Al-Ahram Hebdo, Littérature | d’Amal Donqol,  Poèmes épars
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 25 juin au 1er juillet 2008, numéro 720

 

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Littérature

Vingt-cinq ans après la mort d’Amal Donqol, sa poésie n’a rien perdu de son esprit subversif. Connu pour ses vers engagés, le poète égyptien a aussi laissé des textes sur l’amour, sur la solitude, tristes et mélancoliques. 

Poèmes épars 

La rivière dure-t-elle ? 

Est-ce que nous dure le jardin des fleurs

Et la maison sereine près de la rivière ?

Ou notre bague tombe-t-elle dans l’eau

Et se perd … Se perd avec le courant

Et les mains noires nous séparent

Et nous marchons sur les chemins de feu

Sans oser sous la cravache de la persécution

Jeter un regard derrière le dos

Et la rivière disparaît 

*** 

La gaie maison nous dure-t-elle ?

Où nous nous fâchons et nous nous réconcilions

Les coups de l’horloge et de l’inconnu

S’éloignent de moi lorsque je te vois

Et je dis aux fleurs de l’été. Je dis

Si les roses s’épanouissent sans épines

Et la pleine lune demeure pour l’éternité 

Elle ne s’accroît pas au-delà de la moitié du mois

Ah, les fleurs

Si vous durez pour nous.

Ou si durait la rivière.

(1980) 

L’étoile du mirage 

Mon amie m’a serré la main

Elle a dit : Je ne vais pas visiter ta chambre

Si tu veux. Restons ensemble pour l’éternité

Et je n’ai pas voulu

Car la robe de mariée — dans les magasins de mode —

Est une étoile qui tourne dans un mirage,

Et je frappe toujours de porte à porte

Et mon pas est un soupir et mes yeux sont de la brume

Et j’ai atteint enfin ma chambre à la fin du chemin

Et ma chatte mettait bas

Son miaulement est la douleur d’une femme la nuit où elle accouche de l’enfant

Une créature féminine seule qui met bas

Et les voisins sont restés immobiles

Et leur chat est resté à la fenêtre les yeux ensommeillés

Il lèche sa fourrure tachetée de blanc

Il lèche de sa fourrure la souffrance atavique de ma chatte

Elle est allée le trouver une de ces nuits,

Et ne lui a pas demandé une robe pour les noces !

Car la robe de mariée

Dans les magasins de mode

Est une étoile qui tourne dans un mirage !! 

Extraits de Qassaëd motafareqa

(poèmes épars) 

Maria 

Maria, ô serveuse du bar

Cette nuit, c’est la fête

Mais nous cachons les braises des soupirs !

Verse l’extase à notre santé, à notre santé

Verse l’amour

Nous sommes venus ce soir pour toi

Pour égayer l’existence vagabonde derrière le rayon du mystère fatal

A l’ombre des cils helléniques !

Qu’il est agréable de s’abandonner à la tristesse dans ton ombre

A l’ombre du cil noir  

Quoi, Maria ?

Les gens ici sont pareils aux gens là-bas en Grèce

Ils mènent une vie simple, aimables

Non, Maria

Les gens ici — dans les grandes villes — sont des horloges

Ils ne s’attardent pas

Ils ne s’arrêtent pas

Ils n’agissent pas

Des machines, des machines, des machines

ça suffit, Maria

Nous voulons des paroles où boire doucement l’oubli ! 

Quoi, ô dame de la joie ?

L’année prochaine, dans ma maison, une femme ?!

Elle est perdue, ô Maria, celle que je chérissais

Elle est morte dans les bras d’un autre

Mais à quoi sert le souvenir

A quoi sert le chagrin qui défait

Nous tous nous éclipsons la lumière du soleil et nous nous évadons

Assez, Maria

Nous voulons des paroles où boire doucement l’oubli 

Dis, Maria

Quand tu étais autrefois une enfant

Les cheveux jetant de l’ombre sur son front

Quel est le premier homme entré au paradis et qui s’est étendu sur les rivages !

