Al-Ahram Hebdo,Dossier | Le pain et la science-fiction
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Dossier

Gouvernement. Les difficultés de se procurer ce produit vital révèlent la confusion du cabinet actuel.

Le pain et la science-fiction

Il introduit sa carte ATM dans la machine. Deux secondes plus tard, deux galettes de pain sortent avec impulsion. Est-ce de la science-fiction ? Il s’agit d’une scène d’un court métrage lancé récemment et intitulé ATM et qui a comme thème de critiquer la performance du « gouvernement intelligent » actuel. Mais cette fiction de Nagui Al-Ali, le réalisateur du film, est confirmée par une réalité amère qu’avait forgée ce gouvernement dans l’esprit des gens en faisant de leur quotidien une série de crises. Et la pénurie du pain, plus que d’autres, a gagné beaucoup d’ampleur. Personne ne peut nier que les files d’attente devant les boulangeries ont toujours existé. Mais la longueur de ces files, sous le gouvernement actuel, a enregistré un record. Le pire encore ce sont les incidents qui les marquent. Echauffourées, bagarres, asphyxie, un cortège de morts qui a fait une dizaine de victimes. « Les martyrs du pain », une nouvelle expression qui vient s’ajouter à la terminologie égyptienne. « Durant toute l’histoire de l’Egypte moderne, la crise du pain n’avait jamais pris une telle dimension », estime Abdel-Ghaffar Chokr, politologue. Chokr pointe du doigt la mauvaise gestion et les politiques non étudiées, étant derrière cette crise.

C’est avec la décision du gouvernement, il y a deux ans, de ne plus acheter le blé aux agriculteurs égyptiens, sous prétexte que son importation est beaucoup moins chère, que tout a commencé. La production locale de blé a ainsi beaucoup diminué. Une affaire qu’a encouragée le trafic de la farine subventionnée. En fait, le gouvernement dépense 12 milliards de L.E. par an pour subventionner le pain. 120 000 tonnes de farine sont distribuées quotidiennement à 17 500 boulangeries. Elles produisent 210 millions de galettes pour répondre aux besoins de 78 millions de personnes. 30 % du quota de ces farines subventionnées est estimé être vendu au marché noir. Un marché qui a connu aussi beaucoup d’épanouissement après la hausse internationale des prix du blé.

Les contestations populaires atteignent leur apogée et les incidents de violence se multiplient. La crise est telle qu’elle fait craindre une répétition des manifestations de 1977, qui avaient fait 70 morts après que le gouvernement eut augmenté le prix du pain. Le président Moubarak intervient alors et appelle en renfort les forces armées chargées de prendre part à la production et à la distribution du pain. Une affaire, selon Chokr, qui dévoile l’échec des ministères concernés et prouve irréfutablement leur incompétence. Même les 2 millions de galettes produites par jour par le ministère de la Défense n’ont pas réussi à mettre un terme à cette crise. Et pour résoudre le problème, le gouvernement avait recouru à une certaine mesure, qui, selon Chokr, « est loin d’être efficace ».

Séparer la production de la distribution, d’un point de vue économique, est certes une solution. Mais cette efficacité a été tout à fait perdue lors de la mise en vigueur. Le gouvernement avait installé une centaine de kiosques pour vendre le pain subventionné. Les queues devant les boulangeries se sont allégées par rapport au début de la crise, mais elles se sont portées sur les kiosques. C’est toujours l’attente. Reste le nombre limité des galettes vendues par personne, 20 galettes qui attisent aussi les contestations.

La distribution du pain à partir de la carte d’approvisionnement est une autre mesure que le gouvernement avait appliquée dans certains gouvernorats comme Ménoufiya en attendant de la généraliser. Une pratique contestée, puisque l’inscription en tant que date de naissance des nouveaux membres de la famille dans ces cartes date de 2005. Une fois généralisée, quelle sera alors la part des autres ? Le gouvernement conserve toujours sa confusion et parle encore d’études sur la distribution du pain sur présentation de la carte d’identité. Une procédure qui ne manque pas d’être étonnante.

Reste la déclaration la plus insolite qu’avait prononcée tout récemment le chef du gouvernement, Ahmad Nazif, selon laquelle il envisage un service de livraison à domicile pour porter le pain tout chaud aux foyers. On se demande alors s’il ne s’agit pas là aussi de science-fiction.

Aliaa Al-Korachi

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