Cinéma.
Du 1er au 4 juin, s’est tenu le premier Festival
arabo-ibéro-américain de cinéastes femmes qui a ouvert au
public des horizons différents, mais convergents.
Utopie féminine
Sous
le patronage de l’ambassade d’Espagne et l’initiative de la
cinéaste Amal Ramsès, propriétaire de la société Klaketa
arabe, s’est déroulé le festival arabo-ibéro-américain de
cinéastes femmes au Centre de la créativité de l’Opéra
pendant cinq jours. Le public a eu l’occasion de découvrir
16 films de dates différentes, venus d’Espagne, du monde
arabe et ibéro-américain, où des images revenaient pour
situer à même l’événement son enjeu : des femmes ménagères,
activistes, ouvrières ou autres militent pour tirer leur
épingle d’un jeu dont les règles restent entre les mains des
hommes, qui ne prônent pas le féminisme.
Ce que les spectateurs ont eu le mérite de décrypter, c’est
la réhabilitation de la figure de la femme qui sait dire
non, résister aux pérégrinations pour transformer sa
condition. On retrouve même cette volonté projetée sur les
autres comme dans le film Leeb eyal (jeux d’enfants, 1989)
de Nabiha Lotfi, où de petits écoliers font feu de toute
paille, fabriquent leurs propres jouets et bonheur,
transcendant la misère qui pèse sur leur village. « Au fil
de mon existence, j’ai constaté que les films des femmes aux
tons personnels et subtils sont peu ou pas vus. Mon pari
consistait donc à montrer le plus grand nombre de films de
cinéastes femmes, sans me préoccuper de leurs dates de
sortie et sans chercher à installer l’esprit de compétition.
Le véritable invariant de notre festival serait une volonté
de révéler l’existence d’un cinéma riche et digne d’intérêt
fait par les femmes. Non concentré uniquement sur leurs
problématiques et qui sert d’autres attentes. Une même
vérité politique peut beaucoup varier d’un individu à
l’autre », proclame Amal Ramsès. Cela se vérifie dans des
films projetés au festival comme Maquilapolis de Vicki
Funari, où dans la ville de Tijuana, située à la frontière
des USA, des ouvriers hommes et femmes affrontent une
globalisation non maîtrisée qui rend leur condition de
travail avec les multinationales difficile et dépourvue de
règles leur préservant leurs droits. On trouve de même dans
Taxi (2004) de Mariam Abou-Ouf et Insubordinates (les
insubordonnées 2007), de Amal Ramsès et un groupe de
stagiaires égypto-ibériques qu’elle a formées, une tentative
de renverser les poncifs sur les femmes et l’aliénation aux
hommes, dans une société où il est difficile de disputer à
ceux-ci les métiers qu’ils monopolisent.
Habituées
de la résistance féminine, les cinéastes ont aussi amassé
des matériaux psychiques, baroques, somptueux, terribles ou
exquis. Ainsi l’Algérienne Habiba Djahnine et L’Espagnole
Cecilia Barriga se sont-elles penchées dans leurs films
respectifs, Lettre à ma sœur ( 2005) et Not Mad, Nor
Terrorists (ni folles ni terroristes, 2005) sur le sort des
enfants et des femmes que l’on implique contre leur gré dans
des règlements de compte virils ou des trafics de drogue
meurtriers. Ces femmes cinéastes négocient donc leur
appartenance à un combat bien propre aux femmes, sans être
sourdes aux aspirations politiques ou sociales de leur
temps. Leur code, c’est viser l’épure, dépassant le plagiat
et l’errance. Elles s’inventent du matériel, des seuils et
de nouvelles façons de vivre et de lutter, assumant,
peut-être en les ironisant, les règles viriles de l’art
qu’elles tiennent. Par ailleurs, autour de leurs films, les
cinéastes invitées toutes au Festival ont animé des débats
où le public a su trouver ses marques cinématographiques.
Batailleuse à son heure, Amal Ramsès a su rapprocher les
mondes arabe et ibérique qui présentent des similitudes sur
le plan esthétique et éthique en invitant le Festival
international de Saragoza de films de femmes, en Espagne,
auquel son festival fut jumelé, à partager cette aventure
extraordinaire. « Le Festival de Saragoza m’a proposé des
films ibériques dont j’ai privilégié ce qui sont supérieurs
en qualité et je lui ai proposé des œuvres arabes dont il a
fait le tri. Ensuite, nous avons décidé la programmation des
films ensemble ».
Ainsi, le festival arabo-ibéro-américain des cinéastes
femmes s’est-il distingué des autres en privilégiant un
moment unique de révélation d’un cinéma féminin qui mérite
l’attention et de mise en contact de cinéastes dans un
échange fructueux de connaissances et de sensibilités. Il
paraît se promettre à un avenir brillant, qui ne se
vérifiera que l’édition prochaine.
Amina
Hassan