Iraq.
Le gouvernement iraqien se trouve dans une position délicate
: aux opérations visant à neutraliser les miliciens chiites
armés s’ajoute la difficile tâche de parvenir avec les
Américains à un accord qui satisfait l’ensemble de la classe
politique.
Double équation à résoudre
L’armée iraqienne, appuyée par des militaires américains, a
poursuivi cette semaine son opération lancée jeudi dernier
contre les miliciens chiites armés dans le sud du pays.
Depuis le début de l’opération, une soixantaine de personnes
ont été arrêtées, dont plus de vingt pour la seule journée
de samedi à Nassiriyah, une ville proche d’Amara, dans le
sud de l’Iraq. Cette opération baptisée « Promesse de paix »
vise, selon les autorités, à récupérer les armes des
miliciens, et non pas à s’en prendre directement aux membres
de l’Armée du Mehdi, du chef radical chiite Moqtada Al-Sadr.
Ainsi, le premier ministre iraqien, Nouri Al-Maliki,
avait-il demandé expressément à ses troupes, de ne pas viser
systématiquement les membres de l’Armée du Mehdi, dans un
souci apparent d’éviter une escalade de la violence avec la
milice, bête noire des Américains. En effet, des opérations
similaires ces derniers mois à Bassorah (sud) et à Sadr
City, le fief du mouvement Sadr à Bagdad, s’étaient en effet
soldées par des combats sanglants. Pourtant, parmi les
personnes arrêtées, figurent des membres de la puissante
milice du leader Moqtada Al-Sadr. Au deuxième jour de
l’opération, l’armée iraqienne a arrêté cinq responsables
locaux du mouvement Sadr. Elle a également arrêté 20
policiers pour « collaboration avec des milices », sans
préciser s’il s’agissait de l’Armée du Mehdi.
Cependant, si les autorités iraqiennes évitent tout
affrontement sanglant avec les miliciens de Sadr, c’est
surtout parce que cette opération a pour but de maintenir un
contrôle total sur cette région riche en pétrole. La plupart
des gisements pétroliers iraqiens sont situés dans le sud du
pays, à Bassorah et dans la province de Missane, dont le
contrôle avait été transféré des forces britanniques aux
autorités iraqiennes en avril 2007. Et, le gouvernement n’a
pas caché qu’en intervenant à Bassorah, comme à Amara, il
voulait reprendre le contrôle de la production pétrolière et
freiner la contrebande de l’or noir, une source importante
de financement pour les milices chiites.
Le gouvernement iraqien veut donc faire d’une pierre deux
coups : neutraliser les miliciens chiites puissants dans
cette région à majorité chiite, et avoir à lui seul une
mainmise sur les richesses pétrolières du pays.
Mais la mission semble difficile tant le mouvement Sadr et
sa milice sont puissants. Pour ce dernier, l’opération de
récupération des armes des miliciens s’apparente à une
chasse à l’homme. « Dans tout l’Iraq, Bassorah, Sadr City à
Bagdad, le gouvernement a toujours dit la même chose :
Moqtada Al-Sadr et l’Armée du Mehdi ne sont pas la cible »,
a déclaré par téléphone à l’AFP le chef du mouvement à Amara
entré dans la clandestinité. « Mais après le début de
l’opération, ils ont retourné leur veste et commencé à
chercher les sympathisants de Sadr et de l’Armée du Mehdi »,
a-t-il ajouté.
De nombreux militants de l’Armée du Mehdi auraient traversé
la frontière iranienne toute proche, ou seraient cachés dans
la ville devenue, selon le commandement américain, une
plaque tournante de la contrebande d’armes en provenance
d’Iran.
«
Esclavage
éternel »
Or, si pour le moment l’opération n’a pas donné lieu à des
violences entre les forces gouvernementales et celles de
l’Armée du Mehdi, les divergences entre le mouvement Sadr et
le gouvernement ne font que grandir, notamment en raison des
négociations actuelles entre les autorités de Bagdad et
Washington sur le cadre de la future présence américaine en
Iraq. Moqtada Al-Sadr a ainsi dénoncé vendredi l’accord sur
la présence américaine en Iraq après 2008, synonyme selon
lui d’« esclavage éternel ». « C’est contre la Constitution,
a déclaré cheikh Assad Al-Nasri, un haut responsable du
mouvement sadriste lors du prêche du vendredi dans la ville
chiite sainte de Koufa, à 140 km au sud de Bagdad, le
gouvernement n’a pas le droit de signer un accord rejeté par
avance par tous les partis politiques ». Mais le mouvement
Sadr n’est pas la seule force politique du pays à critiquer
les négociations en cours, ce qui met à mal le gouvernement,
qui a déjà du mal à trouver un compromis avec ses
interlocuteurs américains. La conclusion d’un accord
pourrait donc prendre plus de temps qu’escompté en raison de
fortes résistances politiques du côté iraqien contre toute
perte de souveraineté. Face à la controverse dans le monde
politique iraqien, exacerbée par la perspective d’élections
à l’automne, le président américain George W. Bush a assuré
à Maliki de « l’engagement des Etats-Unis à trouver un
accord qui respecte pleinement la souveraineté iraqienne »,
selon le porte-parole de la Maison Blanche, Gordon Johndroe.
Les deux parties s’étaient fixé jusqu’à fin juillet pour
conclure cet accord. Mais récemment, le premier ministre
iraqien Nouri Al-Maliki estimait que les négociations
étaient « dans l’impasse ». Selon des informations de
presse, les négociations achopperaient sur les points
suivants : l’immunité accordée aux soldats et personnels des
compagnies privées de sécurité, le contrôle de l’espace
aérien, des bases militaires américaines permanentes et le
calendrier de retrait des troupes.
Abir
Taleb