction prendra du temps. Sans doute,
le marché témoignera de modifications, la demande diminuera
ainsi que la surface des logements ».
Quant aux entreprises de financement immobilier, elles
estiment que le boom continuera. « Une augmentation de 20 à
30 % du prix des logements est prévue. Mais cela n’affectera
pas notre activité, ces prix restent à la portée de la
plupart des foyers »,, souligne Maher Maqsoud, président
exécutif et PDG de la société de financement immobilier
Sodic. Il a sans doute raison puis ces sociétés ne visent
qu’une clientèle bien précise de la société. Mis en place en
2004, le système de financement immobilier exige un premier
règlement en liquide d’au moins de 15 % du prix de
l’appartement. Ensuite, les versements mensuels ne doivent
pas dépasser les 40 % du revenu de l’acquéreur. En d’autres
termes, le revenu d’une personne doit varier entre 2 500 et
5 000 L.E. pour avoir droit à ce financement. Ainsi, les
clients de ces sociétés sont-ils les personnes à haut
revenu.
Reste la tranche la moins favorisée de la population. Pour
celle-ci, être propriétaire d’un logement reste encore un
rêve lointain. « Un financement immobilier pour la classe la
plus démunie est une question difficile. Mais on tente,
parallèlement aux projets de financement pour les plus
aisés, de créer des solutions pour les plus pauvres. On
essaie de mettre en place des critères justes avec
l’Organisme de financement immobilier pour les personnes à
bas revenu. Nous étudions également la question de réduire
les taux d’intérêt pour cette tranche », conclut Mohieddine.
Ibtissam Zayed