Al-Ahram Hebdo,Arts | La primauté du regard
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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Arts

Peinture. Saïd Kamel privilégie dans ses nouvelles œuvres une approche faite de réduction et de dépouillement, exprimant une sorte d’infini.  

La primauté du regard 

Une vingtaine de tableaux, dix en noir et blanc, réalisés en encre de chine, et dix autres en couleurs. Saïd Kamel, né en 1956, s’explique sur ce choix qui traduit une nouvelle tendance d’un artiste pour lequel la spontanéité ou disons l’authenticité semble de mise. Elle est ici une expression de soi, une manière de voir le monde et les choses de manière subjective. C’est répondre à l’appel des êtres et des objets aussi, puisque pour lui, ils sont tous source d’inspiration. L’interaction artiste-modèle dépassant les limites du traditionnel, même du beau dans le sens absolu du terme. Dans son exposition, ce qui attire le plus l’attention, c’est la réduction. Elle s’applique notamment aux peintures en huile. S’écarter du détail et captiver plutôt le type général. Cela n’est guère une solution de facilité. C’est une présentation que l’on dirait dépouillée. L’univers vu dans une sorte de vide, très proche de la nature morte, même s’il n’en épouse pas les contours classiques et même si le modèle est très vivant comme cette série de femmes qu’il esquisse avec une certaine volupté.

C’est cette même approche, en dépit de différences, qui se manifeste dans les dessins en noir et blanc, à l’aide d’encre de chine. Il cherche à exprimer la masse dans l’être humain, celui-ci devenant ombre et lumière. C’est une recherche de la beauté différente de sa peinture faite d’impressionnisme. Saïd est à la recherche de la beauté. Chez lui chaque modèle exprime un sens donné. L’homme et l’objet se confondent avec ce qu’ils expriment.

L’expressivité est donc ce qu’il privilégie. Chaque modèle doit être porteur d’un sens d’un regard, d’un sentiment.

Saïd Kamel ne s’arrête pas de toute façon à une théorie ou à une école en particulier. Il explique qu’après ses études à la faculté des beaux-arts dans les années 1980, il s’est révolté contre l’abstraction qui était alors la mode pour tous les jeunes artistes. D’où le choix qu’il a fait pour s’initier au portait. Ceci non seulement de parvenir à cette tendance qu’il s’est donnée de fouiller les sentiments humains, mais aussi de donner à la peinture son sens initial qui est de peindre, c’est-à-dire de reproduire un modèle, qui ne sera jamais le même pour chaque artiste. Il évoque à cet égard son maître Sabri Ragheb qui lui dit que s’il parvenait à peindre un portrait, il pourrait suivre toute école artistique, impressionniste, abstraite, cubiste ...

De toute façon, on peut voir dans cette exposition, comme dans celle à laquelle il a pris part dans cette même galerie et qui s’est terminée le premier juin, une diversité et une évolution constante. Ainsi sa nouvelle marotte, c’est l’art populaire. Une nostalgie du passé en quelque sorte, le karagueuz, le souk, les mouled, les musiciens. Le tout représenté avec cette prédilection qu’il a de réduire, d’abréger, de faire que les lignes et les couleurs expriment un vide que l’on qualifierait d’existentiel.

C’est construire et déconstruire, question de méthode, d’où aussi sa passion pour la sculpture en se servant de la ferraille comme matériau. Son maître dans ce contexte est Salah Abdel-Kérim. Là, dit-il, c’est de l’art pour l’art. Ses œuvres, dont certaines sont exposées actuellement à la galerie Machrabiyah, sont l’expression d’une construction qui semble se poursuivre à l’infini. Un infini, et c’est là le paradoxe, dont les limites sont fixées par son regard. Il y a un moment où tout ce processus créatif semble s’arrêter. Etre humain, oiseau, à chacun il donne sa propre vision. Comment trouver plus de liberté dans une matière aussi dure alors que les couleurs semblent plus malléables ? Saïd Kamel explique : la peinture peut être une œuvre perpétuelle qui appelle la palette et le pinceau à faire et à refaire. « La sculpture s’arrête où je veux ». Paradoxe ? De toute façon, pour un artiste, le parcours ne s’arrête jamais. Saïd ne sait guère de quoi ses lendemains seront faits : de figuration ? D’abstraction ? Ce sera de toute façon ce qu’il aura choisi.

Ahmed Loutfi

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Galerie Grant,

6 rue Gomhouriya.

Jusqu’au 14 juin.

 




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