Al-Ahram Hebdo, Economie | La hausse dans l’intérêt des grands
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Economie

Cours Pétroliers. La spéculation sur les contrats à long terme (Futures) est montrée du doigt, accusée d’être à l’origine de la flambée des prix. Mais la situation est plus subtile.  

La hausse dans l’intérêt des grands 

Il va falloir s’habituer au pétrole cher. 100, 110, 120, 130 dollars américains ... En quelques mois, le prix du baril a franchi plusieurs plafonds pour dépasser pour la première fois la barre de 135 dollars la semaine dernière avant de fléchir jeudi dernier à 127 dollars. La volatilité des prix de l’or noir a soulevé une large polémique sur le rôle de la spéculation sur les contrats à terme (Futures) dans cette affaire : un large segment de la société internationale considère la spéculation comme étant la cause principale de la hausse des prix, tandis que d’autres minimisent son rôle en justifiant la situation actuelle par les problèmes fondamentaux liés à l’offre et à la demande. « La spéculation est le facteur principal de la hausse des prix. La dépréciation de la monnaie américaine et la crise de subprime aux Etats-Unis ont poussé les investisseurs à accentuer leurs investissements dans les Futures pour profiter de la hausse des prix », souligne William Engdahl, expert pétrolier et auteur du livre Pétrole, une guerre de siècle. Il explique, dans une recherche publiée sur le site du Centre des recherches sur la mondialisation, qu’il existe deux marchés pour le pétrole : Le marché dit « physique » sur lequel s’opèrent les transactions physiques à livraison immédiate ou à terme compte tenu des délais d’acheminement des produits. Les principaux opérateurs étant les compagnies productrices privées et publiques, les raffineurs et les négociants. Et le marché dit « papier » qui comprend le marché des « Futures » (3 à 6 ans) et le marché de gré à gré (« Over the Counter » ; OTC) sur lequel les contrats peuvent aller jusqu’à 15 ans. Sur ce marché s’échangent des intentions d’achats ou de ventes futures à un prix immédiatement fixé. A la différence du marché physique, les contrats ne débouchent généralement pas sur des transactions physiques. « Aujourd’hui, les transactions sur le marché papier représentent 1,5 milliard de barils par jour, à savoir 9 fois le volume échangé sur le marché physique, ce qui démontre que la spéculation sur ce marché amplifie les prix de l’or noir », explique-t-il. Avis partagé par le spécialiste de l’investissement pétrolier, Boone Pickens, qui ajoute que la réglementation actuelle sur le New York Mercantile Exchange (Nymex) permet aux spéculateurs de rembourser seulement 6 % de la valeur totale du contrat pétrolier à terme et le reste sur des délais. Ce qui en fait un investissement sûr et peu coûteux. « Ce qui encourage les fonds des pensions et les banques d’investissements à acheter 16 contrats de pétrole à terme au prix d’un », renchérit-il.

Les membres de l’Organisation des Pays Exportateurs du Pétrole (OPEP), ne peuvent être moins d’accord : « La spéculation et la dépréciation du dollar représentent les causes essentielles de la flambée des prix du pétrole. La production est suffisante sur le marché et il n’y a pas de manque d’offre », souligne le secrétaire général de l’Opep, Abdallah Al-Badri, au nom de 12 pays produisant 40 % du brut mondial. Et d’accuser les prévisions des grandes banques d’investissements d’alimenter la soif des investisseurs à l’exemple de la banque américaine Goldman Sachs qui prévoit, dans son rapport publié le mois d’avril, une flambée des prix de l’or noir pour varier entre 150 à 200 dollars dans deux ans.

 

Poursuite de la tendance à la hausse

Ce qui est vrai c’est qu’un pétrole cher convient pour la première fois à toutes les parties, producteurs et consommateurs. Pour les producteurs, des revenus record sont toujours les bienvenus. De plus, pour eux, le prix actuel n’est pas si élevé qu’il le semble. Le ministre du pétrole iraqien explique à l’Hebdo, lors d’un entretien récent, que le prix du pétrole, même à 126 dollars le baril, en termes réels, n’a pas dépassé celui d’il y a 25 ans. « Donc, tout ce discours des prix record du pétrole n’est pas vrai, si on les compare avec la hausse des prix des autres biens durant cette période », renchérit Hussein Al-Chehrestani. Un expert pétrolier partisan du cartel pétrolier ajoute pour sa part que « la spéculation pourrait entraîner la hausse des prix de l’or noir d’une dizaine de dollars. Alors que son prix a plus que doublé dans la dernière année, ce qui revient au premier lieu à un problème fondamental lié à l’offre et à la demande », estime-t-il. Opinion partagée par Mohamad Abou-Bacha, un économiste auprès du groupe financier EFG-Hermes. « La demande mondiale s’est brusquement accélérée depuis 2003. De plus, entre 1999 et 2003, les principaux producteurs mondiaux — parmi et hors l’Opep — s’étaient parvenus à maintenir un niveau de prix raisonnable », souligne-t-il en assurant que son groupe prévoit la poursuite de la tendance à la hausse des prix, pour dépasser les limites de 140 dollars à la fin de cette année. Abou-Bacha écarte le scénario, disant que cette hausse actuelle des cours est une bulle qui peut éclater à tout moment « tant que les fondamentaux du marché l’appuient », précise-t-il.

Selon l’Opep, pour 2008, la croissance de la demande mondiale en pétrole restera inchangée à 1,2 million de barils par jour, car le ralentissement de la croissance économique dans le monde industrialisé est légèrement compensé par la consommation croissante dans les pays en développement.

Dans l’autre camp, les grands consommateurs, avec en tête les Etats-Unis et l’Union européenne, ne sont pas à leur tour opposés à la hausse continue des prix. Ces deux puissances œuvrent en fait à mettre fin à l’âge du pétrole. Après les deux chocs pétroliers des années 1970 et 80, ceux-ci ont adapté leurs économies à un pétrole plus cher, et trouvent désormais que cela prépare le terrain au financement de l’énergie alternative, avec en tête les biocarburants, même si le prix est la faim de milliards d’êtres humains.

La spéculation est donc la partie émergée de l’iceberg. La partie invisible est un consensus sur un pétrole cher sur le long terme, chacun pour ses raisons. Le directeur général du géant pétrolier Total l’illustre parfaitement. Christophe de Margerie voit que l’offre est suffisante sur le marché. « Mais les marchés prennent en compte un risque de pénuries futures, ce qui alimente la hausse des cours. Je crois vraiment qu’il est temps de prendre des décisions touchant ce que nous pouvons faire, d’un côté pour réduire la consommation et de l’autre pour répondre à la demande supplémentaire d’énergie des pays émergents », a-t-il conclu diplomatiquement sans dire qu’un bras de fer est engagé entre les producteurs qui détiennent l’huile, source ultime d’énergie d’ici dix ans, et les consommateurs qui œuvrent à s’en passer une fois pour toutes.

Gilane Magdi

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