Al-Ahram Hebdo,Arts | Emancipation salvatrice
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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Arts

Peinture. Une exposition retraçant le parcours de l’artiste égyptien Ahmad Fouad Sélim, dans les galeries du centre Al-Guézira, a offert au regard du public l’étendue d’une œuvre dense et traversée par une énergie constamment renouvelée. 

Emancipation salvatrice 

Le centre Al-Guézira a proposé une vision-rétrospective des œuvres d’Ahmad Fouad Sélim. Il s’agit d’un come-back s’étalant sur 60 ans de carrière, de 1950 à 2008.e réfractent dans toutes leurs inclinaisons. Tout auprès de l’humain, les œuvres de Sélim sont dynamiques « vivantes, elles voient, sentent et touchent », selon l’artiste. Ce, dans le but de nouer un dialogue permanent entre elles et leur récepteur, dans un contexte défini. « Cette exposition n’est ni le début ni l’aboutissement d’un effort soutenu. Elle configure un détour avant un nouveau tournant », décrète l’artiste dans la préface du catalogue de l’exposition. « Il s’agit d’un acte qui revêt le sens d’un mouvement et non d’arrêt dans le temps pour marquer une trace », nous éclaire-t-il, avant de nous lancer à la découverte d’un maillage exquis « de sérieux et de flexibilité, de torride et de gelé, de révolte et de discrétion, d’exemption et de mystère », comme se complaît Mohsen Chaalane, directeur du secteur plastique, à qualifier son travail. Une densité de couleurs variées et énergiques, soutenues par des techniques et des compositions, sont au service d’un bon nombre d’œuvres qui touchent aux années 1960 et 1970. Celles-ci, à la fois abstraites et lyriques, se répartissent entre signes calligraphiques et formes géométriques, aménageant un agencement virtuose de l’espace. Ces signes calligraphiques inspirés des écritures coufiques instillent vivacité et ondoiement à des formes d’arabesques qui se déroulent, enflent et se rétrécissent soudainement, pour enfin s’étaler mollement. « J’ai travaillé sur l’esthétique dans une perspective philosophique ou spirituelle et non artistique. Une esthétique nichée entre le signe et sa référence. Une esthétique endogène qui crée un dialogue commun entre la peinture et le spectateur », proclame l’artiste. 

Cette lecture commune, d’une conjoncture livrée à des interprétations tantôt cohérentes, tantôt disjointes, n’est pas étrange pour un artiste qui fait partie de cette génération, qui a vécu une longue période de l’histoire de l’Egypte, qui s’étend depuis le roi Farouq jusqu’à Moubarak. Une génération marquée par plusieurs mutations politiques mais aussi sociales. « Notre génération d’artistes traîne le bémol d’un rêve de changement et de modernisation qui ne s’est jamais concrétisé », explique Sélim. D’où l’ambiguïté et la discordance dans ses œuvres. Par ailleurs, il ne cache pas sa prédilection pour ses œuvres qui remontent aux années 1960, qui traitent non seulement des questions d’ordre politique, mais aussi social : « la maternité, le martyre, la défaite de 1967 ».

Son dégoût des horreurs de la guerre et de la violence s’exprime dans ses toiles. Le corps humain est devenu le moteur créateur et catalyseur de toutes ses œuvres, ayant pour base « la force de l’expression ». Cela se vérifie dans sa série d’œuvres en petit format, datant des années 1980. Cette série inspirée des massacres de Sabra et Chatila évacue les détails décoratifs pour se concentrer sur l’élément à mettre en relief. Le corps humain y est conçu par Sélim, comme un porteur de message. Un élément « moelleux » de la nature. « Comme les ions des molécules tournent les uns autour des autres. Sur mes peintures, les corps valsent dans un ballet vivant, s’affranchissant des contraintes de l’espace. Comme une âme fuyant l’horreur vers la liberté », explique-t-il.

Soucieux de tout ce qui est humain, il n’en est donc pas question que Sélim abandonne sa quête de spiritualité et d’émancipation. D’où le thème de « l’évasion » qui hante à présent ses œuvres, depuis 2008. Ce n’est pas une évasion de crainte, mais plutôt de dépassement. D’où le déploiement de formes qui prennent leur envol dans des œuvres en grand format, vers un espace qui les sépare du monde. De quoi ces figures s’évadent-elles ? « De toute chose ! », rétorque l’artiste. Et d’ajouter : « L’homme souffre toujours de l’aliénation. C’est vrai qu’il existe, mais il vit, par ses pensées, dans une autre société. J’avais l’intention d’émigrer dans les années 1960, mais cela signifiait pour moi trahir mon attachement à mon pays. Avançant dans l’âge, je n’ai plus la possibilité de donner chair à mes aspirations de jeunesse. Je trouve donc dans l’évasion, ma source d’inspiration, l’unique solution ».

Pour extraire son interlocuteur à la mélancolie redondante, il essaime ici et là d’autres œuvres plus reposantes et surtout dansantes, datant des années 1990. La musique des corps déchaînés aux lignes véloces et mystérieuses, s’harmonisent ensemble, dans un parfait équilibre en noir et blanc. Ses protagonistes ne sont en effet que des musiciens, joueurs de violon, d’hautbois ou de piano. Ils figurent en solo, en duo ou en trio. Sélim renoue ainsi avec la musique qui a bercé ses débuts. Il s’est engagé dès son jeune âge dans le monde de la musique. Son épouse, la fameuse pianiste Marcel Matta, et sa fille, la jeune soprano mondiale Amira Sélim, figurent presque dans un bon nombre de sa série d’œuvres musicales. Ainsi, musique et évasion nous font frémir sous l’enjeu d’un pinceau aux mains d’un esthète de l’humain et du beau.

Névine Lameï

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Rétrospective d’Ahmad Fouad Sélim,

au centre Al-Guézira des arts.

Jusqu’au 16 juin, de 10h à 13h30 et de 17h à 22h

(sauf le vendredi).

1, rue Al-Cheikh Al-Marsafi, Zamalek. Tél. : 2737 3298

 




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