Tu as attaché sur son front une mèche de ta nuit

Quand tu as chanté au premier amour

Nous avons chanté, Maria

Une chanson du temps de l’amour suave 

Qu’elle est jolie la mélodie

Son sens est presque interprété parole après parole

Chante-la à nouveau, chante 

Ne sois pas triste

Puisque tu es près de moi, alors souris

Entre tes mains mon existence est un trésor d’amour

Mes yeux sont la nuit … et mon visage est la lumière

Mes lèvres sont un vin pressé

Ma poitrine est le paradis qui t’est promis

Et mes bras, le coussin divin

Alors souris à l’amour, souris

Ne sois pas triste

Ne sois pas triste.

………………………….

Tant que je suis à côté de toi, Maria, je ne serai pas triste

Même si je suis maintenant une jeunesse qui était

Comme toi j’ai été un enfant

Levant beaucoup les yeux vers le soleil

Mais depuis que j’ai quitté mon pays

Les passions

Me broient, et j’ai connu ce qu’est marcher la tête baissée

Comme toi depuis que tu as quitté ton pays

Je me languis

De retourner un jour au soleil

De voir verdir dans l’aridité de ma vie l’abondance d’hier 

Dis, ô Maria

L’année prochaine, chacun de nous verra sa famille

Pour que je redevienne un enfant et que tu redeviennes une enfant

Mais cette nuit, nous sommes démunis

Verse ton chagrin, santé, santé !

Verse de l’amour

Car moi et mes compagnons

Nous sommes venus ce soir pour toi ! 

(1963)

La pluie 

La pluie tombe

Elle arrose les arbres

Et charge de fruits les branches vertes 

L’oubli révèle

Les histoires tendres

Les souvenirs d’un amour

Que le temps a perdu,

Il n’en reste que les ciselures dans les branches

Un cœur où dort une flèche

Et deux mots

Qui disparaissent dans une étreinte

Près de moi … deux papillons

Et toi, ô être aimé

Un oiseau qui s’apprête à voyager 

*** 

La pluie s’en va

Et les arbres se fanent

Et la poussière ensevelit les images et les ciselures 

Et les peines s’abattent

Et elles effacent les couleurs

Et le cœur

Et les lignes brisées

Et les deux noms

La vieille mite ronge le bois des branches

Et les oiseaux bleus s’en vont

Sans adresse

Ils se demandent où sont allées nos passions

Ils demandent de ce qui était

Ce qui était, ô mon amour

Un rêve qui est passé ! 

Et la pluie tombe

Et la pluie s’en va

Et la pluie tombe

Et la pluie s’en va

Et les cœurs mon amour

Attendent toujours l 

Extraits de Maqtal al-qamar

(meurtre de la lune) 

Traduction de Suzanne Lackany 

Œuvres complètes, Le Caire, Madbouli, 2005.

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Amal Donqol 

Mohamad Amal Donqol est né en 1940 dans le village de Qalaa, dans le gouvernorat de Qéna (Haute-Egypte). Il est mort à l’âge de 43 ans, le 21 mai 1983, après 3 ans de lutte contre le cancer. Son premier recueil de poèmes, publié en 1969, était Al-Bokaa bayna yaday Zarqaa Al-Yamama (pleurs entre les mains de Zarqaa Al-Yamama). La parution de ce recueil a placé Amal Donqol au premier plan des poètes égyptiens et arabes. Ses écrits sont emplis de révolte et s’axent autour de thèmes artistiques, stylistiques et imaginaires auxquels la poésie alors n’était pas habituée, ainsi que des personnages traditionnels inspirés du patrimoine arabe ou non.

Par la suite, au cours de sa carrière, d’autres recueils furent édités : Taaliq ala ma hadas (commentaire sur ce qui s’est passé), Maqtal al-qamar (le meurtre de la lune), Al-Ahd al-ati (le temps à venir), Aqwal min harb al-bassous (à propos de la guerre de Bassous).

Awraq al-ghorfa 8 (feuillets de la chambre 8) est le dernier recueil qu’il a écrit alors qu’il était malade.

 

 




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