Sanctions des Monopoles.
Après l’adoption des nouvelles modifications de la loi
sur la protection de la concurrence et de la lutte contre
les monopoles, le ministre du Commerce et de
l’Industrie promet un autre round bientôt. Une affaire de
lutte d’intérêts.
Toujours pas de quoi effrayer
Le
ministre, apparu la première fois, tendu et nerveux, a
essayé de simplifier l’affaire des articles 22 et 26 de la
loi sur la protection de la concurrence et de la lutte
contre les monopoles. « Ces modifications ne sont que
transitoires. Les lois anti-monopoles sont révisées partout
dans le monde, au maximum tous les deux ans. Il ne faut pas
regarder la moitié vide du verre. La sanction pécuniaire a
été multipliée par 30, et cela est une vraie avancée. On a
réclamé plus, mais la majorité a eu une opinion contraire.
C’est cela la démocratie », explique Rachid Mohamad
Rachid, ministre du Commerce et de l’Industrie qui a invoqué
des raisons familiales à sa disparition d’une semaine. Car
cette disparition soudaine avait donné lieu à des rumeurs,
selon lesquelles le ministre aurait démissionné, n’ayant pas
trouvé à son goût l’attitude des députés PND qui ont modifié
sans crier gare son projet. Après cela, Rachid a
soudainement tenu samedi dernier une conférence de presse «
pour mettre les points sur les I ». Mais l’a-t-il vraiment
fait ? Pas du tout. Il en est sorti que la bataille de la
loi sur la protection de la concurrence et la lutte contre
les monopoles est loin d’être terminée puisque le ministre a
promis un nouveau round pour la prochaine session
parlementaire. Pourquoi ? Pour revoir à la hausse les
amendes pour exercices monopolistiques. Dans le projet
présenté par le ministre, ces amendes s’élevaient à 300
millions de L.E. ou à 10 ou 15 % du chiffre d’affaires. Les
députés n’ont retenu que le chiffre des 300 millions.
L’affaire n’oppose bizarrement pas la majorité à
l’opposition mais le gouvernement à ses propres députés.
On ne peut être à la fois juge et partie. En effet, cette
règle en vigueur dans les Etats de droit ne semble pas avoir
caractérisé cette toute récente modification de la loi sur
la protection de la concurrence et la lutte contre les
monopoles. En effet, après avoir adopté les modifications
présentées par le ministère du Commerce et de l’Industrie,
le Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) les a refusées
une fois de plus.
Il s’agit en fait des articles 22 et 26 concernant la
sanction en cas d’exercice de monopole et celle imposée à
celui présentant une plainte pour monopole. La raison : un
des membres du Parlement, Ahmad Ezz, le maître absolu du
marché du fer à béton en Egypte, l’enfant chéri du
gouvernement, a présenté une liste signée par 100 députés et
réclamant la réduction de la sanction imposée à l’entreprise
reconnue coupable d’exercice monopolistique. « Une amende de
300 millions de L.E. est largement suffisante. Le fait
d’imposer une sanction équivalente à 10 ou 15 % du chiffre
d’affaires est très sévère. Surtout que cette loi est encore
nouvelle. Il faut l’adapter graduellement à la réalité »,
justifie un responsable de l’entreprise Ezz pour le fer à
béton. « Quel sarcasme », répond un membre du Conseil
consultatif nommé par le président Moubarak qui a requis
l’anonymat. « Ces gens-là n’ont-ils pas honte de leurs
arguments ? 300 millions de L.E. sur des milliards de
profits annuels, c’est rien. Un taux de 10 % du chiffre
d’affaires pourrait en revanche paralyser leurs activités »,
explique-t-il. Il est vrai que les profits nets de Ezz en
2007 ont atteint 1,22 milliard de L.E., contre 955 millions
en 2006. Tandis que ses profits bruts (hors taxes et impôts)
ont atteint au cours de la même période 4 milliards de L.E.
Ces
nouvelles modifications confortent donc la domination de Ezz.
Mona Yassine, présidente de l’Organisme de la protection de
la concurrence et de la lutte contre les monopoles, l’avait
confié à Al-Ahram Hebdo : « Une amende plafond de 300
millions de L.E. n’empêchera pas les exercices
monopolistiques. Il faut fixer la sanction sur un
pourcentage des ventes pour que ce genre de pratique cesse
». Le ministre concerné et Samiha Fawzi, son assistante,
l’ont répété à maintes reprises. Mais, en Egypte, c’est la
loi du plus fort qui s’impose. Et cette fois, c’est la loi
de Ezz, malgré les recommandations du ministère chargé du
dossier. Alors, qui en est le responsable ? La commission
économique se dit innocente. De son côté, l’Assemblée du
peuple affirme que ce sont les membres de cette commission
qui ont recommandé de telles modifications. Corruption et
intérêts partagés semblent avoir la part belle dans ce petit
jeu.
Ce n’est pas tout. Car en plus d’avoir réussi à faire
déposer toutes les armes dressées contre lui, Ezz s’est
également garanti la loyauté de ses adversaires. Pour cela,
il a présenté au président de l’Assemblée du peuple une
liste signée par 20 députés réclamant que dans l’article 26
soit imposée une amende contre celui présentant une plainte
pour exercice monopolistique. « C’est vraiment la grande
surprise. Le PND a approuvé cet article. Vraiment, on ne s’y
attendait pas. Mais encore une fois, on doit respecter
l’opinion de la majorité », a déclaré Rachid. Comment
le premier accusé du monopole du fer peut-il être celui qui
dicte sa loi ? « Demandez-le au président de l’Assemblée du
peuple », a répondu Rachid à une question d’Al-Ahram
Hebdo.
Une
réponse à lire entre les
lignes.
Névine
Kamel