Al-Ahram Hebdo,Société | Loin, mais pas déracinés
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 Semaine du 25 juin au 1er juillet 2008, numéro 720

 

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Société
Initiative. De jeunes Egyptiens vivant en Suisse ont décidé de lancer une association dont le but principal est de tisser des liens avec leur pays natal, guidés par la nostalgie et la quête identitaire. Une démarche qui a attiré d’autres jeunes dans d’autres pays d’Europe. 

Loin, mais pas déracinés 

« L’Egypte au cœur de l’Europe », un slogan représenté par un aigle entouré de plusieurs étoiles. Face à l’écran de son ordinateur, Fayçal prend son air le plus sérieux en montrant à ses amis le dernier design du logo qu’ils ont prévu pour leur association supposée voir le jour prochainement. « C’est la pierre angulaire de l’association dont l’objectif est de rassembler les Egyptiens qui vivent en Suisse et tous ceux qui se trouvent dans les autres pays européens », dit Fayçal, étudiant en paramédical à Genève. Il commence avec les autres une longue discussion autour de ce projet-rêve.

Ce sont des jeunes étudiants égyptiens qui ont presque tous le même âge et habitent avec leurs familles la même ville. Ils ont de la nostalgie pour leur pays et veulent traduire cela par une action pour être moins isolés et se soutenir les uns les autres. « L’union fait la force », lance Abdallah Fadl, étudiant en économie, né en Suisse.

« Notre génération est différente, on a grandi en sachant que nos parents étaient venus ici pour améliorer leurs conditions de vie, nous donner la chance de suivre un enseignement de qualité et avoir ce confort que l’on ne pouvait se permettre en Egypte. Cependant, l’on ne se sent pas déraciné de notre pays. De plus, l’on ne considère pas notre existence en Suisse comme un fait accompli qui va durer », dit Fadl en ajoutant qu’ils sont partagés entre leur pays natal, où se trouvent leurs racines, et la Suisse qui les a accueillis et leur a offert une ouverture sur un autre monde.

Fadl se rend en Egypte une fois par an. Il y passe deux mois au moins avec sa famille à Assouan, la ville où il est né.

Dans ce café où ils ont l’habitude de se rassembler, Fadl, Fayçal, Yara, Sélim, Moustapha et Chourouq s’expriment en arabe dialectal. « On est habitué à le faire pour ne pas oublier la langue », dit Yara. Cette dernière se met en rogne lorsqu’on lui dit qu’elle a un certain accent. Ici, la jeune génération parle parfaitement aussi bien l’arabe que le français.

Bien que Sélim ait le look européen, celui de sa maman irlandaise dont il a hérité les cheveux blonds et les yeux bleus, dès qu’il ouvre la bouche, l’on sent l’égyptien ancré en lui. Il affirme que l’image traditionnelle des « Egyptiens émigrés » est en train de changer. Auparavant, ces derniers rompaient tout contact avec leur terre natale, ils n’y remettaient les pieds que pour assister à des funérailles ou des mariages de proches. Il était donc évident que leurs enfants ne sachent que quelques mots d’arabe et se conduisent comme des « khawagas ». Des enfants qui ignorent tout de leur pays, ou du moins pas plus que les touristes n’en savent.

D’une génération à l’autre, les choses sont en train de changer. La technologie a fait des merveilles. « Aujourd’hui, l’on ne se sent pas loin de l’Egypte, et en quatre heures de vol, on est au Caire. De plus, avec Internet, nous sommes au courant de ce qui se passe chez nous en Egypte », dit Sélim, étudiant en chimie à Lausanne. Né à Alexandrie, il a fait quelques années d’études dans cette ville méditerranéenne avant de suivre ses parents en Suisse.

Garder des contacts avec l’Egypte, c’est ce que tente de faire Yara, étudiante en marketing. Elle affirme que grâce aux emails et au Facebook, elle a des nouvelles de ses cousins et même de ses amis qu’elle a connus au cours de ses visites régulières en Egypte. Ainsi, comme elle l’affirme : « J’ai des nouvelles de tout le monde, je suis au courant de tout ce qui se passe et je suis de près les événements qui se déroulent là-bas et font le quotidien des citoyens de mon pays qui paraissent loin, mais en fait ne le sont plus, car il suffit d’appuyer sur le clavier pour briser les frontières ».

