Al-Ahram Hebdo,Environnement | La lente mutation
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 Semaine du 25 juin au 1er juillet 2008, numéro 720

 

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Environnement

Agriculture Biologique. La tendance s’installe peu à peu en Egypte, grâce à des formations proposées aux cultivateurs. Sa production est surtout destinée à l’exportation. Reportage dans une ferme du Fayoum.

La lente mutation

Pour changer les choses, il faut d’abord commencer par soi-même. C’est ainsi qu’ont procédé les propriétaires de la ferme Genchou dans le gouvernorat du Fayoum, à quelque 140 km au sud-ouest du Caire, pour opérer leur mutation vers l’agriculture biologique : sans insecticides ni engrais chimiques. Dans les années 1990, cette ferme comptait 10 feddans (4,2 ha). Aujourd’hui, ses cultures biologiques s’étendent sur 3 500 feddans (9 870 ha). En arrivant sur le site, les champs s’étendent à perte de vue. On trouve de tout : arbres fruitiers, légumes, rizières, palmiers, oliviers, cultures maraîchères, plantes aromatiques, comme la menthe, et même des plantations de coton ou de vigne. « Toutes nos cultures sont biologiques. Ici, on remet au goût du jour les méthodes de nos ancêtres », précise Hag Mohamad Abdel-Guélil Al-Kholi, qui a aussi suivi l’exemple de Sekem, entreprise dans l’agriculture biologique moderne en Egypte, fondée en 1978. Al-Kholi rêverait de voir un jour tous les champs du Fayoum cultivés bio. « Aujourd’hui, l’agriculture biologique a gagné 10 % des champs du Fayoum. Notre objectif est d’atteindre les 25 % en 2012 et les 100 % en 2025 », indique Al-Kholi avec espoir. Il ajoute non sans fierté que la ferme de Genchou a déjà formé 1 800 paysans aux techniques de l’agriculture biologique, en coopération avec l’Association du Fayoum pour l’agriculture biologique, sous l’égide du Laboratoire central de l’agriculture biologique. « Car pour se lancer dans l’aventure bio dans les champs du Fayoum, il faut d’abord apprendre aux agriculteurs comment faire », déclare Mohamad Al-Médani, responsable de l’Association du Fayoum pour l’agriculture biologique. Son association organise des formations dans ce sens, trois fois par semaine. Assis les uns à côté des autres, les paysans suivent avec attention l’enseignement dispensé dans la ferme. Le lieu revêt des allures de classe d’école. Les têtes sont rivées vers le professeur de l’Université d’agronomie qui inventorie les techniques innovantes en matière d’agriculture biologique. Pour la première fois, les paysans reçoivent des informations contraires à celles diffusées par le programme télévisé Sirr al-ard (secret de la terre) qui les encourage à utiliser les produits chimiques. « Nous avons appris que pour éviter les insectes, on peut poser des loupes un peu partout sur la parcelle, ce qui permet de refléter les rayons du soleil et de les faire fuir et même de les tuer », avance Amareddine, paysan. Mais il émet des réserves sur ces méthodes d’agriculture naturelle, car pour lui, elles risquent de faire perdre 20 % de la récolte. « La perte s’échelonnera seulement sur les cinq premières années, elle se compensera au fur et à mesure. Et puis, le produit exempt de matières chimiques est bien meilleur pour la santé », lui répond l’enseignant. Convaincre les esprits sur les bienfaits de l’agriculture biologique n’est pas une tâche facile. « La rentabilité économique est très importante pour convaincre un paysan », explique l’ingénieur Ahmad Rachad. « Pour un feddan de tomates (0,42 ha), il faut entre 600 et 700 L.E. d’insecticides dans la culture normale, contre 400 L.E. avec l’agriculture bio », explique le professeur. Ayad, paysan, ne partage pas cet avis. « La productivité du premier va être plus importante », fait-il remarquer. « Oui, mais les produits seront vendus plus cher, les acheteurs sont prêts à payer pour un produit sain », lui répond un autre paysan qui cultive biologiquement cinq feddans (2,1 ha) sur les vingt qu’il possède.

Entreprise complexe

En effet, la seule concession que certains agriculteurs ont accepté de faire est de ne consacrer qu’une petite parcelle de leurs terres à cette nouvelle tendance. « La hausse des prix des engrais chimiques et des insecticides nous a encouragés à nous orienter vers le bio : On paye 270 L.E. les 50 kg de potassium, contre 60 L.E. pour les matières naturelles », ajoute Hag Ali Al-Esseili, grand cultivateur au Fayoum. Et pour cultiver bio, il est préférable de débuter par les herbes et les plantes médicinales. « Ce genre de plantes est moins fragile que les fruits et légumes. Elles peuvent être emballées et stockées pendant six à douze mois facilement », note Al-Sayed Naïm, propriétaire de la Ferme égyptienne d’agriculture biologique organique qui a commencé ses activités en 2002.

La culture bio est de plus une entreprise complexe, qui demande beaucoup de temps et de labeur. Une autre raison qui tire le prix de ces produits vers le haut. « Le prix de la récolte d’un kilo de concombres bio revient à 6 L.E., contre 50 piastres pour le normal. Le prix d’un feddan de tomates bio est évalué à 1 000 L.E., contre 400 L.E. pour le non bio. Quant aux fruits et légumes déshydratés, ils coûtent plus cher. Par exemple, la tonne d’oignons lyophilisés revient à 4 500 L.E. et le prix de sa transformation en huile varie entre 40 et 200 L.E. C’est la raison pour laquelle notre production est uniquement destinée à l’exportation », note le Dr Omar Talaat Osmane, propriétaire d’une entreprise d’exportation de produits bio. Un constat en demi-teinte, car il ne profite que peu aux consommateurs locaux.

Manar Attiya

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