Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Double équation à résoudre
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 Semaine du 25 juin au 1er juillet 2008, numéro 720

 

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Iraq. Le gouvernement iraqien se trouve dans une position délicate : aux opérations visant à neutraliser les miliciens chiites armés s’ajoute la difficile tâche de parvenir avec les Américains à un accord qui satisfait l’ensemble de la classe politique.

Double équation à résoudre

L’armée iraqienne, appuyée par des militaires américains, a poursuivi cette semaine son opération lancée jeudi dernier contre les miliciens chiites armés dans le sud du pays. Depuis le début de l’opération, une soixantaine de personnes ont été arrêtées, dont plus de vingt pour la seule journée de samedi à Nassiriyah, une ville proche d’Amara, dans le sud de l’Iraq. Cette opération baptisée « Promesse de paix » vise, selon les autorités, à récupérer les armes des miliciens, et non pas à s’en prendre directement aux membres de l’Armée du Mehdi, du chef radical chiite Moqtada Al-Sadr. Ainsi, le premier ministre iraqien, Nouri Al-Maliki, avait-il demandé expressément à ses troupes, de ne pas viser systématiquement les membres de l’Armée du Mehdi, dans un souci apparent d’éviter une escalade de la violence avec la milice, bête noire des Américains. En effet, des opérations similaires ces derniers mois à Bassorah (sud) et à Sadr City, le fief du mouvement Sadr à Bagdad, s’étaient en effet soldées par des combats sanglants. Pourtant, parmi les personnes arrêtées, figurent des membres de la puissante milice du leader Moqtada Al-Sadr. Au deuxième jour de l’opération, l’armée iraqienne a arrêté cinq responsables locaux du mouvement Sadr. Elle a également arrêté 20 policiers pour « collaboration avec des milices », sans préciser s’il s’agissait de l’Armée du Mehdi.

Cependant, si les autorités iraqiennes évitent tout affrontement sanglant avec les miliciens de Sadr, c’est surtout parce que cette opération a pour but de maintenir un contrôle total sur cette région riche en pétrole. La plupart des gisements pétroliers iraqiens sont situés dans le sud du pays, à Bassorah et dans la province de Missane, dont le contrôle avait été transféré des forces britanniques aux autorités iraqiennes en avril 2007. Et, le gouvernement n’a pas caché qu’en intervenant à Bassorah, comme à Amara, il voulait reprendre le contrôle de la production pétrolière et freiner la contrebande de l’or noir, une source importante de financement pour les milices chiites.

Le gouvernement iraqien veut donc faire d’une pierre deux coups : neutraliser les miliciens chiites puissants dans cette région à majorité chiite, et avoir à lui seul une mainmise sur les richesses pétrolières du pays.

Mais la mission semble difficile tant le mouvement Sadr et sa milice sont puissants. Pour ce dernier, l’opération de récupération des armes des miliciens s’apparente à une chasse à l’homme. « Dans tout l’Iraq, Bassorah, Sadr City à Bagdad, le gouvernement a toujours dit la même chose : Moqtada Al-Sadr et l’Armée du Mehdi ne sont pas la cible », a déclaré par téléphone à l’AFP le chef du mouvement à Amara entré dans la clandestinité. « Mais après le début de l’opération, ils ont retourné leur veste et commencé à chercher les sympathisants de Sadr et de l’Armée du Mehdi », a-t-il ajouté.

De nombreux militants de l’Armée du Mehdi auraient traversé la frontière iranienne toute proche, ou seraient cachés dans la ville devenue, selon le commandement américain, une plaque tournante de la contrebande d’armes en provenance d’Iran.

 

« Esclavage éternel »

Or, si pour le moment l’opération n’a pas donné lieu à des violences entre les forces gouvernementales et celles de l’Armée du Mehdi, les divergences entre le mouvement Sadr et le gouvernement ne font que grandir, notamment en raison des négociations actuelles entre les autorités de Bagdad et Washington sur le cadre de la future présence américaine en Iraq. Moqtada Al-Sadr a ainsi dénoncé vendredi l’accord sur la présence américaine en Iraq après 2008, synonyme selon lui d’« esclavage éternel ». « C’est contre la Constitution, a déclaré cheikh Assad Al-Nasri, un haut responsable du mouvement sadriste lors du prêche du vendredi dans la ville chiite sainte de Koufa, à 140 km au sud de Bagdad, le gouvernement n’a pas le droit de signer un accord rejeté par avance par tous les partis politiques ». Mais le mouvement Sadr n’est pas la seule force politique du pays à critiquer les négociations en cours, ce qui met à mal le gouvernement, qui a déjà du mal à trouver un compromis avec ses interlocuteurs américains. La conclusion d’un accord pourrait donc prendre plus de temps qu’escompté en raison de fortes résistances politiques du côté iraqien contre toute perte de souveraineté. Face à la controverse dans le monde politique iraqien, exacerbée par la perspective d’élections à l’automne, le président américain George W. Bush a assuré à Maliki de « l’engagement des Etats-Unis à trouver un accord qui respecte pleinement la souveraineté iraqienne », selon le porte-parole de la Maison Blanche, Gordon Johndroe. Les deux parties s’étaient fixé jusqu’à fin juillet pour conclure cet accord. Mais récemment, le premier ministre iraqien Nouri Al-Maliki estimait que les négociations étaient « dans l’impasse ». Selon des informations de presse, les négociations achopperaient sur les points suivants : l’immunité accordée aux soldats et personnels des compagnies privées de sécurité, le contrôle de l’espace aérien, des bases militaires américaines permanentes et le calendrier de retrait des troupes.

Abir Taleb

 

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