Al-Ahram Hebdo, Idées |Blaise Hofmann,  Un écrivain du voyage
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 Semaine du 25 juin au 1er juillet 2008, numéro 720

 

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Idées

Littérature. Blaise Hofmann, écrivain suisse invité au Caire dans la résidence d’écriture organisée par Pro Helvetia, y a bouclé son dernier manuscrit. Tout en s’imprégnant des influences de la mégapole égyptienne. 

Un écrivain du voyage 

Une paire d’yeux bleus saisissants. Un petit tas de livres posés sur la table du café, les siens. Il attrape négligemment une cléopâtra de son emballage doré, s’en grille une en expliquant son parcours littéraire. Blaise Hofmann, jeune écrivain suisse de 30 ans, réside depuis deux mois dans une résidence d’écriture au Caire. Son deuxième roman, Estive, publié aux éditions suisses, Zoé vient d’être récompensé par le prix Bouvier, et c’est grâce à cette reconnaissance littéraire que Blaise Hofmann a pu résider au Caire quelques semaines. Ce « bourlingueur », comme il n’aime pas à se définir, a sillonné au cours des 10 dernières années le continent africain, l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Sud, la besace alourdie de notes, de tranches de vie prises sur le vif. Pour parfois en faire un livre. Parfois non. « En général, je ne me lance pas dans une nouvelle expérience dans l’unique but d’en faire un livre. Mais il se peut que cela arrive », explique-t-il, dans un français chantant aux inflexions helvétiques. Estive s’inspire de son expérience de berger dans les Alpes suisses. A l’origine, ce terme désigne un pâturage d’altitude où se trouvent de grandes prairies naturelles permanentes utilisées par les bergers lors des transhumances. Mais l’association d’idées que crée nécessairement le titre, qui mélange estival et esquive, est tout aussi appropriée pour aborder cet ouvrage. « Je suis issu d’une famille de paysans. Je n’ai pas baigné dans la culture livresque, et être berger dans la Suisse, bien crasseuse, après ces voyages, a constitué un retour aux sources », poursuit-il. « Malgré les apparences, je suis quelqu’un de très attaché à mon sol, un vrai sédentaire, et cette expérience au milieu des bêtes, au sommet des montagnes m’a encore ancré dans la terre suisse ». Comme la « belgitude » ou la « négritude », qui sont des termes assez bâtards, Blaise tente d’expliquer le concept de « suissitude », qui est à des années lumières des clichés des banques rebondies et du chocolat savoureux. « Je pense que le premier aspect est l’économie de mots. Bien sûr, en interview, je dois être prolixe, ce qui n’est pas représentatif de ma vraie nature ». Il poursuit, l’air enchanté : « Le nom verbal est très utilisé, ainsi qu’une certaine langueur qui s’apparente à de la lenteur, voici ce qu’est la suissitude, en plus de l’attachement coriace de l’homme à sa terre et un rapport aux reliefs très intense ». L’économie de paroles, de dialogue est manifeste dans Estive, où l’on trouve cet échange assez étonnant : Robert, assis dans l’herbe, d’un côté du troupeau. Moi, assis dans l’herbe, de l’autre. (…) Une parole, une seule. L’auteur explique, avec des phrases courtes et dynamiques, qu’il ne reste plus que deux bergers en Suisse. Cela fait maintenant 5 ans que les transhumances depuis les Alpes jusqu’à la plaine se sont éteintes, mais ce roman n’a pas de visée « mélancolique néo baba », il ne s’agit pas d’un témoignage sur la vie de berger. La structure même du roman est déstructurée et suit le seul fil rouge des réflexions de l’auteur, qui fait de la solitude un solide allié intellectuel. Le style, haché, saccadé, est truffé de passages ironiques : (mon grand-père du côté de ma mère, paysan jusqu’au bout des bottes, proteste, mi-figue, mi-raisin. Lui payer l’université et le voilà qui finit moutonnier !)

En réalité, Blaise Hofmann n’est pas seulement écrivain. Pour financer ses voyages, qui souffrent généralement de moult détours, il est enseignant d’Histoire et de lettres en Suisse et remplace des collègues quelques mois par an. Au Caire, il a bouclé le manuscrit Ensemble vide, son dernier roman qui paraîtra en janvier 2009 aux Editions Zoé. « J’ai vécu comme un moine ici, mais il est certain que Le Caire aura une influence sur mes futurs écrits. J’aimerais me mettre à écrire sur cette ville à mon retour, et compiler les différents articles publiés sur le blog Notre Mer : un tour de la Méditerranée février juillet 2008*, pour en faire un roman ». « Les écrivains égyptiens ont une approche de l’écriture qui est saine, plus narrative, avec une tradition orale très présente, moins formaliste, moins hermétique qu’en Occident ».

Blaise Hofmann quitte le sol égyptien dans quelques jours, le nomade reprend à nouveau le pas sur le sédentaire, et file vers la frontière israélienne. « L’écriture, c’est une réaction au voyage », annonce-t-il, ému. « C’est ce qui me tient ensemble ».

Louise Sarrant

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