Gouvernement.
Les difficultés de se procurer ce produit vital révèlent la
confusion du cabinet actuel.
Le pain et la science-fiction
Il
introduit sa carte ATM dans la machine. Deux secondes plus
tard, deux galettes de pain sortent avec impulsion. Est-ce
de la science-fiction ? Il s’agit d’une scène d’un court
métrage lancé récemment et intitulé ATM et qui a comme thème
de critiquer la performance du « gouvernement intelligent »
actuel. Mais cette fiction de Nagui Al-Ali, le réalisateur
du film, est confirmée par une réalité amère qu’avait forgée
ce gouvernement dans l’esprit des gens en faisant de leur
quotidien une série de crises. Et la pénurie du pain, plus
que d’autres, a gagné beaucoup d’ampleur. Personne ne peut
nier que les files d’attente devant les boulangeries ont
toujours existé. Mais la longueur de ces files, sous le
gouvernement actuel, a enregistré un record. Le pire encore
ce sont les incidents qui les marquent. Echauffourées,
bagarres, asphyxie, un cortège de morts qui a fait une
dizaine de victimes. « Les martyrs du pain », une nouvelle
expression qui vient s’ajouter à la terminologie égyptienne.
« Durant toute l’histoire de l’Egypte moderne, la crise du
pain n’avait jamais pris une telle dimension », estime
Abdel-Ghaffar Chokr, politologue. Chokr pointe du doigt la
mauvaise gestion et les politiques non étudiées, étant
derrière cette crise.
C’est avec la décision du gouvernement, il y a deux ans, de
ne plus acheter le blé aux agriculteurs égyptiens, sous
prétexte que son importation est beaucoup moins chère, que
tout a commencé. La production locale de blé a ainsi
beaucoup diminué. Une affaire qu’a encouragée le trafic de
la farine subventionnée. En fait, le gouvernement dépense 12
milliards de L.E. par an pour subventionner le pain. 120 000
tonnes de farine sont distribuées quotidiennement à 17 500
boulangeries. Elles produisent 210 millions de galettes pour
répondre aux besoins de 78 millions de personnes. 30 % du
quota de ces farines subventionnées est estimé être vendu au
marché noir. Un marché qui a connu aussi beaucoup
d’épanouissement après la hausse internationale des prix du
blé.
Les contestations populaires atteignent leur apogée et les
incidents de violence se multiplient. La crise est telle
qu’elle fait craindre une répétition des manifestations de
1977, qui avaient fait 70 morts après que le gouvernement
eut augmenté le prix du pain. Le président Moubarak
intervient alors et appelle en renfort les forces armées
chargées de prendre part à la production et à la
distribution du pain. Une affaire, selon Chokr, qui dévoile
l’échec des ministères concernés et prouve irréfutablement
leur incompétence. Même les 2 millions de galettes produites
par jour par le ministère de la Défense n’ont pas réussi à
mettre un terme à cette crise. Et pour résoudre le problème,
le gouvernement avait recouru à une certaine mesure, qui,
selon Chokr, « est loin d’être efficace ».
Séparer la production de la distribution, d’un point de vue
économique, est certes une solution. Mais cette efficacité a
été tout à fait perdue lors de la mise en vigueur. Le
gouvernement avait installé une centaine de kiosques pour
vendre le pain subventionné. Les queues devant les
boulangeries se sont allégées par rapport au début de la
crise, mais elles se sont portées sur les kiosques. C’est
toujours l’attente. Reste le nombre limité des galettes
vendues par personne, 20 galettes qui attisent aussi les
contestations.
La distribution du pain à partir de la carte
d’approvisionnement est une autre mesure que le gouvernement
avait appliquée dans certains gouvernorats comme Ménoufiya
en attendant de la généraliser. Une pratique contestée,
puisque l’inscription en tant que date de naissance des
nouveaux membres de la famille dans ces cartes date de 2005.
Une fois généralisée, quelle sera alors la part des autres ?
Le gouvernement conserve toujours sa confusion et parle
encore d’études sur la distribution du pain sur présentation
de la carte d’identité. Une procédure qui ne manque pas
d’être étonnante.
Reste la déclaration la plus insolite qu’avait prononcée
tout récemment le chef du gouvernement, Ahmad Nazif, selon
laquelle il envisage un service de livraison à domicile pour
porter le pain tout chaud aux foyers. On se demande alors
s’il ne s’agit pas là aussi de science-fiction.
Aliaa
Al-Korachi