Al-Ahram Hebdo, Société | La maternite a 40 ans
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 Semaine du 25 juin au 1er juillet 2008, numéro 720

 

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Société

Femmes. Une étude vient de révéler que le taux de femmes enceintes à 40 ans a connu une hausse de 74 % par rapport à 1981. Etre une mère à cet âge n’est pas une expérience facile. Parcours d’une maman. 

La maternite a 40 ans 

« Seif est toute ma vie. Je sens que je mène un combat contre le temps. Lorsque je pense à la mort, c’est seulement à lui que je songe. Je me pose un tas de questions sur son avenir : serais-je capable de lui faire réviser ses leçons lorsque j’aurai atteint le deuxième âge ? Aurais-je le privilège de connaître cette joie que toute maman ressent lorsque son enfant réussit à ses examens ? Serais-je encore en vie pour assister à son mariage ? », s’interroge Abir, 41 ans, ex-directrice de ressources humaines dans une entreprise privée et actuellement femme au foyer.

C’est à l’âge de 35 ans que Abir s’est mariée avec son collègue de travail. Le couple a dû rembourser ses dettes avant de penser à avoir un enfant. Trois ans se sont écoulés avant que Abir ne se décide. Mais ce n’est pas évident, car les contraceptifs avaient eu un impact sur sa fertilité. Elle fait alors le tour des gynécologues, suit un traitement durant plusieurs mois mais sans résultat. Tomber enceinte à un âge avancé, c’est difficile quand on n’a jamais eu d’enfants. Après avoir subi une intervention, elle opte pour la fécondation in vitro. La première tentative ne réussit pas, encore moins la seconde.

Le cas de Abir n’est pas unique, une étude effectuée en 1998 par l’Organisme central de mobilisation et des statistiques révèle qu’environ 97 000 femmes se sont mariées après 30 ans et plus de 27 000 après 35 ans.

Abir est un cas parmi des milliers d’autres. Les chiffres de cette même source avancent que 5 millions de femmes ont dépassé la trentaine et sont encore célibataires. De plus, l’âge moyen du mariage pour une femme ne cesse de s’élever. Cela veut dire qu’elles risquent de tomber enceintes à un moment tardif. D’ailleurs, un magazine médical spécialisé a révélé que le taux de femmes enceintes à 40 ans est en hausse de 74 % par rapport à 1981. Selon une recherche scientifique publiée sur Internet dans le magazine Al-Charq Al-Awsat, une grossesse à cet âge-là présente des risques, et plus l’âge est avancé, plus les risques augmentent, surtout que l’état de santé de la femme n’est plus le même à cet âge. Ce qui représente une menace pour sa vie et celle de l’enfant qu’elle attend.

Mais pour Abir, avoir un enfant est une course contre la montre. Elle risque d’être ménopausée avant l’âge, puisqu’elle n’a pas connu l’expérience de la maternité. Selon le Dr Magued Abou-Seada, « toute femme a un certain nombre d’ovules qu’elle libère tous les mois au cours de ses règles. La femme enceinte économise une partie de ce quota durant sa gestation. Cependant, celle qui n’a pas connu cette expérience n’a pas droit à ce privilège et risque d’être ménopausée plus tôt ».

Mais pour Abir, le rêve d’avoir un enfant était plus fort que tout. Un rêve plus important que les estimations scientifiques et les points de vue des gynécologues. Un rêve qui mobilisa toute son énergie tant son désir de maternité était intense. Mais la déception la suivait comme une ombre. Après deux tentatives non concluantes de fécondation in vitro, elle décide d’arrêter. « Ce fut à la fois une perte d’énergie et d’argent. Une fécondation in vitro coûte environ 20 000 L.E., sans compter les médecins et les analyses. Nous ne pouvions plus nous permettre de continuer », dit Abir. Malgré la déception, le couple continue son petit train de vie. Les jours passent et Abir fait tout pour enterrer ce désir d’avoir un enfant. Elle pense même avoir atteint la ménopause. Et c’est le miracle. A 40 ans, Abir tombe enceinte. « Etre enceinte est une grande nouvelle. Les gynécologues m’avaient prévenue que les tentatives et les traitements que j’avais suivis pouvaient provoquer un miracle, mais qu’il fallait être patient », poursuit Abir avec des yeux rayonnant de joie, en évoquant ce beau souvenir. Depuis, sa vie a complètement changé. Abir qui a toujours été consciencieuse dans son boulot commence à avoir d’autres priorités. Elle fait le tour des magasins pour préparer le trousseau de ce bébé tant attendu, n’hésite pas à choisir la plus belle chambre pour lui. Elle fouille dans les librairies pour lui trouver un joli prénom. Mais il y aussi un autre combat qu’elle doit mener en parallèle. « Celui de choisir un bon médecin capable de suivre ma grossesse, surtout que je souffre d’asthme depuis mon enfance. Mon âge aurait pu aussi aggraver les choses », commente-t-elle.

