Al-Ahram Hebdo, Egypte | Frais scolaires en hausse
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Egypte

Education. L’Association des Ecoles Privées (AEP) juge comme « injustifiée » la décision de supprimer les exemptions fiscales dont bénéficiaient ces établissements. 

Frais scolaires en hausse 

Dans une école privée située dans le quartier d’Héliopolis, des parents d’élèves se pressent pour se renseigner sur les frais de scolarité de leurs enfants. L’inquiétude est de mise et les commentaires vont bon train. « Nous avons entendu dire qu’il y aurait une hausse des frais d’inscription. Mais de combien ? On ne sait pas encore. Le président a décidé de nous accorder une prime de 30 % et maintenant ses ministres cherchent à récupérer cet argent par n’importe quel moyen », se plaint Sultan Attiya, père de deux filles, qui a pris sa place dans la file d’attente pour payer les frais de scolarité. Quelques minutes passent et Sultane sort de la file en arborant un sourire « Al-Hamdoulélah (grâce à Dieu). Je n’ai payé que la hausse annuelle habituelle », dit-il avec un air de satisfaction. Mais le « bonheur » de Sultan pourrait se révéler de courte durée. Car si pour le moment aucune augmentation n’a été décidée, il est fort probable qu’une hausse sera établie d’ici le début de l’année scolaire 2008-2009, suite à la décision du gouvernement de supprimer les exemptions fiscales dont bénéficiaient les écoles privées. Les responsables de l’école se veulent discrets. « Pour le moment, rien n’a été décidé et aucun accord avec le ministère de l’Education n’a été conclu au sujet des hausses et nous devons attendre pour que cette question soit réglée », affirme la responsable du service comptabilité de l’école.

La décision remonte à quelques semaines. Pour combler le déficit budgétaire et être en mesure de financer la hausse de 30 % des salaires des employés, le gouvernement d’Ahmad Nazif, décide entre autres mesures, de supprimer les avantages fiscaux dont bénéficiaient les écoles privées. Conséquence : une hausse attendue dans la plupart des écoles de l’ordre de 20 % au moins, soit l’équivalent du montant de la taxe. Il existe 4 900 écoles privées en Egypte sur un total de 42 000 soit 8,2 % de l’ensemble des établissements. Les budgets de ces écoles sont soumis directement au contrôle du ministère de l’Education. C’est ce dernier qui détermine en effet la marge de bénéfice, généralement fixée à 15 %. En 2004, le ministère a conclu un accord avec les propriétaires des écoles privées, qui donne à ces derniers le droit à une hausse annuelle des frais d’inscription. Cette hausse a été fixée à 12 % pour les écoles dont les frais ne dépassent pas les 600 L.E. et à 3 % pour les écoles dont les frais sont supérieurs à 2 000 L.E. par an. Les écoles qui ne se conforment pas à cet accord encourent des sanctions par le ministère.

Mais la décision de supprimer les exemptions fiscales accordées aux écoles a soulevé de vives réactions. Et le gouvernement se retrouve subitement sur le banc des accusés. L’Association des Ecoles Privées (AEP) a été la première à monter au créneau dénonçant une décision « injuste » et « injustifiée ». Pour Mamdouh Al-Husseini, président de l’association, cette décision aura un impact négatif sur l’enseignement privé en Egypte. « Cet impact va s’exercer à deux niveaux. Premièrement, au niveau des petites écoles privées dont les frais sont limités. Si elles ne bénéficient d’aucun soutien, ces écoles ne seront plus en mesure d’observer les critères de qualité et fermeront leurs portes d’ici cinq ans au maximum », estime Al-Husseini. Il s’attend à une baisse des investissements dans le secteur de l’éducation. « Les exemptions fiscales ont encouragé les personnes qui possèdent un capital à construire des écoles. Donc, les exemptions fiscales ont été un facteur d’attraction pour les hommes d’affaires même s’il existe d’autres projets plus lucratifs », pense Al-Husseini qui occupe également le poste de secrétaire de la commission de l’éducation à l’Assemblée du peuple. Plusieurs investisseurs se sont plaints de la décision du gouvernement. « J’ai déjà construit deux écoles et je pensais en construire une troisième mais après cette mesure du gouvernement, je reviens sur ma décision. Je ne veux pas de problèmes avec les impôts », lance un investisseur.

Face à ces critiques, le ministère de l’Education tente de tempérer. Le ministre, Yousri Al-Gamal, a annoncé qu’une réunion aura lieu la semaine prochaine entre des responsables de l’AEP et du ministère afin de déterminer le montant de la hausse, ajoutant que le ministère « place l’intérêt des citoyens avant toute chose » et que « la hausse n’atteindra pas les 20 % ». Il a mis en garde que toute école qui ne se conformera pas à l’accord entre l’AEP et le ministère encourra « des sanctions administratives et financières ». « Les écoles privées ont réalisé des profits importants au cours des précédentes années. Le fait de payer des impôts ne leur fera aucun mal », déclare pour sa part Wagdi Afifi, responsable au ministère de l’Education. Le ministère vient de créer une ligne directe, le 19126, pour recevoir les plaintes des familles. « S’il s’avère qu’une école ne respecte pas les limites fixées par le ministère, nous lui donnerons un délai de 15 jours pour se conformer à nos décisions. Si elle ne se conforme pas, une commission se rendra dans cette école qui peut être placée sous la surveillance administrative et financière », affirme Wagdi Afifi.

Chérine Abdel-Azim

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