Prix d'Etat.
L’édition de cette année, la 41e, marquée par le doublement
de la valeur des prix, a autant joué l’équilibre que les
précédentes. Tout en évitant soigneusement l’actualité
polémique.
Rendez-vous sans surprise
Même
si la désignation des lauréats a été tout aussi laborieuse
que les années précédentes, avec près de sept heures de
délibération du Conseil Suprême de la Culture (CSC), la
plupart des noms pressentis ont été primés. Le prix
Moubarak, dont la valeur, tout comme celle des autres prix,
a doublé cette année (400 000 L.E.),
a
été attribué à titre posthume à deux lauréats. Un fait qui
n’a pas manqué d’être relevé par les observateurs, dont
certains se demandaient pourquoi l’on attendait le décès de
certaines personnalités pour reconnaître la valeur de leur
apport aux sciences de leur pays. En arts (théâtre), il
s’agit de Saad Ardach, et pour les lettres, de Ragaa Al-Naqqach,
critique littéraire. Le nom d’Al-Naqqach jouissait d’une
quasi-unanimité, et avait même été soutenu par Bahaa Taher
qui avait retiré sa propre candidature pour mettre plus de
chances du côté d’Al-Naqqach.
Taher était déjà lauréat du prix Booker arabe 2008, tout
comme le romancier Edouard Al-Kharrat, lui aussi candidat au
prix Moubarak, déjà lauréat du prix du roman 2008, également
attribué par le CSC. Dans le domaine des sciences sociales,
le prix Moubarak va au pédagogue Hamed Ammar.
Côté
prix d’Estime (200 000 L.E.), dans le domaine des arts,
c’est
Ossama Anouar Okacha, auteur de scénarios célèbres ; la
musique était à l’honneur avec le pianiste Ramzi Yassa, la
sculpture avec Sobhi Guirguis, tandis qu’Ahmad Nawwar,
considéré comme proche du ministre de la Culture, est rentré
bredouille. En lettres, le romancier qui a fait d’Alexandrie
sa muse, Ibrahim Abdel-Méguid, a été primé et, côté
Excellence (100 000 LE), la romancière Neamat Al-Béheiri
était parmi les lauréates.
Tous prix confondus, 1
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n’ont pas été attribués cette année, pour manque de
candidats remplissant les conditions nécessaires, malgré une
proposition faite le matin même par Mohamed Salmawy,
président de l’Union des écrivains, d’interdire la non
attribution. Un phénomène qui a touché particulièrement les
prix d’Encouragement (50 000 L.E.)., mais dont seuls 20 ont
été attribués cette année (sur 32). Au nombre des gagnants
en lettres, on remarquait le nom de Mekkawi Saïd, l’auteur
de Taghridet al-bagaa (le Chant du cygne, voir Hebdo n°715),
qui faisait partie des six noms sélectionnés pour le Booker
arabe. Côté « sciences sociales », on remarquait Waël Lotfi,
auteur de Zaheret al-doaat al-godod, (le phénomène des
nouveaux prédicateurs, voir Hebdo n°590). En arts, citons le
jeune réalisateur Mohamad Aboul-Kheir, primé pour sa mise en
scène de l’opérette Miramar, ainsi que Wissam Soliman,
l’auteure du scénario de Banat West Al-Balad (les filles du
centre-ville).
Malgré
les débats de la matinée, sur les modalités du vote, et sur
les institutions habilitées à proposer des candidatures pour
ce prix — d’aucuns soutenant que la Bibliothèque
d’Alexandrie devrait avoir ce droit — cette édition aura été
assez calme. Même le coup de gueule du poète Ahmad Abdel-Moeti
Hegazi, s’étonnant de ne pas voir le nom de Alaa Al-Aswani
proposé à aucun prix, n’a pas provoqué de grande polémique.
L’attention,
dans les coulisses, était centrée sur une autre
polémique, celle soulevée par
les déclarations toutes fraîches de M. Farouk Hosni au
quotidien israélien Yediot Aharonot. De nombreux
intellectuels, parmi lesquels Sonallah Ibrahim, Bahaa Taher,
Amina Rachid, Sayed Bahrawi, avaient immédiatement réagi à
cette interview dans un communiqué soulignant que « le seul
fait d’avoir accordé un entretien à un journal israélien
était une forme de normalisation avec l’ennemi qui n’a de
cesse de violer des terres arabes ». A la fin de la séance
de délibérations et dès qu’il eut annoncé les noms des
lauréats, Hosni s’est levé, coupant ainsi court à la
conférence de presse, et à toutes les questions « hors sujet
» qui auraient pu être gênantes.
Dina
Heshmat