Union Pour la Méditerranée.
Paris intensifie ses efforts à la veille du lancement
officiel du projet, prévu le 13 juillet. Mais les nombreuses
réserves arabes, notamment sur les conséquences de la
participation d’Israël, n’ont toujours pas été apaisées.
Mise en route laborieuse
A
trois semaines du lancement officiel du le projet de l’Union
Pour la Méditerranée (UPM), de nombreux doutes planent
toujours sur l’efficacité de ce projet parrainé par le
président français François Sarkozy. Ce faisant, lors de sa
visite en Algérie, le premier ministre français François
Fillon, a notamment tenté de convaincre l’Algérie de
s’engager dans l’UPM. Mais la réponse du président algérien
Abdelaziz Bouteflika est restée floue : « Chaque chose en
son temps », a dit laconiquement le chef de l’Etat algérien
aux journalistes, à l’issue d’une audience de plus de deux
heures accordée à dimanche M. Fillon, entouré de la
délégation française qui l’accompagne dans son séjour
officiel en Algérie.
L’Algérie est l’un des derniers pays riverains de la
Méditerranée à maintenir le suspense sur sa participation à
l’UPM, un projet de partenariat politique Nord-Sud qui sera
lancé le 13 juillet à Paris. Pour l’heure, seule la Libye de
Mouammar Kadhafi a décliné formellement l’invitation.
Si la délégation française présente à Alger ne s’attendait
pas à recevoir une réponse du président algérien Abdelaziz
Bouteflika, Paris s’attend tout de même à compter sur la
présence en juillet du chef d’Etat algérien. Le premier
ministre algérien Abdelaziz Belkhadem a prolongé le suspense
dans une interview au quotidien français Le Monde, qui a
indiqué il y a quelques jours que la venue à Paris de M.
Bouteflika n’est « pas exclue ». L’Algérie est favorable au
rapprochement des deux rives de la Méditerranée, poursuit M.
Belkhadem, avant de regretter que l’initiative « exposée en
2007 par le président Sarkozy n’est plus celle qui nous est
présentée aujourd’hui ». En d’autres termes, Alger déplore
l’amarrage de l’UPM à l’Union européenne, au détriment de la
démarche initiale qui devait associer plus étroitement les
seuls pays riverains de la Méditerranée.
Aussi, si Alger a marqué très tôt son intérêt pour ce projet
cher au président Nicolas Sarkozy, les autorités algériennes
jugent-elles que son contenu est flou. Cette position n’est
pas propre à l’Algérie uniquement. L’ensemble des pays
arabes ont d’ailleurs demandé le 6 juin lors d’une réunion
du Forum des pays de la Méditerranée (Formed) à Alger des «
clarifications sur les conséquences » de l’entrée d’Israël
dans cette Union.
Or, à la veille de lancer son projet d’Union pour la
Méditerranée, Nicolas Sarkozy a entamé dimanche, avec le
titre d’ami de l’Etat hébreu, sa première visite en tant que
président en Israël et dans les territoires palestiniens,
alors que le processus de paix patine. A défaut de pouvoir
relancer spectaculairement le processus de paix, le
président français, plus proche de l’Etat hébreu que son
prédécesseur, a donc plaidé auprès de ses interlocuteurs
pour son projet, dont il espère qu’il permettra de
rapprocher les protagonistes du conflit israélo-arabe. Le
premier ministre israélien comme le président syrien Bachar
Al-Assad ont promis, selon Paris, d’être présents à Paris le
13 juillet pour le coup d’envoi de l’UPM. Mais là encore,
les deux responsables, qui ont repris langue via la Turquie,
ont exclu toute négociation directe à cette occasion.
Paris optimiste malgré tout
Les difficultés auxquelles fait face le processus de paix
sont donc l’une des entraves principales à ce projet, dont
le lancement intervient alors que le processus politique est
en panne. A trois semaines de son coup d’envoi officiel, l’UPM
continue ainsi à susciter réserves et controverses, ébranlé
notamment par les rodomontades du guide libyen Mouammar
Kadhafi et les hésitations de la Turquie. Pour autant, Paris
assure ne pas craindre de vague anti-UPM de la part de ses
alliés arabes. Ni même la répétition du front anti-israélien
qui a paralysé le processus de Barcelone. « Ces déclarations
ne nous surprennent pas », avait assuré un diplomate
français à la suite de la salve de critiques lancées par la
Libye. « Ce qui nous rassure, c’est qu’aucun autre pays
n’est sur la même ligne ». Pour Tripoli, l’UPM est un «
projet passager » voué à l’échec, comme ceux du processus de
Barcelone ou de la politique de voisinage de l’UE avec ses
partenaires de la rive sud de la Méditerranée.
D’autre part, l’éventuelle venue du président syrien Bachar
Al-Assad, dénoncé notamment par les Etats-Unis et Israël
comme soutenant le terrorisme, suscite déjà la polémique
dans les rangs de l’opposition en France et de la majorité
au Liban. Outre ces atermoiements arabes, le succès du
sommet de Paris est également suspendu à la participation de
la Turquie, peu enthousiaste pour un projet volontiers
présenté comme un « lot de consolation » au refus de
certains pays, dont la France, de l’accepter au sein de
l’UE. « C’est vrai que la participation d’Ankara est
étroitement liée à la question de son adhésion à l’UE »,
concède-t-on à Paris, « mais l’UPM est un projet à géométrie
variable qui garantit que les absents n’empêcheront pas ceux
qui le veulent de travailler ensemble ».
Malgré tous ces obstacles, délibérément optimistes, les
pilotes du futur partenariat assurent aussi que les
tractations sur ses institutions sont « en bonne voie ».
Pourtant, le fait même de réunir la totalité des
représentants des deux rives de la Méditerranée est en soi
un casse-tête. Réunir les représentants de pays comme
Israël, la Syrie, l’Autorité palestinienne, le Maroc ou
l’Algérie autour de la même table, « c’est extrêmement
difficile », reconnaissait déjà le 14 mars dernier Nicolas
Sarkozy, avant d’ajouter : « Ce n’est pas une raison pour ne
pas le faire ». Encore faut-il qu’après les avoir
rassemblés, le projet se poursuive sur une bonne voie.
Abir
Taleb