Main-d’Oeuvre.
Le ministère prend des mesures pour mieux contrôler le
nombre des travailleurs étrangers. Une démarche qui
s’inscrit dans la lutte contre le chômage.
Réglementer le marché du travail
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231. C’est le nombre des étrangers qui travaillent en Egypte
en vertu d’une autorisation du ministère de la Main-d’œuvre.
Ce chiffre officiel ne représente sûrement pas le nombre
total des travailleurs étrangers dans le pays, puisqu’un
nombre non défini exerce beaucoup de métiers au noir. Pour
remédier à ce problème, Aïcha Abdel-Hadi, la ministre de la
Main-d’œuvre, a donné ses ordres à toutes les institutions
et organismes publics et privés de suspendre les salaires de
leurs personnels étrangers jusqu’à ce qu’ils régularisent
leur situation auprès du ministère. La loi 137 de l’année
1981 interdisant aux résidants étrangers de travailler sans
autorisation du ministère n’est pas très respectée. La
plupart des établissements ne respectent pas non plus le
plafond précisé par la loi 12 de l’année 2003 qui limite à
10 % du personnel le nombre de travailleurs étrangers.
Pour assurer une meilleure efficacité à la récente décision
ministérielle, de nombreuses démarches seront prises. Les
campagnes d’inspection seront intensifiées dans la prochaine
période sur divers lieux de travail. Les chefs d’entreprises
contrevenants devront payer une amende qui varie entre 2 000
à 5 000 L.E. En outre, les autorisations ne seront
renouvelées que si le ministère estime que les travailleurs
en question sont utilisés dans la formation du personnel
égyptien qui devra prendre la relève un jour. Dans ce
contexte, un comité sera formé fin juin pour préparer un
amendement de la loi du travail. Toutes les clauses
relatives à la main-d’œuvre étrangère doivent désormais être
amendées en fonction de la nouvelle réalité socioéconomique
de l’Egypte.
Selon les spécialistes, un certain équilibre devra être
réalisé entre la lutte contre le chômage et l’expansion
économique qui nécessite le recours à l’expertise étrangère.
Selon la ministre Aïcha Abdel-Hadi, cette décision ne vise
pas à se dispenser totalement de la main-d’œuvre étrangère,
« mais plutôt à en contrôler l’importance de sorte à éviter
tout empiétement sur les chances des Egyptiens à trouver un
emploi ».
En fait, le flux de la main-d’œuvre étrangère a commencé à
se faire sentir dans les années 1990 avec la croissance des
investissements étrangers en Egypte et l’établissement d’un
grand nombre de compagnies multinationales. De même,
l’épanouissement du secteur du tourisme et de l’enseignement
privé a créé le besoin d’une main-d’œuvre maîtrisant les
langues étrangères. Il est en de même pour le secteur
médical, surtout dans les hôpitaux dits « cinq étoiles » qui
font appel aux infirmières étrangères dans le but de
présenter « un service de qualité ». En général, la
main-d’œuvre européenne est surtout répandue dans le
business, alors que les travailleurs africains et asiatiques
se trouvent dans le secteur industriel et commercial. «
C’est illogique de laisser cette main-d’œuvre s’établir aux
dépens des jeunes Egyptiens dont certains risquent leur vie
dans des tentatives d’émigration illégitime à la quête d’une
chance de travail », lâche Hussein Abdel-Razeq, du parti du
Rassemblement. Sur le plan économique, Ali Hussein,
professeur d’économie à l’Université de Hélouan, pense que
la présence de cette main-d’œuvre est justifiée, surtout
dans les pays en voie de développement. Toutefois, le
phénomène doit être réglé, car trop de travailleurs
étrangers entraînerait des conséquences économiques
négatives. « Ces travailleurs touchent leur salaire en
dollars et le transfèrent à l’étranger, ce qui, à un moment
donné, pourrait entraîner une dévaluation de la livre
égyptienne face au dollar, et une pénurie de devises
étrangères », indique le professeur.
De l’autre côté de la barre, beaucoup d’hommes d’affaires
n’ont pas très bien accueilli la nouvelle tendance du
ministère. « Notre agence a eu recours aux jeunes diplômés
des facultés de langues étrangères, mais ils n’étaient pas
du tout compétents. Ceci a affecté notre réputation et nous
avons dû avoir recours à des guides étrangers qui se sont
avérés plus compétents », explique Ali Bahaeddine,
propriétaire d’une agence de tourisme. Il regrette les
démarches administratives, selon lui, trop compliquées, que
nécessite le renouvellement du permis du travail et craint
que la nouvelle tendance du ministère n’en rende les
procédures encore plus difficiles.
D’autres estiment que la démarche du ministère ne représente
pas une solution au problème du chômage dont les causes sont
beaucoup plus compliquées. Nabil Abdel-Fattah, chercheur au
Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram,
pense que les efforts du ministère de la Main-d’œuvre
n’atteindront pas leur objectif. Selon lui, tant que le
niveau de nos diplômés restera dramatiquement inférieur à
celui de leurs homologues étrangers, les chefs d’entreprises
et patrons de travail trouveront des moyens détournés pour
garder leur personnel étranger. « Le problème réside avant
tout dans le niveau d’enseignement », conclut Abdel-Fattah.
Mirande Youssef