Israël.
L’étau se resserre autour du premier ministre, Ehud Olmert,
suite au scandale politico-financier. Le scénario d’une
élection anticipée se confirme de plus en plus.
L’après-Olmert se prépare déjà
Les
spéculations sur l’avenir politique du premier ministre
israélien, Ehud Olmert, mis en cause dans une affaire de
corruption qui pourrait bien provoquer sa démission,
battaient cette semaine leur plein en Israël, l’éventualité
d’une élection anticipée se profilant à l’horizon. Fragilisé
par l’audition, devant un tribunal de Jérusalem, de l’homme
d’affaires israélo-américain Morris Talansky, qui a indiqué
avoir versé, en quinze ans, près de 150 000 dollars à M.
Olmert pour financer notamment ses campagnes électorales, le
premier ministre israélien a pourtant affirmé cette semaine
qu’il n’avait pas l’intention de jeter l’éponge, démentant
les malversations précitées. « Je vais continuer à exercer
mes fonctions. Certains pensent que chaque fois qu’une
enquête est lancée, il faudrait donner sa démission. Mais je
ne suis pas de cet avis et je ne renoncerai pas à diriger le
pays », a déclaré le premier ministre. Selon les experts, M.
Olmert n’est pas entièrement le maître de son destin. Son
sort est entre les mains du procureur général, Menahem
Mazouz, qui doit décider d’une éventuelle inculpation. Dans
ce cas, le premier ministre a annoncé qu’il démissionnerait.
Pour éviter un tel scénario, M. Olmert est décidé à mener la
bataille sur le front juridique. Un de ses proches, le
ministre de l’Habitat Zeev Boïm, a relevé de nombreuses «
contradictions et incohérences » dans le témoignage de cet
homme d’affaires. Ce dernier doit subir un
contre-interrogatoire de la part des défenseurs de M. Olmert
à la mi-juillet, et d’ici là, M. Olmert veut exercer ses
fonctions comme « si rien n’était » bien qu’un sondage
publié récemment indique que 70 % des Israéliens sont
favorables à la démission de M. Olmert.
Bafouant tous les appels à sa démission, le premier ministre
envisage de se rendre comme prévu la semaine prochaine aux
Etats-Unis pour y rencontrer le président George W. Bush.
Dans cette atmosphère de fin de règne pour Olmert, les
partis politiques se préparaient, samedi, à des élections
anticipées prévues initialement en novembre 2008. Au sein de
son propre parti, le Kadima (centriste), la bataille pour la
succession s’est déjà engagée. Parmi les prétendants les
mieux placés à la succession de M. Olmert au sein du Kadima
figurent Tzipi Livni, la ministre des Affaires étrangères,
Shaul Mofaz (Transports) et Avi Dichter (Sécurité
intérieure). « Kadima devrait commencer à se préparer pour
tout éventuel scénario, y compris des élections anticipées.
Je suis une grande partisane des primaires », a affirmé pour
sa part le numéro deux du cabinet israélien, Tzipi Livni.
Analysant l’attitude des membres du Kadima qui veulent se
distancer de leur chef, le Dr Hicham Ahmad, professeur à la
faculté d’économie et des sciences politiques, à
l’Université du Caire, estime : « Les membres du Kadima
tentent de se sauver du scandale qui resserre l’étau autour
de leur chef car une telle inculpation, une fois confirmée,
pourrait conduire à la perte de leur parti lors des
élections anticipées au profit des Travaillistes. S’ils
défendent Olmert, ils seront décrédibilisés avec lui. Aussi,
tentent-ils de se disculper pour garder leur popularité et
leur crédibilité aux yeux de l’opinion publique. N’oublions
pas aussi que c’est une occasion pour certains membres,
comme Tzipi Livni, de prendre la place d’Olmert ». Tzipi
Livni, qui presse son premier ministre Ehud Olmert de
prendre la porte, est perçue en Israël comme une femme
intègre et modérée, mais qui ne fait pas l’unanimité dans
les rangs de son parti.
