Motifs et obstacles de la
réconciliation palestinienne
Hassan Abou-Taleb
Il va
sans dire que lorsque le Hamas a mis la main sur les organismes gouvernementaux
à Gaza, il y a un an, il a infligé un coup dur à l’unité palestinienne. Du
coup, la lutte se fait dans deux sens opposés. D’abord, il s’agit de continuer
à lutter pour la libération nationale, de mettre fin à l’occupation et
d’instaurer un Etat indépendant et viable. Un objectif dont la réalisation
nécessite de négocier avec les forces de l’occupation. Ensuite, il est question
de faire prévaloir les situations politiques légitimes, y compris l’unité de la
Cisjordanie et de Gaza.
La
division palestinienne a porté une grave atteinte aux négociations de Mahmoud
Abbass avec Tel-Aviv sous le parrainage américain. Et ce conformément aux
recommandations de la Conférence d’Annapolis tenue en novembre 2007 durant
laquelle le négociateur palestinien donnait l’impression d’être le porte-parole
d’un demi-peuple, incapable de faire un quelconque accord avant la fin de l’année
courante. Cependant, l’Autorité du Hamas et le gouvernement du fait accompli à
Gaza ne sont pas dans une meilleure position. Malgré la résistance du peuple
palestinien à Gaza face à l’embargo et aux agressions israéliennes
quotidiennes, il est difficile de fermer les yeux sur l’ampleur de la
souffrance et des sacrifices que les Palestiniens ont endurés l’année dernière.
En même temps, le gouvernement du Hamas semble incapable d’améliorer la
situation dans le sens d’une réelle détente consistant à mettre fin à l’embargo
et aux agressions israéliennes et à effectuer des négociations réelles dans le
sens d’un Etat palestinien. Même si l’accalmie entamée jeudi dernier aboutit,
elle n’est en fin de compte qu’un traitement partiel à des causes vitales
quotidiennes, ni plus ni moins.
Tous
ces facteurs dévoilent l’impasse dans laquelle se trouve l’Autorité
palestinienne et expliquent l’appel d’Abou-Mazen à amorcer un dialogue national
conformément à l’initiative yéménite. Ce, deux jours avant le premier
anniversaire de ce que l’Autorité palestinienne a considéré comme un
renversement militaire du Hamas. Ils expliquent également la position du Hamas
qui a favorablement accueilli l’appel et l’a considéré nécessaire à l’ombre des
conjonctures palestiniennes et régionales en cours. En conséquence, une trêve
médiatique réciproque s’est instaurée entre le Fatah et le Hamas. Pourvu que
cela apaise la situation entre les deux camps.
Cet
accueil favorable manifesté par le Hamas ne signifie pas que les événements
vont bouger dans le sens d’une détente rapide, ou bien que le dialogue national
interpalestinien engendrera des résultats satisfaisants en un temps record. Il existe
effectivement des difficultés, et la première est celle du dialogue national et
qui comporte des interprétations opposées de l’initiative yéménite. Nous devons
prendre en considération dans ce contexte les interventions américaines et
israéliennes qui ne soutiennent guère l’assimilation du Hamas — qu’ils
considèrent comme un mouvement terroriste — à un processus politique
palestinien sous le label de la réconciliation nationale. C’est cette
réconciliation palestinienne qui confère au négociateur palestinien une force
supplémentaire et par conséquent une capacité d’améliorer les conditions d’un
futur accord sur un Etat palestinien.
L’élément le plus important dans
ce contexte est les bases sur lesquelles reposera la réconciliation entre les
deux pôles du projet national sur le sol palestinien. Au moment où le président
Abbass insiste sur le fait que l’OLP soit l’ombrelle du dialogue, le Hamas
considère que le dialogue est assuré avec le Fatah et non pas avec
l’organisation. Et au moment où l’Autorité nationale estime que l’objectif du
dialogue est le retour à la situation qui prédominait avant le renversement
mené par le Hamas. Ce dernier estime que ce qui est requis, c’est un dialogue
suivant la règle : ni vainqueur ni vaincu. C’est-à-dire sans conditions
préalables, tel qu’il a été déclaré par Ismaïl Haniyeh, chef du gouvernement du
Hamas à Gaza. Il n’en demeure pas moins que des sources au sein du mouvement se
demandent si le fait de faire prévaloir les situations d’avant le 14 juin 2007
signifierait que le Hamas préside encore une fois le gouvernement d’union
nationale, conformément à l’accord de La Mecque en mars 2007.
Selon des sources au sein du
mouvement Fatah et de l’Autorité nationale, l’objectif de l’amorce d’un
dialogue national du président Abbass est de chercher à mettre en vigueur
l’initiative yéménite. Le second objectif est celui de prouver que le président
Abou-Mazen n’a pas l’intention de former un nouveau gouvernement à cette
heure-ci. L’initiative d’Abou-Mazen sous-entend également que l’actuel
gouvernement est celui d’une entente nationale et non pas d’union nationale
semblable à celui qui gouvernait avant le 13 juin 2007. Pour lui, ce
gouvernement doit s’attirer l’appui arabe et international, et la participation
du Hamas n’est pas une condition essentielle. Dans cet ordre d’idées,
l’objectif du dialogue national est de créer une issue adéquate au mouvement
Hamas pour faire en sorte que l’Autorité nationale contrôle la situation à
Gaza. Abou-Mazen planifie également pour que le Hamas ne participe pas
nécessairement à un futur gouvernement, quel qu’il soit, et pour amener le mouvement
à accepter le principe des élections législatives prématurées qui auront lieu à
la suite de la tenue des élections présidentielles prévues en janvier prochain.
Ces conditions et ces interrogations ne sont pas passagères parce qu’en
réalité, elles touchent à l’essence de tout dialogue palestinien. D’autre part,
elles révèlent l’ampleur du fossé existant entre les deux parties et les
priorités de chacune. Cependant, un grand problème apparaît à l’horizon. Il est
probable, théoriquement, de parvenir à un accord de principes
palestino-israélien qui sera rendu public à la fin de cette année. Et il est
probable également que le Hamas le désapprouve. Car si le Hamas détient une
majorité parlementaire et ne participe pas au prochain gouvernement et si on
suppose la réussite du dialogue national palestinien, comment sera-t-il alors
approuvé par le peuple palestinien ? Surtout qu’il sera facile à l’ombre de
telles conjonctures de provoquer les sentiments contre n’importe quel accord ne
satisfaisant pas le minimum des droits palestiniens, tels que le droit au
retour et de Jérusalem-Est comme capitale à l’Etat palestinien.
En outre, le facteur de l’accalmie
convenue qui est entré en vigueur depuis le 20 juin dernier peut engendrer des
résultats contradictoires. Si l’accalmie a lieu, suivie de l’ouverture des
points de passages et de la levée graduelle de l’embargo qui étouffe Gaza, le
Hamas pourrait alors se vanter de sa force et de sa capacité à gérer le conflit
avec l’occupation israélienne. Par conséquent, il serait difficile qu’il
renonce à la participation au prochain gouvernement. Mais si l’accalmie est
avortée et si le blocus persiste, il sera probable que cela ne soit pas en
faveur de n’importe quel dialogue national palestinien. Cependant, le Hamas
peut sembler plus intransigeant malgré l’ampleur de la souffrance que vivent
les Palestiniens à Gaza. A ce moment-là, il sera difficile de parler d’un
quelconque accord palestino-israélien, ou bien d’élections présidentielles en
Palestine. Et dans ce cas-là, le choix d’élections législatives prématurées
sera totalement irraisonnable.