Al-Ahram Hebdo, Idées |Albert Cossery,  Un oublié de la culture égyptienne
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 Semaine du 25 juin au 1er juillet 2008, numéro 720

 

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Idées

Disparition. L’écrivain égyptien de langue française Albert Cossery vient de décéder dimanche à Paris à l’âge de 94 ans, dans l’hôtel où il résidait depuis plus de 60 ans. 

Un oublié de la culture égyptienne 

Ce choix de vivre dans un hôtel, qu’il avait fait, correspond à son esprit de dénuement et de sarcasme, un humour assimilé à la sagesse orientale, on pourrait dire égyptienne. Parce qu’en fait, Cossery est un vrai enfant du Caire, avec tout ce que cela représente comme vision de la vie. En dépit d’une longue absence du pays natal, on ne peut que toucher du doigt cette interaction avec sa ville natale qui, en dépit d’importants changements, reste la même dans le fond. Cossery était l’auteur de huit livres à la verve sarcastique traduits en une quinzaine de langues, très peu en arabe, voici le dilemme. Il s’est toujours plaint des versions arabes de ses ouvrages qui auraient été épurées plus ou moins par mesure de censure. Fils d’un père rentier, formé dans les écoles françaises du Caire, il a été initié tôt à la littérature française classique et a découvert Paris à l’âge de 17 ans. Il a vécu la bohème parisienne de l’après-guerre, avec ses amis Durrell, Genêt, Vian, Mouloudji ou Camus.

Son œuvre, qui fait l’éloge du dénuement et de la paresse conçus comme un art de vivre et une philosophie, met en scène le petit peuple du Caire, où il est né le 3 novembre 1913. A cet égard, Les fainéants dans la vallée fertile, (1948), qui campe une famille dont la paresse est cultivée comme une plante rare, reste dans ce contexte une vraie parabole. Un roman dont l’esprit rappelle ces légendaires « fainéants du sultan » faisant partie du patrimoine oral.

En dépit de cela, on peut dire que c’est un oublié de la culture égyptienne, alors qu’il a bien tenu, malgré son séjour permanent à Paris, de garder sa nationalité égyptienne. Asmaa Al-Bakri, réalisatrice égyptienne, a adapté au cinéma son plus célèbre roman Mendiants et orgueilleux, en 1991. Elle a exprimé sa « peine ». « J’aime ses idées à propos du dénuement et de la dérision face à la violence », a-t-elle dit. Un autre de ses romans La Maison de la mort certaine avait été adapté au cinéma en Egypte dans les années 1970 et ayant eu un effet de choc pour sa « noirceur » comme on l’avait dit à l’époque. Le dessinateur français Golo, un amoureux de l’Egypte, a fait de Mendiants et orgueilleux une très belle bande dessinée où s’incarne ce Caire où presque rien n’a changé et où Cossery a traîné sa bohème. Comme à Paris sans doute.

« Quelques jours avant son décès, cet homme magnifique faisait encore son tour habituel : cafés de Flore et des Deux Magots », a-t-on indiqué à la direction de l’hôtel du quartier de Saint-Germain des Près où il résidait.

Ahmed Loutfi

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