Disparition.
L’écrivain égyptien de langue française Albert Cossery vient
de décéder dimanche à Paris à l’âge de 94 ans, dans l’hôtel
où il résidait depuis plus de 60 ans.
Un oublié de la culture égyptienne
Ce choix de vivre dans un hôtel, qu’il avait fait,
correspond à son esprit de dénuement et de sarcasme, un
humour assimilé à la sagesse orientale, on pourrait dire
égyptienne. Parce qu’en fait, Cossery est un vrai enfant du
Caire, avec tout ce que cela représente comme vision de la
vie. En dépit d’une longue absence du pays natal, on ne peut
que toucher du doigt cette interaction avec sa ville natale
qui, en dépit d’importants changements, reste la même dans
le fond. Cossery était l’auteur de huit livres à la verve
sarcastique traduits en une quinzaine de langues, très peu
en arabe, voici le dilemme. Il s’est toujours plaint des
versions arabes de ses ouvrages qui auraient été épurées
plus ou moins par mesure de censure. Fils d’un père rentier,
formé dans les écoles françaises du Caire, il a été initié
tôt à la littérature française classique et a découvert
Paris à l’âge de 17 ans. Il a vécu la bohème parisienne de
l’après-guerre, avec ses amis Durrell, Genêt, Vian,
Mouloudji ou Camus.
Son œuvre, qui fait l’éloge du dénuement et de la paresse
conçus comme un art de vivre et une philosophie, met en
scène le petit peuple du Caire, où il est né le 3 novembre
1913. A cet égard, Les fainéants dans la vallée fertile,
(1948), qui campe une famille dont la paresse est cultivée
comme une plante rare, reste dans ce contexte une vraie
parabole. Un roman dont l’esprit rappelle ces légendaires «
fainéants du sultan » faisant partie du patrimoine oral.
En dépit de cela, on peut dire que c’est un oublié de la
culture égyptienne, alors qu’il a bien tenu, malgré son
séjour permanent à Paris, de garder sa nationalité
égyptienne. Asmaa Al-Bakri, réalisatrice égyptienne, a
adapté au cinéma son plus célèbre roman Mendiants et
orgueilleux, en 1991. Elle a exprimé sa « peine ». « J’aime
ses idées à propos du dénuement et de la dérision face à la
violence », a-t-elle dit. Un autre de ses romans La Maison
de la mort certaine avait été adapté au cinéma en Egypte
dans les années 1970 et ayant eu un effet de choc pour sa «
noirceur » comme on l’avait dit à l’époque. Le dessinateur
français Golo, un amoureux de l’Egypte, a fait de Mendiants
et orgueilleux une très belle bande dessinée où s’incarne ce
Caire où presque rien n’a changé et où Cossery a traîné sa
bohème. Comme à Paris sans doute.
« Quelques jours avant son décès, cet homme magnifique
faisait encore son tour habituel : cafés de Flore et des
Deux Magots », a-t-on indiqué à la direction de l’hôtel du
quartier de Saint-Germain des Près où il résidait.
Ahmed
Loutfi