Al-Ahram Hebdo, Dossier | Au creux de la vague
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Dossier

Gouvernement. Quatre ans après sa nomination, le cabinet Ahmad Nazif, porteur d’espoir à l’époque, est aujourd’hui l’un des plus contestés. En dépit de réformes sur le plan économique, le bilan est plutôt négatif avec des crises et des protestations populaires.

Au creux de la vague

«et si l’egypte plongeait dans le noir … », « Pour une heure même, qu’on entende uniquement le bruit des cuillères percutant les marmites vides, qu’une seule prière retentisse dans les cieux du pays : que Dieu nous débarrasse de l’injustice de ce gouvernement ». Jamais les Egyptiens n’avaient étalé tant d’idées inouïes pour contester la performance de leur gouvernement. Ils s’y opposaient d’habitude, critiquaient peut-être, mais finissaient par admettre — résignés — une réalité si accablante soit-elle. Le cabinet Ahmad Nazif a fait exception. En quatre ans, il a cumulé tous les maux d’une société s’appauvrissant et tous les péchés d’un régime en difficulté. Depuis sa nomination par le président Moubarak en 2004 puis sa reconduction après les présidentielles et législatives fin 2005, Nazif et son cabinet font face à des crises de toutes sortes, mettant leur sort en véritable péril. Des grèves consécutives, à commencer par celle des ouvriers de l’industrie textile à Mahalla en 2006, avant de se développer et toucher presque l’ensemble des secteurs.

Les protestations en faveur des primes de salaires vont plus tard prendre une autre dimension sur fond de hausse considérable des prix des produits de base. La frustration des Egyptiens se révèle ainsi au grand jour avec une première grève le 6 avril 2008, et une autre prévue le 4 mai, avortée avec des promesses du président Moubarak d’augmenter de 30 % les fonctionnaires de l’Etat (lire encadré p. 5).

Mais entre deux scrutins contestés par l’opposition et les émeutes de la faim, le gouvernement des « technocrates » a encaissé un nombre impressionnant d’échecs, alors qu’il y a 4 ans il était porteur de tous les espoirs. La potentielle cohérence entre « ces hommes d’affaires », ces « ministres jeunes » issus tous d’une école néo-libérale, laissait entendre que la période à venir serait placée sous le signe de la réforme et de la modernisation du pays. C’est d’ailleurs l’objectif qu’ils s’étaient eux-mêmes fixé. L’Egypte allait finalement entrer dans l’ère moderne et s’adapter à la mondialisation et à la technologie de pointe. Nazif, lui-même, venait du ministère des Communications et symbolisait le renouveau avec son « Smart Village ».

C’est ainsi, dans ce coin du 6 Octobre, que M. Internet va installer son bureau. Pour la première fois, la notion d’un « homme de confiance » reculait pour céder la place aux « hommes de compétence ». Pour le ministère des Transports, on fait appel à un homme d’affaires de grande renommée dans le domaine des automobiles, pour la Santé, un médecin copropriétaire du plus grand hôpital privé et plus performant aussi, pour le Tourisme, un magnat des agences de voyages et des hôtels de luxe. « Le gouvernement de l’espoir pour réaliser les espérances de la patrie », titrait Al-Akhbar le jour de la formation du gouvernement. L’hebdomadaire Sawt Al-Oumma, lui, espérait que « le gouvernement Nazif parvienne à réaliser le miracle que ses prédécesseurs ont été incapables de faire ». Un changement qui, aux yeux des plus optimistes, traduit la fin d’une époque de corruption, surtout qu’il coïncidait avec la première réunion annuelle du PND placée sous le signe de « la réforme et la jeune génération ». Des ministres appartenant au milieu des affaires ne seraient pas tentés de s’enrichir. Les craintes de la relance du processus de privatisation étaient pourtant accompagnées d’attentes d’une multiplication des investissements et donc d’une réduction du chômage et d’une augmentation du niveau de vie de l’Egyptien moyen.

Le bilan a pourtant été autre. Les ministres dits du « groupe économique » ont ainsi procédé à une série de mesures en faveur des investisseurs : Une réduction des taxes douanières, une réforme du secteur bancaire, une stabilisation du marché des changes … des décisions qui ne se sont pas reflétées sur le quotidien des Egyptiens.

