Pakistan.
Les rumeurs concernant la démission du président Pervez
Musharraf révèlent que le climat politique est encore tendu
entre le gouvernement et le président, dont l’impopularité
profite de plus en plus à l’opposition.
Un chef d’Etat en perte de vitesse
Le
président du Pakistan, Pervez Musharraf, a infirmé vendredi
soir à Islamabad les rumeurs concernant son imminente
démission du pouvoir : « Je continue de remplir les devoirs
qu’a prévus la Constitution pour un Chef de l’exécutif (…).
Un parti politique à Lahore, chef-lieu du Panjab provoque le
peuple contre moi ». Une mise au point qui intervient alors
que les rumeurs sur son départ se multiplient. En effet,
selon les médias locaux, Pervez Musharraf aurait proposé sa
démission en échange d’une garantie d’immunité pour les
actions qu’il a ordonnées dans le cadre de l’état d’urgence
imposé le 3 novembre dernier.
Ces rumeurs qui circulaient depuis la semaine dernière
avaient d’ores et déjà fait l’objet d’un démenti de la part
du porte-parole de la présidence Rashid Qureshi dans un
communiqué. « Les informations véhiculées par les médias
selon lesquelles le président pakistanais Pervez Musharraf
aurait l’intention de démissionner ne sont que des rumeurs
sans fondement », avait-il rétorqué jeudi. Le porte- parole
a également tenu à souligner la bonne entente qui règne
entre la présidence et le nouveau gouvernement de Youssouf
Raza Gilani, issu des législatives du 18 février dernier
assurant que : « M. Musharraf s’en tient à ses engagements
et il n’est pas question de confrontation entre le président
et le gouvernement ». « Le président Musharraf ne
démissionne pas (…), le président Musharraf est très soutenu
par le gouvernement ». Malgré ces déclarations, il n’est nul
doute que la relation entre Musharraf et son gouvernement
n’est pas au beau fixe. En effet, selon la presse locale,
l’ancien premier ministre et chef de la Ligue musulmane du
Pakistan (PML-N), Nawaz Sharif, et son partenaire dans la
coalition, Asif Ali Zardari, co-président du Parti du Peuple
du Pakistan (PPP), se sont mis d’accord pour évincer M.
Musharraf du pouvoir. « J’ai dit à M. Zardari que nous
devons l’évincer (Musharraf) pour respecter le mandat que
les Pakistanais nous ont confié et, hier, il a accepté de le
faire », a déclaré M. Sharif au cours d’une conférence de
presse à Lahore (est). Si le parti de Asif Ali Zardari n’a
toujours pas réagi à l’annonce faite par l’ancien premier
ministre, il est toutefois clair que les rangs de
l’opposition tentent de s’organiser et de s’unir contre le
président.
Le PPP et la PML-N sont les deux principaux partis de
l’Assemblée nationale pakistanaise issue des élections
générales du 18 février. Les deux partis se sont entendus le
9 mars pour former un gouvernement de coalition à condition
que les juges destitués soient rétablis dans leurs fonctions
les 30 jours à compter de la formation du gouvernement.
Début mai, les ministres du parti de M. Sharif ont
démissionné du gouvernement dirigé par le PPP pour protester
parce que les juges qui avaient été évincés le 3 novembre
dernier alors que le président Musharraf avait déclaré
l’état d’urgence, n’avaient pas encore été rétablis dans
leurs fonctions.
Cependant, après la disparition de Benazir Buttho, ancienne
chef du Parti du peuple pakistanais, le PPP semble avoir mis
de l’eau dans son vin. Alors que Mme Buttho réclamait pure
ment et simplement le départ de Musharraf, son veuf et
successeur à la tête du PPP, se montre favorable à une
cohabitation, quand bien même timide, avec M. Musharraf.
Pourtant, force est de constater que la signature la semaine
dernière d’un accord de paix avec les Talibans et les
revendications tous azimuts appelant à la démission du
général Musharraf accentuent de plus en plus la nouvelle
politique du Pakistan qui se distance progressivement des
Etats-Unis.
Lynda
Kartout