Al-Ahram Hebdo,Monde | Un chef d’Etat en perte de vitesse
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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Pakistan. Les rumeurs concernant la démission du président Pervez Musharraf révèlent que le climat politique est encore tendu entre le gouvernement et le président, dont l’impopularité profite de plus en plus à l’opposition.

Un chef d’Etat en perte de vitesse

Le président du Pakistan, Pervez Musharraf, a infirmé vendredi soir à Islamabad les rumeurs concernant son imminente démission du pouvoir : « Je continue de remplir les devoirs qu’a prévus la Constitution pour un Chef de l’exécutif (…). Un parti politique à Lahore, chef-lieu du Panjab provoque le peuple contre moi ». Une mise au point qui intervient alors que les rumeurs sur son départ se multiplient. En effet, selon les médias locaux, Pervez Musharraf aurait proposé sa démission en échange d’une garantie d’immunité pour les actions qu’il a ordonnées dans le cadre de l’état d’urgence imposé le 3 novembre dernier.

Ces rumeurs qui circulaient depuis la semaine dernière avaient d’ores et déjà fait l’objet d’un démenti de la part du porte-parole de la présidence Rashid Qureshi dans un communiqué. « Les informations véhiculées par les médias selon lesquelles le président pakistanais Pervez Musharraf aurait l’intention de démissionner ne sont que des rumeurs sans fondement », avait-il rétorqué jeudi. Le porte- parole a également tenu à souligner la bonne entente qui règne entre la présidence et le nouveau gouvernement de Youssouf Raza Gilani, issu des législatives du 18 février dernier assurant que : « M. Musharraf s’en tient à ses engagements et il n’est pas question de confrontation entre le président et le gouvernement ». « Le président Musharraf ne démissionne pas (…), le président Musharraf est très soutenu par le gouvernement ». Malgré ces déclarations, il n’est nul doute que la relation entre Musharraf et son gouvernement n’est pas au beau fixe. En effet, selon la presse locale, l’ancien premier ministre et chef de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N), Nawaz Sharif, et son partenaire dans la coalition, Asif Ali Zardari, co-président du Parti du Peuple du Pakistan (PPP), se sont mis d’accord pour évincer M. Musharraf du pouvoir. « J’ai dit à M. Zardari que nous devons l’évincer (Musharraf) pour respecter le mandat que les Pakistanais nous ont confié et, hier, il a accepté de le faire », a déclaré M. Sharif au cours d’une conférence de presse à Lahore (est). Si le parti de Asif Ali Zardari n’a toujours pas réagi à l’annonce faite par l’ancien premier ministre, il est toutefois clair que les rangs de l’opposition tentent de s’organiser et de s’unir contre le président.

Le PPP et la PML-N sont les deux principaux partis de l’Assemblée nationale pakistanaise issue des élections générales du 18 février. Les deux partis se sont entendus le 9 mars pour former un gouvernement de coalition à condition que les juges destitués soient rétablis dans leurs fonctions les 30 jours à compter de la formation du gouvernement. Début mai, les ministres du parti de M. Sharif ont démissionné du gouvernement dirigé par le PPP pour protester parce que les juges qui avaient été évincés le 3 novembre dernier alors que le président Musharraf avait déclaré l’état d’urgence, n’avaient pas encore été rétablis dans leurs fonctions.

Cependant, après la disparition de Benazir Buttho, ancienne chef du Parti du peuple pakistanais, le PPP semble avoir mis de l’eau dans son vin. Alors que Mme Buttho réclamait pure

ment et simplement le départ de Musharraf, son veuf et successeur à la tête du PPP, se montre favorable à une cohabitation, quand bien même timide, avec M. Musharraf. Pourtant, force est de constater que la signature la semaine dernière d’un accord de paix avec les Talibans et les revendications tous azimuts appelant à la démission du général Musharraf accentuent de plus en plus la nouvelle politique du Pakistan qui se distance progressivement des Etats-Unis.

Lynda Kartout

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