Al-Ahram Hebdo, Egypte | Rapport critique
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Egypte

Droits de l’Homme. Dans un récent rapport, Amnesty International épingle l’Egypte sur deux points : les entraves à la liberté d’expression et les détentions politiques.

Rapport critique 

A l’occasion du 60e anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’Organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International vient de publier son rapport de l’année 2008, en assurant que « le monde actuel reste marqué par l’injustice, l’inégalité et l’impunité ». Au Moyen-Orient, le rapport indique que les gouvernements de la région continuent à « privilégier la sûreté de l’Etat et la sécurité publique au détriment des droits humains et de la vie de leurs citoyens ». Cette attitude s’est renforcée depuis le déclenchement de la guerre contre le terrorisme. Dans de nombreux pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, le rapport exprime que les atteintes graves aux droits de l’homme « conservaient un caractère à la fois généralisé et endémique ».

Deux critiques majeures ont été adressées à l’Egypte, à savoir le nombre des détenus politiques et les restrictions imposées à la liberté d’expression. Le rapport accuse le gouvernement égyptien de prendre pour cible les journalistes et les bloggeurs dont les écrits sont jugés trop critiques ou subversifs.

L’année dernière, le tribunal correctionnel de Agouza a condamné les rédacteurs en chef des journaux indépendants Al-Dostour, Ibrahim Eissa, Al-Fagr, Adel Hammouda, Sawt Al-Oumma, Waël Al-Ebrachi, et Al-Karama, Abdel-Halim Qandil à un an de travaux forcés et 20 000 livres d’amende pour diffusion de fausses informations susceptibles de perturber l’ordre public et de nuire à la réputation du pays. Il s’agissait de la diffusion de rumeurs sur l’état de santé du président Moubarak.

Pour ce qui est du dossier des prisonniers politiques un grand écart sépare les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur (un millier) à ceux avancés par Amnesty (18 000). Le ministère de l’Intérieur justifie leur détention en avançant des raisons de « sécurité publique ». Or, le chiffre d’Amnesty est considéré comme « exagéré », par la majorité des observateurs et ONG locaux.

« Il faut noter que les rapports d’Amnesty International et de Human Rights Watch, sont très crédibles », estime Mohamad Zarée, directeur d’une organisation d’assistance juridique aux détenus (ONG). Mais, il voit que le chiffre de 18 000 détenus est très exagéré. « Je crois que ce problème de statistiques est dû au black-out imposé par le gouvernement égyptien sur certaines informations. D’après les informations qui nous sont disponibles, je crois pouvoir situer entre 5 000 et 6 000 le nombre de détenus politiques en Egypte », dit-il. Zarée a souligné une amélioration des conditions de vie et du traitement des détenus dans les prisons égyptiennes, « même si cette amélioration est en dessous de nos attentes ».

A son tour, Diaa Rachwan, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, met en question le nombre de prisonniers politiques du rapport, et estime qu’il ne dépasserait pas les 5 000.

« Les années 1999 et 2000 ont témoigné d’une atténuation de ce phénomène, notamment après l’initiative d’abandon de la violence prise depuis leur cellule par les leaders de la Gamaa islamique. Les libérations des membres de la Gamaa ayant adhéré à l’initiative s’étaient poursuivies depuis », explique Rachwan.

Aujourd’hui, la présence de milliers de détenus politiques après des années de calme relatif au niveau du terrorisme s’explique, selon lui, par le simple fait que l’état d’urgence donne au gouvernement la liberté quasi absolue de détenir sans jugement toute personne suspecte, « c’est la solution de facilité face à un danger quelconque », souligne-t-il. 

Selon le chercheur, si le gouvernement avait l’intention de clore ce dossier, il aurait a fortiori mis un terme à l’état d’urgence. La semaine dernière, le Parlement avait voté une prorogation de deux ans de l’état d’urgence qui gouverne l’Egypte depuis 1981.

Ola Hamdi

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