Peinture.
Saïd Kamel privilégie dans ses nouvelles œuvres une approche
faite de réduction et de dépouillement, exprimant une sorte
d’infini.
La
primauté du regard
Une
vingtaine de tableaux, dix en noir et blanc, réalisés en
encre de chine, et dix autres en couleurs. Saïd Kamel, né en
1956, s’explique sur ce choix qui traduit une nouvelle
tendance d’un artiste pour lequel la spontanéité ou disons
l’authenticité semble de mise. Elle est ici une expression
de soi, une manière de voir le monde et les choses de
manière subjective. C’est répondre à l’appel des êtres et
des objets aussi, puisque pour lui, ils sont tous source
d’inspiration. L’interaction artiste-modèle dépassant les
limites du traditionnel, même du beau dans le sens absolu du
terme. Dans son exposition, ce qui attire le plus
l’attention, c’est la réduction. Elle s’applique notamment
aux peintures en huile. S’écarter du détail et captiver
plutôt le type général. Cela n’est guère une solution de
facilité. C’est une présentation que l’on dirait dépouillée.
L’univers vu dans une sorte de vide, très proche de la
nature morte, même s’il n’en épouse pas les contours
classiques et même si le modèle est très vivant comme cette
série de femmes qu’il esquisse avec une certaine volupté.
C’est
cette même approche, en dépit de différences, qui se
manifeste dans les dessins en noir et blanc, à l’aide
d’encre de chine. Il cherche à exprimer la masse dans l’être
humain, celui-ci devenant ombre et lumière. C’est une
recherche de la beauté différente de sa peinture faite
d’impressionnisme. Saïd est à la recherche de la beauté.
Chez lui chaque modèle exprime un sens donné. L’homme et
l’objet se confondent avec ce qu’ils expriment.
L’expressivité est donc ce qu’il privilégie. Chaque modèle
doit être porteur d’un sens d’un regard, d’un sentiment.
Saïd
Kamel ne s’arrête pas de toute façon à une théorie ou à une
école en particulier. Il explique qu’après ses études à la
faculté des beaux-arts dans les années 1980, il s’est
révolté contre l’abstraction qui était alors la mode pour
tous les jeunes artistes. D’où le choix qu’il a fait pour
s’initier au portait. Ceci non seulement de parvenir à cette
tendance qu’il s’est donnée de fouiller les sentiments
humains, mais aussi de donner à la peinture son sens initial
qui est de peindre, c’est-à-dire de reproduire un modèle,
qui ne sera jamais le même pour chaque artiste. Il évoque à
cet égard son maître Sabri Ragheb qui lui dit que s’il
parvenait à peindre un portrait, il pourrait suivre toute
école artistique, impressionniste, abstraite, cubiste ...
De toute
façon, on peut voir dans cette exposition, comme dans celle
à laquelle il a pris part dans cette même galerie et qui
s’est terminée le premier juin, une diversité et une
évolution constante. Ainsi sa nouvelle marotte, c’est l’art
populaire. Une nostalgie du passé en quelque sorte, le
karagueuz, le souk, les mouled, les musiciens. Le tout
représenté avec cette prédilection qu’il a de réduire,
d’abréger, de faire que les lignes et les couleurs expriment
un vide que l’on qualifierait d’existentiel.
C’est
construire et déconstruire, question de méthode, d’où aussi
sa passion pour la sculpture en se servant de la ferraille
comme matériau. Son maître dans ce contexte est Salah
Abdel-Kérim. Là, dit-il, c’est de l’art pour l’art. Ses
œuvres, dont certaines sont exposées actuellement à la
galerie Machrabiyah, sont l’expression d’une construction
qui semble se poursuivre à l’infini. Un infini, et c’est là
le paradoxe, dont les limites sont fixées par son regard. Il
y a un moment où tout ce processus créatif semble s’arrêter.
Etre humain, oiseau, à chacun il donne sa propre vision.
Comment trouver plus de liberté dans une matière aussi dure
alors que les couleurs semblent plus malléables ? Saïd Kamel
explique : la peinture peut être une œuvre perpétuelle qui
appelle la palette et le pinceau à faire et à refaire. « La
sculpture s’arrête où je veux ». Paradoxe ? De toute façon,
pour un artiste, le parcours ne s’arrête jamais. Saïd ne
sait guère de quoi ses lendemains seront faits : de
figuration ? D’abstraction ? Ce sera de toute façon ce qu’il
aura choisi.
Ahmed
Loutfi