Al-Ahram Hebdo, Arts | Utopie féminine
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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Arts

Cinéma. Du 1er au 4 juin, s’est tenu le premier Festival arabo-ibéro-américain de cinéastes femmes qui a ouvert au public des horizons différents, mais convergents. 

Utopie féminine 

Sous le patronage de l’ambassade d’Espagne et l’initiative de la cinéaste Amal Ramsès, propriétaire de la société Klaketa arabe, s’est déroulé le festival arabo-ibéro-américain de cinéastes femmes au Centre de la créativité de l’Opéra pendant cinq jours. Le public a eu l’occasion de découvrir 16 films de dates différentes, venus d’Espagne, du monde arabe et ibéro-américain, où des images revenaient pour situer à même l’événement son enjeu : des femmes ménagères, activistes, ouvrières ou autres militent pour tirer leur épingle d’un jeu dont les règles restent entre les mains des hommes, qui ne prônent pas le féminisme.

Ce que les spectateurs ont eu le mérite de décrypter, c’est la réhabilitation de la figure de la femme qui sait dire non, résister aux pérégrinations pour transformer sa condition. On retrouve même cette volonté projetée sur les autres comme dans le film Leeb eyal (jeux d’enfants, 1989) de Nabiha Lotfi, où de petits écoliers font feu de toute paille, fabriquent leurs propres jouets et bonheur, transcendant la misère qui pèse sur leur village. « Au fil de mon existence, j’ai constaté que les films des femmes aux tons personnels et subtils sont peu ou pas vus. Mon pari consistait donc à montrer le plus grand nombre de films de cinéastes femmes, sans me préoccuper de leurs dates de sortie et sans chercher à installer l’esprit de compétition. Le véritable invariant de notre festival serait une volonté de révéler l’existence d’un cinéma riche et digne d’intérêt fait par les femmes. Non concentré uniquement sur leurs problématiques et qui sert d’autres attentes. Une même vérité politique peut beaucoup varier d’un individu à l’autre », proclame Amal Ramsès. Cela se vérifie dans des films projetés au festival comme Maquilapolis de Vicki Funari, où dans la ville de Tijuana, située à la frontière des USA, des ouvriers hommes et femmes affrontent une globalisation non maîtrisée qui rend leur condition de travail avec les multinationales difficile et dépourvue de règles leur préservant leurs droits. On trouve de même dans Taxi (2004) de Mariam Abou-Ouf et Insubordinates (les insubordonnées 2007), de Amal Ramsès et un groupe de stagiaires égypto-ibériques qu’elle a formées, une tentative de renverser les poncifs sur les femmes et l’aliénation aux hommes, dans une société où il est difficile de disputer à ceux-ci les métiers qu’ils monopolisent.

Habituées de la résistance féminine, les cinéastes ont aussi amassé des matériaux psychiques, baroques, somptueux, terribles ou exquis. Ainsi l’Algérienne Habiba Djahnine et L’Espagnole Cecilia Barriga se sont-elles penchées dans leurs films respectifs, Lettre à ma sœur ( 2005) et Not Mad, Nor Terrorists (ni folles ni terroristes, 2005) sur le sort des enfants et des femmes que l’on implique contre leur gré dans des règlements de compte virils ou des trafics de drogue meurtriers. Ces femmes cinéastes négocient donc leur appartenance à un combat bien propre aux femmes, sans être sourdes aux aspirations politiques ou sociales de leur temps. Leur code, c’est viser l’épure, dépassant le plagiat et l’errance. Elles s’inventent du matériel, des seuils et de nouvelles façons de vivre et de lutter, assumant, peut-être en les ironisant, les règles viriles de l’art qu’elles tiennent. Par ailleurs, autour de leurs films, les cinéastes invitées toutes au Festival ont animé des débats où le public a su trouver ses marques cinématographiques.

Batailleuse à son heure, Amal Ramsès a su rapprocher les mondes arabe et ibérique qui présentent des similitudes sur le plan esthétique et éthique en invitant le Festival international de Saragoza de films de femmes, en Espagne, auquel son festival fut jumelé, à partager cette aventure extraordinaire. « Le Festival de Saragoza m’a proposé des films ibériques dont j’ai privilégié ce qui sont supérieurs en qualité et je lui ai proposé des œuvres arabes dont il a fait le tri. Ensuite, nous avons décidé la programmation des films ensemble ».

Ainsi, le festival arabo-ibéro-américain des cinéastes femmes s’est-il distingué des autres en privilégiant un moment unique de révélation d’un cinéma féminin qui mérite l’attention et de mise en contact de cinéastes dans un échange fructueux de connaissances et de sensibilités. Il paraît se promettre à un avenir brillant, qui ne se vérifiera que l’édition prochaine.

Amina Hassan

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