A la place, ces derniers faisaient face à des crises multiples et auxquelles le gouvernement s’est montré incompétent. La grippe aviaire était le premier test et le plus évident. L’Egypte a été l’un des pays les plus touchés par le virus avec 19 décès et au moins 46 personnes contaminées. La campagne de sensibilisation lancée par le ministère de la Santé n’a pas été suffisamment entendue, et d’après les experts, le gouvernement avait plutôt tendance à réagir qu’à agir. Du coup, le résultat est plus que contesté. Et dans les ruelles des petits villages, les paysans se sont simplement mis à maudire le gouvernement.

On le maudit encore pour la pénurie de l’eau. Dans différents coins du pays, la soif passait comme un mot d’ordre et une fois de plus le gouvernement Nazif a multiplié décisions, recommandations et promesses.

Un an après, « la révolte de la soif » risque d’éclater de nouveau cet été pour se greffer à une des crises les plus graves de l’Egypte : le manque du pain (lire encadré). Des promesses de toutes sortes pour une sortie de crise et des protestions de presque toutes les catégories du pays. Des médecins, des infirmières, des fonctionnaires, des avocats, des juges, des ouvriers, des enseignants, presque aucun groupe n’échappe à la règle. Un sondage mené en 2007 par le Centre des informations, instance dépendant du Conseil des ministres, montre pourtant que 89 % des Egyptiens sont satisfaits de la performance du gouvernement dont 58 % d’entre eux sont très satisfaits.

Quelle satisfaction ?, s’indigne l’opposition. « Ce gouvernement a commis de véritables crimes contre les Egyptiens. Manger est aujourd’hui un luxe. Les chômeurs ont dépassé les 7,5 millions et la famine touche environ 40 % de la population », affirme Al-Badri Farghali, député du parti de gauche Al-Tagamoe. Il estime que le pays a, en 4 ans, reculé au moins d’une trentaine d’années. Il rappelle que la dette publique intérieure a marqué un chiffre record : 670 milliards de livres en 2007 soit plus de 87 % du PIB. Pour ce qui est des chiffres toujours, le gouvernement Nazif affirme que le taux de développement est aujourd’hui de 7 %, le revenu moyen des Egyptiens aurait aussi augmenté. Mais le président de l’Organisme central des comptes Gawdate Al-Malt a, à la stupeur de tous, contesté la plupart des chiffres avancés par les ministres. Une simple comparaison avec ses prédécesseurs permet d’évaluer le gouvernement Nazif. Ahmad Nazif est le 7e premier ministre sous le règne de Moubarak. Selon des observateurs, Nazif se situe presque dans la moyenne. Il n’est pas l’homme fort à l’instar de Kamal Al-Ganzouri mais n’a pour autant pas plongé le pays dans des projets pharaoniques à haut risque comme celui de Tochka. S’il est critiqué pour son expérience apolitique, la réputation de corruption ne le poursuit pas comme son prédécesseur Atef Ebeid. Loin d’être charismatique, on le qualifie de propre comme son nom le signifie.

Nazif agit cependant pour l’intérêt d’une certaine classe sociale, celle des hommes d’affaires. Les réformes qu’il a entreprises avec le triangle des ministres des Finances, de l’Investissement et de l’Industrie vont directement dans les comptes d’une tranche qui s’enrichit davantage. Sous son mandat, le nombre de millionnaires aurait triplé pour dépasser le million et les milliardaires seraient maintenant au nombre de 100, alors qu’environ 35 % des Egyptiens vivent en dessous du seuil de la pauvreté. Selon une étude des Nations-Unies en 2007, 2 % de la population profite de 40 % du PIB. L’Institut du planning national parle de 52 millions de pauvres en 2006 sur une population de 78 millions. C’est la plus grande disparité entre riche et pauvre dans l’Histoire du pays. Pour se défendre, il affirme qu’il faudrait un peu plus de temps pour que les réformes se fassent sentir dans la rue. Bref, le fameux appel « serrez la ceinture pour passer le tunnel », mais la sortie du tunnel est pour quand ? Personne au sein du gouvernement n’est capable d’y répondre et en temps de crise, c’est plutôt le fiasco : de l’eau au smog et à l’exportation du gaz en passant par la grippe aviaire et le pain. Farghali estime pourtant qu’il serait un peu exagéré de faire assumer au seul gouvernement cette décadence générale. En fin de compte, « tous les premiers ministres ou ministres ne sont que des hauts fonctionnaires dépendant de la présidence. Ils ne peuvent agir de manière individuelle et sont guidés par les seules directives du président ». Et en l’absence d’instruction, rien ne se fait ... Dans la rue, les nerfs lâchent.

Samar Al-Gamal

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.