Ce sont surtout leurs visites annuelles en Egypte qui a ont eu un effet magique sur leur attachement à leur pays natal. Fadl sent que son véritable pays est l’Egypte et que la Suisse n’est qu’un pays où il vit temporairement. Un jour ou l’autre, il retournera à ses origines. « L’Egypte c’est ma patrie, ma mère », dit-il.

Tous les vendredis, les parents se rencontrent à la mosquée ou se retrouvent de temps en temps à l’occasion des fêtes. C’est à la mosquée que la plupart d’entre eux ont fait connaissance et ont suivi des cours de religion.

Le père de Chourouq, la plus jeune du groupe, s’occupe d’enseigner les préceptes de l’islam à cette génération.

« Lors de ces rencontres, l’on a ressenti ce besoin de mieux se connaître, d’aller plus loin dans notre relation entre les jeunes, car les quelques rencontres organisées par les parents ne nous suffisaient pas. C’est nous qui avons établi ce rapprochement entre nos familles », dit Chourouq, 16 ans, élève au lycée. Elle ajoute qu’ils passent leur temps à Genève à créer de l’ambiance à l’Egyptienne autour d’eux, à préparer des plats ou à discuter de certains sujets de l’actualité. Le père de Chourouq pense que ces rencontres entre jeunes se sont avérées bien fructueuses.

Aujourd’hui, ces jeunes ne ratent aucune occasion pour se réunir. Ils s’organisent des petites fêtes et pratiquent des activités sportives comme le ski. « Le succès de nos rassemblements a dépassé nos prévisions, on a accueilli des gens que l’on ne connaissait pas. Je ne sais pas comment ils ont appris l’événement », explique Fadl. Il dit que cela leur a donné même l’idée d’organiser une grande fête, une occasion pour rassembler tous les jeunes Egyptiens qui vivent en Suisse. D’après lui, cette fête a montré le besoin de ces jeunes de mieux se connaître.

C’est ce jour-là où tout le monde s’est rendu compte à quel point le besoin de créer une telle association est important. Surtout que, d’après eux, la communauté égyptienne ne joue aucun rôle. « On a besoin d’une entité qui regroupe tous les Egyptiens et surtout les jeunes. Ces derniers ont des besoins et des demandes et ne trouvent aucune aide de la part du consulat égyptien. Alors ils recourent à des étrangers qui peuvent exploiter leur situation », explique Fayçal. Il ajoute que la nouvelle association va jouer ce rôle. Et lorsqu’ils ont organisé un festival pour annoncer la nouvelle aux jeunes, ils ont reçu près de 132 jeunes, venus de toute l’Europe. « On ne s’attendait pas à ce succès, mais c’était un indice important pour montrer combien les jeunes attendent un tel regroupement », affirme Fadl.

Les rêves des jeunes fondateurs sont sans limites. Leur objectif : faire parvenir la voix des Egyptiens installés en Suisse et faire pression lorsqu’il s’agit d’un événement important concernant la communauté égyptienne et arabe. « Un jour, un des candidats suisses aux municipales a changé de point de vue envers la communauté égyptienne lorsqu’il a appris leur nombre et senti que les Egyptiens étaient très solidaires. Et pour gagner des voix aux élections, il a été obligé de se soumettre à leurs revendications pour garantir leurs voix », commente Fayçal.

Quand ils font des projets d’avenir, tous, sans exception, tiennent en compte leur patrie. « Projet ou idée », dit Fadl en affirmant que c’est le cas de 90 % des jeunes Egyptiens. Celui-ci et les autres assurent qu’ils veulent retourner en Egypte et faire profiter leur pays de leurs expériences en Suisse. Et ceux qui ont choisi la Suisse restent partagés entre les deux pays. Ils pensent lancer des projets communs entre les deux pays. « Qui va guider l’Egypte vers un meilleur avenir ? », se questionne Fayçal.

Ils savent que des citoyens égyptiens sont morts en faisant la queue pour acheter du pain. Ils suivent de près les mouvements de grève dans le pays. « On suit l’actualité et nous sommes touchés par ce qui se passe dans notre pays. Nous pensons que le gouvernement et le peuple sont tous les deux fautifs. Nous espérons que cela changera et que les deux partis trouveront une équation pour que la vie soit plus facile là-bas. Notre souhait est que l’Egypte retrouve sa stabilité », conclut Fayçal.

Hanaa Al-Mekkawi

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