Tous sur le même bateau
Les drames de l’immigration se suivent et se
ressemblent, des bateaux de pêche et autres embarcations
de fortune font naufrage en Méditerranée avec leur
cortège de morts, des Egyptiens entre autres. Un état
des lieux compliqué qui semble résumer les difficultés
grandissantes dans les rapports Nord-Sud. Voire, la
question est devenue l’enjeu majeur et la condition sine
qua non de l’établissement de liens de toutes sortes,
politiques et économiques. Le président de la Commission
européenne, José Manuel Barroso,
ne vient-il pas de déclarer au sujet du projet de
l’Union pour la Méditerranée que « la seule chose qui
compte, c’est de contrôler étroitement l’immigration
clandestine » ?
De plus, le ministre français de l’Immigration, Bruce
Hortefeux, vient de
présenter le « pacte pour l’immigration » que Paris
voudrait faire adopter lors de sa prochaine présidence
de l’UE, largement inspiré de sa propre politique pour
une immigration restreinte et « choisie ». Le pacte vise
encore à « mieux protéger l’Europe » en améliorant les
contrôles aux frontières, en systématisant le recours à
la biométrie et en établissant un principe de «
solidarité » avec les pays les plus exposés, proches des
frontières extérieures de l’UE.
A l’appui de ces propositions,
Hortefeux, dont la nomination en 2007 par le
président Nicolas Sarkozy s’était accompagnée d’un
durcissement de la politique migratoire française, a
vanté les résultats obtenus en un an en France. Les
expulsions d’immigrés sans papiers y ont augmenté de 80
% au début 2008 par rapport à la même période en 2007,
avec 14 660 sans-papiers expulsés dans les cinq premiers
mois de l’année, et le nombre des étrangers en situation
irrégulière est en baisse de 8 % sur un an, s’est-il
félicité.
C’est dire que ce dossier préoccupe l’UE beaucoup plus
qu’une coopération Nord-Sud susceptible de réduire le
fossé entre les deux et de contribuer à résoudre la
question de l’immigration de manière fondamentale, en
s’attaquant au fond du problème plutôt que de
privilégier le tout sécuritaire et d’accroître les
risques de discrimination.
De toute façon, cela paraît comme un cercle vicieux :
pas de règlement sans passer par des relations Nord-Sud
plus saines politiquement et économiquement, et pour
qu’un tel équilibre se réalise, il est évident que les
questions sécuritaires doivent être réglées. La
clairvoyance et le sens humanitaire doivent prévaloir de
toute façon.
On
est
tous
sur le même bateau.