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Initiative.
De
jeunes Egyptiens vivant en Suisse ont décidé de lancer une
association dont le but principal est de tisser des liens avec
leur pays natal, guidés par la nostalgie et la quête
identitaire. Une démarche qui a attiré d’autres jeunes dans
d’autres pays d’Europe.
Loin, mais pas déracinés
«
L’Egypte au cœur de l’Europe », un slogan représenté par un
aigle entouré de plusieurs étoiles. Face à l’écran de son
ordinateur, Fayçal prend son air le plus sérieux en montrant à
ses amis le dernier design du logo qu’ils ont prévu pour leur
association supposée voir le jour prochainement. « C’est la
pierre angulaire de l’association dont l’objectif est de
rassembler les Egyptiens qui vivent en Suisse et tous ceux qui
se trouvent dans les autres pays européens », dit Fayçal,
étudiant en paramédical à Genève. Il commence avec les autres
une longue discussion autour de ce projet-rêve.
Ce
sont des jeunes étudiants égyptiens qui ont presque tous le même
âge et habitent avec leurs familles la même ville. Ils ont de la
nostalgie pour leur pays et veulent traduire cela par une action
pour être moins isolés et se soutenir les uns les autres. «
L’union fait la force », lance Abdallah
Fadl, étudiant en économie, né en Suisse.
«
Notre génération est différente, on a grandi en sachant que nos
parents étaient venus ici pour améliorer leurs conditions de
vie, nous donner la chance de suivre un enseignement de qualité
et avoir ce confort que l’on ne pouvait se permettre en Egypte.
Cependant, l’on ne se sent pas déraciné de notre pays. De plus,
l’on ne considère pas notre existence en Suisse comme un fait
accompli qui va durer », dit Fadl en
ajoutant qu’ils sont partagés entre leur pays natal, où se
trouvent leurs racines, et la Suisse qui les a accueillis et
leur a offert une ouverture sur un autre monde.
Fadl
se rend en Egypte une fois par an. Il y passe deux mois au moins
avec sa famille à Assouan, la ville où il est né.
Dans ce café où ils ont l’habitude de se rassembler, Fadl,
Fayçal, Yara, Sélim, Moustapha et Chourouq s’expriment en arabe
dialectal. « On est habitué à le faire pour ne pas oublier la
langue », dit Yara. Cette dernière se met en rogne lorsqu’on lui
dit qu’elle a un certain accent. Ici, la jeune génération parle
parfaitement aussi bien l’arabe que le français.
Bien que Sélim ait le look européen, celui de sa maman
irlandaise dont il a hérité les cheveux blonds et les yeux
bleus, dès qu’il ouvre la bouche, l’on sent l’égyptien ancré en
lui. Il affirme que l’image traditionnelle des « Egyptiens
émigrés » est en train de changer. Auparavant, ces derniers
rompaient tout contact avec leur terre natale, ils n’y
remettaient les pieds que pour assister à des funérailles ou des
mariages de proches. Il était donc évident que leurs enfants ne
sachent que quelques mots d’arabe et se conduisent comme des «
khawagas ». Des enfants qui ignorent tout de leur pays, ou du
moins pas plus que les touristes n’en savent.
D’une génération à l’autre, les choses sont en train de changer.
La technologie a fait des merveilles. « Aujourd’hui, l’on ne se
sent pas loin de l’Egypte, et en quatre heures de vol, on est au
Caire. De plus, avec Internet, nous sommes au courant de ce qui
se passe chez nous en Egypte », dit Sélim, étudiant en chimie à
Lausanne. Né à Alexandrie, il a fait quelques années d’études
dans cette ville méditerranéenne avant de suivre ses parents en
Suisse.
Garder des contacts avec l’Egypte, c’est ce que tente de faire
Yara, étudiante en marketing. Elle affirme que grâce aux emails
et au Facebook, elle a des nouvelles de ses cousins et même de
ses amis qu’elle a connus au cours de ses visites régulières en
Egypte. Ainsi, comme elle l’affirme : « J’ai des nouvelles de
tout le monde, je suis au courant de tout ce qui se passe et je
suis de près les événements qui se déroulent là-bas et font le
quotidien des citoyens de mon pays qui paraissent loin, mais en
fait ne le sont plus, car il suffit d’appuyer sur le clavier
pour briser les frontières ».
