Danse.
La 9e édition du Festival de la danse contemporaine, dédiée
à Maurice Béjart, se déroule du 2 jusqu’au 21 juin. Cette
année, le rendez-vous est purement égyptien, histoire de
capnt danser leur âme
Les jeunes font danser leur ames
«
La danse, un minimum d’explication, un minimum d’anecdotes
et un maximum de sensations ». C’est la devise qu’affectait
de répéter le maître de la danse moderne, Maurice Béjart,
décédé en novembre dernier. Elle caractérise le festival
annuel de la danse moderne organisé par l’Opéra du Caire et
dirigé par Walid Aouni, disciple
de Béjart. Cette année, Aouni
rend hommage à ce dernier, programmant une projection de
films chaque mardi évoquant ses chefs-d’œuvre, ses
répétitions, ses créations, etc.
Contrairement au passé, où des compagnies étrangères de
l’Occident étaient invitées, cette édition se limite aux
créations égyptiennes avec un seul invité d’honneur : la
compagnie tunisienne de Hafedh
Zellit. « L’Egypte a bien
introduit et lancé la danse moderne dans le monde arabe.
Aujourd’hui, des expériences intéressantes émergent un peu
partout en Algérie, en Tunisie, au Maroc …
Hafedh
Zellit a bien forgé son nom dans le domaine de la
chorégraphie. Peut-être l’idée de le recevoir cette année
favorisera l’accueil des compagnies de danse des pays
arabes, dans l’avenir », estime Aouni.
Tous les chorégraphes et metteurs en scène considèrent cette
édition égyptienne comme la meilleure occasion pour eux
d’exister. Ils le sentent bien, le festival est fait pour
eux. « Il est temps de capter ce qui se passe sur la scène
de la chorégraphie égyptienne. Beaucoup de jeunes noms
fleurissent. Il faut donc les promouvoir. Le festival leur
offre alors l’occasion de représenter leurs spectacles et
les gratifie d’une petite subvention de 5 000 L.E. pour
financer le décor et les habits », souligne Aouni.
Ainsi débusque-t-on Mirette Michel, une jeune chorégraphe
habituée du festival. Dans son spectacle Choueya choueya
(vas y molo), elle mêle la danse à la projection vidéo … Le
rythme saccadé, le cadre fixe, les prises de photos
traduisent un aspect visuel statique que privilégie Michel,
s’interrogeant sur la vie actuelle de l’homme. Parmi les
autres habitués, on trouve Mohamad Faouzi, Mohamad Habib et
Omar Ghayatt. Parfois, ils s’y présentent comme
chorégraphes, scénographes, danseurs ou metteurs en scène.
Habib et Faouzi se distinguent notamment par une
chorégraphie dramatique et touchante. Leur mouvement rapide,
voire agité, est un moyen de condamner l’atrocité et la
cruauté d’aujourd’hui. Habib anticipe sur les métamorphoses
du futur dans son spectacle 6 avril 2030’ et Faouzi fait sa
critique de la société dans le sien, Le zoo. Dans Les
passagers, Omar Ghayatt retrace la mémoire d’un homme
agonisant au milieu de la foule. La danse et la marche de
celle-ci évoquent la léthargie, effet d’un quotidien pesant.
Nora Amin, quant à elle, à l’origine metteur en scène, puise
dans le monde animal, adopte la gestuelle et le mouvement du
chat dans son spectacle Un chat mourant, configurant le
combat de l’homme contre les difficultés l’assiégeant.
Pour sa part, Adham Hafez continue toujours sa quête sur le
corps et le mouvement. Par ailleurs, dans ses deux petits
spectacles Corps et C’est ça, Adham Hafez explore toute la
gestuelle du danseur dans un rapport de proximité avec le
public.
Toutefois, cette édition a réservé des surprises, révélant
de nouveaux talents : Salah Al-Brougui, Yasser Nabil et
Mohamad Rouchdi qui ont remporté l’adhésion du public lors
du festival des jeunes créateurs du CFCC en janvier dernier.
Salah, qui a remporté le prix du meilleur danseur, reproduit
son spectacle, Les événements changent sans modification de
tournant. Il s’agit d’une confrontation entre le danseur et
une porte fermée. Une barrière à transcender ?
Quant à Mohamad Rouchdi et Yasser Nabil, ils présentent
leurs spectacles produits antérieurement, avec quelques
changements nécessaires. Lorsque le choix change, le contenu
suit, de Rouchdi, est un ensemble de gestes qui évoque
l’indifférence et l’inconscience des gens. « Tout d’abord,
le spectacle était inféodé au texte. Puis, j’ai voulu
expérimenter, le présentant uniquement à travers le langage
du corps », déclare Rouchdi qui harmonise bien l’éclairage
avec la musique et les pas des danseurs.
Quant au Journal, de Yasser Nabil, il dénonce beaucoup de
problèmes d’actualité à travers la danse. « Le geste reprend
ce que le langage réfute. La danse est une expression
facile. Pourtant, les chorégraphies et les détails sont plus
complexes. Le mouvement doit garder toujours en soi le drame
et le caractère du personnage », estime Yasser Nabil.
A l’origine danseur, Ayman Qassem présente, à son tour, le
goût de ma peur, un spectacle qui traduit les tréfonds de
l’âme humaine : les sentiments de peur, d’hésitation. « On a
souvent peur de l’inconnu, de demain, de confronter l’Autre
… La danse exprime cette panoplie de sentiments », souligne
Qassem.
On se rappelle alors des mots du chorégraphe feu Béjart : «
La danse n’a plus rien à raconter : elle a beaucoup à dire !
».
May
Sélim