Abir a dû faire une série d’analyses de sang, du liquide amniotique sans compter les échographies. D’après le Dr Abou-Seada, de tels examens sont nécessaires à toute femme qui a dépassé les 35 ans. Au-delà de cet âge, les risques sont plus importants aussi bien pour le bébé que pour la mère. Ces analyses qui se font durant les cinq premiers mois de la grossesse permettent aux parents de s’assurer que le foetus ne présente aucune anomalie.

« Aller chercher les résultats de mes analyses était un véritable cauchemar pour moi. L’angoisse et l’attente, c’est horrible. J’avais peur que l’on m’apprenne quelque chose de contrariant », dit-elle.

Et c’est le stress à la maison pour ce couple qui attend les résultats. Entre Abir qui ne veut renoncer à son rêve et son époux qui refuse d’avoir un enfant handicapé car c’est de la souffrance pour l’enfant et les parents. « Il vaut mieux prendre ses dispositions et éviter une telle catastrophe », argumente son mari Amr pour la remettre à la raison. Mais Abir s’obstine, se fait aider par la famille et des amis pour le convaincre à garder ce bébé sous n’importe quelle condition. Elle pousse encore plus loin en recourant aux fatwas de Dar Al-Iftaa qui prohibe l’avortement après 120 jours de gestation.

Heureusement pour ce couple, les résultats sont excellents et Seif va naître en bonne santé.

« Les premiers cris de Seif ont été pour moi la plus belle mélodie. Je me suis dit : enfin je suis la mère de ce bel enfant ».

Abir décide de quitter son travail pour se consacrer à son enfant. Sa vie est programmée selon lui. Elle fait attention aux moindres détails : nourriture, santé, évolution de sa croissance. Elle ne lui fait porter que des vêtements importés et de bonne qualité. « Ma puce à moi doit être le plus élégant de tous les enfants du monde », dit Abir qui ne parle que de lui. « Regardez comment il dresse la tête, il arrive à s’asseoir tout seul, il tape des mains, il prononce quelques mots, etc. ».

D’après Josette Abdallah, psychiatre, c’est un comportement tout à fait naturel. La mère qui a eu son enfant à un âge tardif attache beaucoup d’importance aux petits détails bien plus que les mamans plus jeunes. C’est une maman qui sait qu’elle n’a pas eu cet enfant facilement, du coup elle le couve. Et plus elle peine pour avoir un autre, plus elle devient encore plus protectrice.

« Avec le temps, elle risque de causer de gros problèmes à son enfant qui, à l’âge adulte, serait incapable d’affronter la vie sans elle. Le problème ici c’est que l’instinct de la mère l’emporte sur la logique. Il lui semble qu’elle ne va pas vivre longtemps et elle compense cela à sa manière », explique le Dr Abdallah.

Et pour casser ce sentiment d’inquiétude, Abir pense avoir un autre enfant. « Je ne veux pas laisser Seif tout seul. Il a le droit d’avoir un frère ou une sœur pour partager avec lui sa vie si moi ou son père disparaissait. Mon entourage m’encourage. Lorsque je réfléchis profondément, c’est la logique qui l’emporte. Une femme à mon âge n’a plus cette énergie pour élever un autre enfant. Je suis épuisée après avoir eu Seif. Mais pour lui, je dois tout de même essayer de faire cet effort », conclut Abir. Son enfant sur les bras, elle le traîne partout où elle va, fière d’avoir réalisé son plus beau rêve, celui d’avoir un enfant.

Dina Darwich

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