Outre les contestations au sein de son propre parti, les
partenaires travaillistes du premier ministre lui ont, eux
aussi, tourné le dos cette semaine, le chef du Parti
travailliste, Ehud Barak, l’appelant à quitter le pouvoir
dans « l’intérêt de l’Etat », faute de quoi son parti (17
députés) pourrait provoquer une dissolution du Parlement et
des élections anticipées dans deux mois. Sans le soutien des
17 députés travaillistes, M. Olmert n’aurait plus de
majorité au Parlement.
Quant au parti du Likoud (droite), il a estimé pour sa part
que « quelqu’un qui reçoit des enveloppes ne peut négocier
l’avenir du plateau du Golan avec la Syrie ». En effet,
cette crise survient une semaine après l’annonce de la
reprise des négociations indirectes entre l’Etat hébreu et
la Syrie, qui portent sur un retrait israélien du Golan dans
le cadre d’un accord de paix. Dès l’annonce de ces
négociations, après 8 ans d’impasse, M. Olmert s’est vu
accuser par ses détracteurs de les relancer pour détourner
l’attention de l’enquête qui le vise.
Les scénarios éventuels
Selon les analystes, l’inculpation d’Olmert, une fois
confirmée, pourrait bien le pousser à ne pas aller jusqu’au
bout de son mandat qui doit prendre fin en 2010. « Olmert ne
pourra sortir de cette crise que par manque de preuves.
Mais, je pense que ce scandale pourrait bien conduire à son
départ du pouvoir car ce qu’il a fait est une sorte de
malversation et de corruption impardonnable. L’unique
châtiment à ces actions illicites sera son retrait de la vie
politique », explique le Dr Hicham Ahmad.
Au cas où l’élection anticipée deviendrait l’unique issue,
trois noms semblent être les grands favoris du scrutin,
Livni, Barak et Netanyahu. Selon les pronostics, la favorite
est le numéro deux du Kadima, Tzipi Livni, à condition
toutefois qu’elle réussisse à prouver qu’elle n’est pas
impliquée avec Olmert car ce scandale a déjà atteint tout le
parti et aucun membre ne pourrait s’en sortir indemne. « Le
peuple ne se dirigera vers le Kadima que s’il témoigne d’une
certaine détente politique avec ses voisins syriens et
palestiniens, c’est-à-dire si les négociations
israélo-syriennes par exemple apportent des fruits
tangibles. Une hypothèse difficile à réaliser à l’heure
actuelle, car Olmert est déjà fragilisé et il lui est très
difficile de signer un accord de telle ampleur sous de
telles conditions », analyse le Dr Ahmad.
Selon les experts, l’unique facteur qui orientera le choix
du peuple sera les circonstances régionales. Autant que la
crise se compliquerait, le peuple opterait pour Barak car il
est un homme militaire apte à garantir la sécurité et la
paix au peuple. Et puis, les Travaillistes ont prouvé qu’ils
sont plus pragmatiques avec les Palestiniens. Leur idéologie
dans la gestion de la crise palestinienne était toujours
réaliste.
Enfin, un dernier scénario semble toujours possible, à
savoir l’élection de Benyamin Netanyahu (Likoud, droite). «
Les Israéliens ne choisiront cet extrémiste qu’au cas où la
crise s’annoncerait grave, insoluble et explosive. Déjà, la
plupart des Israéliens sont sceptiques sur les chances
d’aboutissement des négociations avec les Palestiniens
et les Syriens, et tout piétinement pourrait faire peur aux
Israéliens et donner raison au discours extrémiste de
Netanyahu qui a toujours été contre tout dialogue avec les
Palestiniens », pronostique le Dr Ahmad.
Les jours à venir ne décideront pas seulement de l’avenir du
premier ministre israélien et de tout l’Etat hébreu, mais
aussi de l’avenir de la crise palestinienne qui pourrait
être gravement affectée par ces changements de direction en
Israël.
Maha
Al-Cherbini