Education.
L’Association des Ecoles Privées (AEP) juge comme «
injustifiée » la décision de supprimer les exemptions
fiscales dont bénéficiaient ces établissements.
Frais scolaires en hausse
Dans une école privée située dans le quartier d’Héliopolis,
des parents d’élèves se pressent pour se renseigner sur les
frais de scolarité de leurs enfants. L’inquiétude est de
mise et les commentaires vont bon train. « Nous avons
entendu dire qu’il y aurait une hausse des frais
d’inscription. Mais de combien ? On ne sait pas encore. Le
président a décidé de nous accorder une prime de 30 % et
maintenant ses ministres cherchent à récupérer cet argent
par n’importe quel moyen », se plaint Sultan Attiya, père de
deux filles, qui a pris sa place dans la file d’attente pour
payer les frais de scolarité. Quelques minutes passent et
Sultane sort de la file en arborant un sourire «
Al-Hamdoulélah (grâce à Dieu). Je n’ai payé que la hausse
annuelle habituelle », dit-il avec un air de satisfaction.
Mais le « bonheur » de Sultan pourrait se révéler de courte
durée.
Car si
pour le moment aucune augmentation n’a été décidée, il est
fort probable qu’une hausse sera établie d’ici le début de
l’année scolaire 2008-2009, suite à la décision du
gouvernement de supprimer les exemptions fiscales dont
bénéficiaient les écoles privées. Les responsables de
l’école se veulent discrets. « Pour le moment, rien n’a été
décidé et aucun accord avec le ministère de l’Education n’a
été conclu au sujet des hausses et nous devons attendre pour
que cette question soit réglée », affirme la responsable du
service comptabilité de l’école.
La
décision remonte à quelques semaines. Pour combler le
déficit budgétaire et être en mesure de financer la hausse
de 30 % des salaires des employés, le gouvernement d’Ahmad
Nazif, décide entre autres mesures, de supprimer les
avantages fiscaux dont bénéficiaient les écoles privées.
Conséquence : une hausse attendue dans la plupart des écoles
de l’ordre de 20 % au moins, soit l’équivalent du montant de
la taxe. Il existe 4 900 écoles privées en Egypte sur un
total de 42 000 soit 8,2 % de l’ensemble des établissements.
Les budgets de ces écoles sont soumis directement au
contrôle du ministère de l’Education. C’est ce dernier qui
détermine en effet la marge de bénéfice, généralement fixée
à 15 %. En 2004, le ministère a conclu un accord avec les
propriétaires des écoles privées, qui donne à ces derniers
le droit à une hausse annuelle des frais d’inscription.
Cette hausse a été fixée à 12 % pour les écoles dont les
frais ne dépassent pas les 600 L.E. et à 3 % pour les écoles
dont les frais sont supérieurs à 2 000 L.E. par an. Les
écoles qui ne se conforment pas à cet accord encourent des
sanctions par le ministère.
Mais la
décision de supprimer les exemptions fiscales accordées aux
écoles a soulevé de vives réactions. Et le gouvernement se
retrouve subitement sur le banc des accusés. L’Association
des Ecoles Privées (AEP) a été la première à monter au
créneau dénonçant une décision « injuste » et « injustifiée
». Pour Mamdouh Al-Husseini, président de l’association,
cette décision aura un impact négatif sur l’enseignement
privé en Egypte. « Cet impact va s’exercer à deux niveaux.
Premièrement, au niveau des petites écoles privées dont les
frais sont limités. Si elles ne bénéficient d’aucun soutien,
ces écoles ne seront plus en mesure d’observer les critères
de qualité et fermeront leurs portes d’ici cinq ans au
maximum », estime Al-Husseini. Il s’attend à une baisse des
investissements dans le secteur de l’éducation. « Les
exemptions fiscales ont encouragé les personnes qui
possèdent un capital à construire des écoles. Donc, les
exemptions fiscales ont été un facteur d’attraction pour les
hommes d’affaires même s’il existe d’autres projets plus
lucratifs », pense Al-Husseini qui occupe également le poste
de secrétaire de la commission de l’éducation à l’Assemblée
du peuple. Plusieurs investisseurs se sont plaints de la
décision du gouvernement. « J’ai déjà construit deux écoles
et je pensais en construire une troisième mais après cette
mesure du gouvernement, je reviens sur ma décision. Je ne
veux pas de problèmes avec les impôts », lance un
investisseur.
Face à
ces critiques, le ministère de l’Education tente de tempérer.
Le ministre, Yousri Al-Gamal, a annoncé qu’une réunion aura
lieu la semaine prochaine entre des responsables de l’AEP et
du ministère afin de déterminer le montant de la hausse,
ajoutant que le ministère « place l’intérêt des citoyens
avant toute chose » et que « la hausse n’atteindra pas les
20 % ». Il a mis en garde que toute école qui ne se
conformera pas à l’accord entre l’AEP et le ministère
encourra « des sanctions administratives et financières ». «
Les écoles privées ont réalisé des profits importants au
cours des précédentes années. Le fait de payer des impôts ne
leur fera aucun mal », déclare pour sa part Wagdi Afifi,
responsable au ministère de l’Education. Le ministère vient
de créer une ligne directe, le 19126, pour recevoir les
plaintes des familles. « S’il s’avère qu’une école ne
respecte pas les limites fixées par le ministère, nous lui
donnerons un délai de 15 jours pour se conformer à nos
décisions. Si elle ne se conforme pas, une commission se
rendra dans cette école qui peut être placée sous la
surveillance administrative et financière », affirme Wagdi
Afifi.
Chérine Abdel-Azim