Ce
sont surtout leurs visites annuelles en Egypte qui a ont eu un
effet magique sur leur attachement à leur pays natal. Fadl sent
que son véritable pays est l’Egypte et que la Suisse n’est qu’un
pays où il vit temporairement. Un jour ou l’autre, il retournera
à ses origines. « L’Egypte c’est ma patrie, ma mère », dit-il.
Tous les vendredis, les parents se rencontrent à la mosquée ou
se retrouvent de temps en temps à l’occasion des fêtes. C’est à
la mosquée que la plupart d’entre eux ont fait connaissance et
ont suivi des cours de religion.
Le
père de Chourouq, la plus jeune du groupe, s’occupe d’enseigner
les préceptes de l’islam à cette génération.
«
Lors de ces rencontres, l’on a ressenti ce besoin de mieux se
connaître, d’aller plus loin dans notre relation entre les
jeunes, car les quelques rencontres organisées par les parents
ne nous suffisaient pas. C’est nous qui avons établi ce
rapprochement entre nos familles », dit Chourouq, 16 ans, élève
au lycée. Elle ajoute qu’ils passent leur temps à Genève à créer
de l’ambiance à l’Egyptienne autour d’eux, à préparer des plats
ou à discuter de certains sujets de l’actualité. Le père de
Chourouq pense que ces rencontres entre jeunes se sont avérées
bien fructueuses.
Aujourd’hui, ces jeunes ne ratent aucune occasion pour se
réunir. Ils s’organisent des petites fêtes et pratiquent des
activités sportives comme le ski. « Le succès de nos
rassemblements a dépassé nos prévisions, on a accueilli des gens
que l’on ne connaissait pas. Je ne sais pas comment ils ont
appris l’événement », explique Fadl. Il dit que cela leur a
donné même l’idée d’organiser une grande fête, une occasion pour
rassembler tous les jeunes Egyptiens qui vivent en Suisse.
D’après lui, cette fête a montré le besoin de ces jeunes de
mieux se connaître.
C’est ce jour-là où tout le monde s’est rendu compte à quel
point le besoin de créer une telle association est important.
Surtout que, d’après eux, la communauté égyptienne ne joue aucun
rôle. « On a besoin d’une entité qui regroupe tous les Egyptiens
et surtout les jeunes. Ces derniers ont des besoins et des
demandes et ne trouvent aucune aide de la part du consulat
égyptien. Alors ils recourent à des étrangers qui peuvent
exploiter leur situation », explique Fayçal. Il ajoute que la
nouvelle association va jouer ce rôle. Et lorsqu’ils ont
organisé un festival pour annoncer la nouvelle aux jeunes, ils
ont reçu près de 132 jeunes, venus de toute l’Europe. « On ne
s’attendait pas à ce succès, mais c’était un indice important
pour montrer combien les jeunes attendent un tel regroupement »,
affirme Fadl.
Les rêves des jeunes fondateurs sont sans limites. Leur objectif
: faire parvenir la voix des Egyptiens installés en Suisse et
faire pression lorsqu’il s’agit d’un événement important
concernant la communauté égyptienne et arabe. « Un jour, un des
candidats suisses aux municipales a changé de point de vue
envers la communauté égyptienne lorsqu’il a appris leur nombre
et senti que les Egyptiens étaient très solidaires. Et pour
gagner des voix aux élections, il a été obligé de se soumettre à
leurs revendications pour garantir leurs voix », commente
Fayçal.
Quand ils font des projets d’avenir, tous, sans exception,
tiennent en compte leur patrie. « Projet ou idée », dit
Fadl en affirmant que c’est le cas
de 90 % des jeunes Egyptiens. Celui-ci et les autres assurent
qu’ils veulent retourner en Egypte et faire profiter leur pays
de leurs expériences en Suisse. Et ceux qui ont choisi la Suisse
restent partagés entre les deux pays. Ils pensent lancer des
projets communs entre les deux pays. « Qui va guider l’Egypte
vers un meilleur avenir ? », se questionne Fayçal.
Ils savent que des citoyens égyptiens sont morts en faisant la
queue pour acheter du pain. Ils suivent de près les mouvements
de grève dans le pays. « On suit l’actualité et nous sommes
touchés par ce qui se passe dans notre pays. Nous pensons que le
gouvernement et le peuple sont tous les deux fautifs. Nous
espérons que cela changera et que les deux partis trouveront une
équation pour que la vie soit plus facile là-bas. Notre souhait
est que l’Egypte retrouve sa stabilité », conclut Fayçal.
Hanaa
Al-Mekkawi |