Guinée.
Le gouvernement tente de régler par la négociation la crise
déclenchée par la mutinerie de membres de l’armée qui
protestaient contre des retards dans le paiement de leurs
soldes.
Le président courtise les militaires
Après
quelques jours de violences meurtrières, le calme régnait
dans plusieurs régions de Guinée. Mais, cette dernière est
toujours menacée par une reprise des troubles qui secouent
ce pays, où l’armée qui est considérée comme le pilier du
régime est à l’origine des difficultés. Les mutins, dont les
exigences tournaient au départ autour de questions liées à
ces arriérés de primes, ont réclamé ensuite dans de
nouvelles revendications le départ de tous les généraux de
l’armée. Puis, le mouvement s’est transformé en
affrontements avec des violences qui ont fait au moins trois
morts et des dizaines de blessés depuis le 26 mai. Les
soldats mécontents avaient posé six conditions pour mettre
un terme à leur mouvement, notamment le limogeage du
ministre de la Défense et le versement des arriérés de
soldes, dont certains remontaient à 1996. En première
réaction à leur revendication, le ministre de la Défense, le
général Mamadou Baïlo Diallo, avait également été démis de
ses fonctions par le chef de l’Etat, mais la liste de leurs
demandes demeure toujours longue.
Les soldats en colère avaient également demandé qu’un prix
subventionné soit accordé pour le riz. Sur ce dossier, « le
gouvernement va consentir des efforts pour que notre
vaillante armée connaisse de meilleures conditions de vie »,
a souligné le nouveau premier ministre guinéen, Ahmed
Tidiane Souaré, qui a pris ses fonctions le 20 mai en
remplacement de Lansana Kouyaté. Pour sa part, le chef
d’état-major de l’armée, le général de brigade Diarra
Camara, a demandé aux soldats mutins de « rentrer dans les
rangs » en pensant aux « conditions économiques » du pays et
à la population.
Pour mettre fin à ce mouvement, le président Lansana Conté,
au pouvoir depuis 1984, a rencontré des militaires mutins
deux fois au cours de ces derniers jours. Après la première
réunion, qui s’est tenue entre le général Conté et des
militaires mutins dans un camp militaire de Conakry en
présence de chefs de l’armée, les autorités ont commencé à
verser leurs arriérés de primes. Chaque soldat doit
percevoir un million de francs guinéens (GNF), sur cinq
millions de GNF, le reliquat devant être payé « de manière
graduelle ». Mais il semble que cet acte est insuffisant.
Ainsi, le président Conté a reçu dimanche dernier une
délégation de militaires mutins et leur a demandé de «
reprendre le travail », promettant d’« examiner
favorablement » leurs revendications financières. « Allez
reprendre le travail, je vais examiner favorablement vos
revendications », a indiqué le chef de l’Etat. Après cette
rencontre, le chef de l’Etat a ordonné de « libérer tous les
otages », notamment le chef d’état-major adjoint, le général
Mamadou Sampil.
Pour sa part, le premier ministre Ahmed Tidiane Souaré avait
rencontré les responsables de partis politiques, de la
mouvance présidentielle comme de l’opposition à l’exception
notable du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG,
opposition) d’Alpha Condé. Les discussions avaient porté sur
les tensions actuelles, un éventuel gouvernement élargi à
l’opposition et les élections législatives prévues à la fin
de l’année. A cet égard, les mutins avaient retiré leur
exigence la plus radicale, le départ à la retraite de tous
les généraux. Mais, ils exigent une amnistie pour les faits
de ces derniers jours.
Souaré s’est montré déterminé à un « règlement définitif »
de la question de la mutinerie, qui date de 1996. Il n’a pas
précisé le nombre de soldats concernés, ni le montant global
qui leur est dû depuis 1996. Le problème s’est de nouveau
posé en 2007, année à laquelle une « commission a été mise
en place » pour gérer ce dossier, d’après M. Souaré.
Maha
Salem