Droits de l’Homme.
Dans un récent rapport, Amnesty
International épingle l’Egypte sur deux points : les
entraves à la liberté d’expression et les détentions
politiques.
Rapport critique
A l’occasion du 60e anniversaire de l’adoption de la
Déclaration universelle des droits de l’homme,
l’Organisation de défense des droits de l’homme
Amnesty International vient de
publier son rapport de l’année 2008, en assurant que « le
monde actuel reste marqué par l’injustice, l’inégalité et
l’impunité ». Au Moyen-Orient, le rapport indique que les
gouvernements de la région continuent à « privilégier la
sûreté de l’Etat et la sécurité publique au détriment des
droits humains et de la vie de leurs citoyens ». Cette
attitude s’est renforcée depuis le déclenchement de la
guerre contre le terrorisme. Dans de nombreux pays du
Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, le rapport exprime que
les atteintes graves aux droits de l’homme « conservaient un
caractère à la fois généralisé et endémique ».
Deux critiques majeures ont été adressées à l’Egypte, à
savoir le nombre des détenus politiques et les restrictions
imposées à la liberté d’expression. Le rapport accuse le
gouvernement égyptien de prendre pour cible les journalistes
et les bloggeurs dont les écrits
sont jugés trop critiques ou subversifs.
L’année dernière, le tribunal correctionnel de Agouza a
condamné les rédacteurs en chef des journaux indépendants
Al-Dostour, Ibrahim Eissa, Al-Fagr, Adel Hammouda, Sawt
Al-Oumma, Waël Al-Ebrachi, et Al-Karama, Abdel-Halim Qandil
à un an de travaux forcés et 20 000 livres d’amende pour
diffusion de fausses informations susceptibles de perturber
l’ordre public et de nuire à la réputation du pays. Il
s’agissait de la diffusion de rumeurs sur l’état de santé du
président Moubarak.
Pour ce qui est du dossier des prisonniers politiques un
grand écart sépare les chiffres officiels du ministère de
l’Intérieur (un millier) à ceux avancés par Amnesty (18
000). Le ministère de l’Intérieur justifie leur détention en
avançant des raisons de « sécurité publique ». Or, le
chiffre d’Amnesty est considéré comme « exagéré », par la
majorité des observateurs et ONG locaux.
« Il faut noter que les rapports d’Amnesty
International et de Human
Rights
Watch, sont très crédibles », estime Mohamad
Zarée, directeur d’une
organisation d’assistance juridique aux détenus (ONG). Mais,
il voit que le chiffre de 18 000 détenus est très exagéré. «
Je crois que ce problème de statistiques est dû au black-out
imposé par le gouvernement égyptien sur certaines
informations. D’après les informations qui nous sont
disponibles, je crois pouvoir situer entre 5 000 et 6 000 le
nombre de détenus politiques en Egypte », dit-il. Zarée a
souligné une amélioration des conditions de vie et du
traitement des détenus dans les prisons égyptiennes, « même
si cette amélioration est en dessous de nos attentes ».
A son tour, Diaa Rachwan, chercheur au Centre d’Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, met en
question le nombre de prisonniers politiques du rapport, et
estime qu’il ne dépasserait pas les 5 000.
« Les années 1999 et 2000 ont témoigné d’une atténuation de
ce phénomène, notamment après l’initiative d’abandon de la
violence prise depuis leur cellule par les leaders de la
Gamaa islamique. Les libérations des membres de la Gamaa
ayant adhéré à l’initiative s’étaient poursuivies depuis »,
explique Rachwan.
Aujourd’hui, la présence de milliers de détenus politiques
après des années de calme relatif au niveau du terrorisme
s’explique, selon lui, par le simple fait que l’état
d’urgence donne au gouvernement la liberté quasi absolue de
détenir sans jugement toute personne suspecte, « c’est la
solution de facilité face à un danger quelconque »,
souligne-t-il.
Selon le chercheur, si le gouvernement avait l’intention de
clore ce dossier, il aurait a fortiori mis un terme à l’état
d’urgence. La semaine dernière, le Parlement avait voté une
prorogation de deux ans de l’état d’urgence qui gouverne l’Egypte
depuis 1981.
Ola
Hamdi