La voix des peuples
Salama A. Salama
La
vitalité des peuples se mesure à la capacité de l’opinion
publique à ne pas se plier à ce qu’elle considère comme
nuisible à ses intérêts.
Dans les régimes démocratiques, les gouvernements se
trouvent obligés de répondre aux voix de leurs peuples sans
recourir à la police, à l’armée ou à toute autre forme de
répression.
C’est ce qui s’est passé pour la première fois en Egypte à
quelques différences près. En effet, la population de
Damiette a réussi à obliger le gouvernement à revenir sur la
décision de la construction de l’usine d’Agrium à
l’emplacement choisi par la compagnie, sans tenir compte des
intérêts des gens. Il s’est avéré que la société civile peut
avoir une force de pression influente dans la révision des
décisions insensées.
Ailleurs, nous avons vu comment le peuple irlandais a pu
secouer l’Union européenne. Il a surpris 26 pays en refusant
le traité de Lisbonne que la bureaucratie européenne croyait
être capable d’appliquer au début de l’année prochaine.
Cette crise est extrêmement dangereuse. Elle peut anéantir
l’Union européenne, car le traité de Lisbonne stipule qu’il
doit être ratifié à l’unanimité par les 27 pays membres de
l’Union européenne. 18 pays ont déjà accepté le traité et
attendent la ratification de leurs Parlements. Par contre,
la Constitution irlandaise stipule qu’il doit être accepté
et attesté par un référendum populaire. Dans ce cas, le
refus irlandais peut mener à l’effondrement de la confiance
en cette entité colossale. Ce refus peut aussi retarder les
plans d’expansion et la réalisation du rêve européen.
L’Union
européenne se trouve aujourd’hui face à deux choix. Le
premier est soutenu par la France et l’Allemagne. Il prône
l’idée de ne pas retarder la voie de l’union et d’aller de
l’avant dans l’exécution du traité de Lisbonne. Fait qui
peut mener à l’isolement de l’Irlande et à l’ébranlement du
principe de la démocratie. Quant au deuxième, il consiste en
la nécessité d’accorder un délai à l’Irlande pour surmonter
les causes qui ont mené au refus du peuple irlandais du
traité. C’est ce second choix qui a dernièrement pris le
dessus.
Les
analystes ne se sont pas mis d’accord sur les raisons du
refus irlandais. En effet, l’Irlande a fort bénéficié de
l’Union européenne et a obtenu un soutien de 40 milliards
d’euros en 3 décennies. Mais l’opposition est représentée
par un fort courant d’agriculteurs, de pêcheurs et
d’ouvriers. Ils accusent la bureaucratie européenne de
Bruxelles de ne pas faire cas des pressions économiques que
subissent ces tranches, à cause de la hausse des prix et de
la concurrence des émigrés et des ressortissants de l’Europe
de l’Est.
La
question qui nous importe ici en Egypte et dans les pays
arabes qui sont invités à se joindre à l’Union
méditerranéenne est : A quel point cette défaite européenne
influencera-t-elle le projet auquel aspirent l’Union
européenne et certains pays arabes ? Nous trouvons-nous face
à une entité européenne qui commence à connaître des aspects
de faiblesse et de démantèlement ? Toutes ces questions nous
obligent à revoir nos principes avant d’en prendre à l’égard
de l’Union méditerranéenne, surtout que nous ne connaissons
rien de la vertu des référendums populaires et que chaque
dirigeant arabe n’en fait qu’à sa tête !