Al-Ahram Hebdo, Enquête | Un « non » populaire à l’exportation du gaz
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 25 juin au 1er juillet 2008, numéro 720

 

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Enquête

Gaz Naturel. La société civile est lancée dans une nouvelle bataille : reconsidérer les termes des marchés déjà conclus, et jugés peu profitables à l’Egypte, mais surtout annuler le contrat avec Israël.  

Un « non » populaire
à l’exportation du gaz
 

« Il faut dire non ». La formule du refus fait désormais partie du quotidien politique des Egyptiens. Mais elle a pris un relief particulier lorsque la société civile s’est mobilisée contre la vente ou l’exportation du gaz naturel. Une campagne a été lancée contre ces marchés en tant que tels étant donné que leur valeur économique est jugée douteuse ? Mais il y a surtout l’exportation de ce produit énergétique vers Israël. L’accord, dans ce sens, avec un Etat hébreu, est vécu par la majorité de la société égyptienne comme une félonie. C’est donc un ample mouvement de refus. Plus de 200 000 personnes ont soutenu jusqu’à présent la campagne populaire menée dans ce sens en signant des pétitions. Dans un style enthousiaste et solennel, les protestataires ont expliqué leur non : « Lorsque nos ressources naturelles deviennent permises à tous et qu’elles soient gaspillées devant nos propres yeux, toute personne honnête doit refuser cet état des choses et mettre fin à cette catastrophe ». C’est ainsi qu’a été lancée la campagne avec pour slogan « Non au revers du gaz », en allusion à l’autre revers, « naksa », qu’a été la défaite de juin 1967 face à Israël.

C’est à partir du 2 mai que l’ex-député indépendant Anouar Esmat Al-Sadate, a décidé de lancer cette campagne populaire, car, comme il l’a déclaré lui-même, il s’agit d’un gaspillage de nos ressources naturelles. Si l’on en croit les organisateurs, le mouvement regroupe près de 8 000 citoyens, toutes classes sociales confondues. Il comprend ainsi des députés, des membres des mouvements d’opposition, des journalistes, des avocats, des acteurs, des activistes des droits de l’homme et d’autres personnalités politiques. Il représente presque donc toutes les tranches de la société. Comme l’ont précisé ses animateurs.

L’Egypte a commencé en février dernier à honorer un contrat signé en 2005, avec un consortium privé égypto-israélien, EMG, portant sur la livraison de 7 milliards de m3 de gaz naturel à Israël sur les 15 ans. Ce qu’a été fixé à un prix de 0,75 dollars par millions unités britanniques.

 

Deux objectifs

Cette campagne vise dans le fond à réaliser deux objectifs fondamentaux. D’une part, il s’agit d’arrêter définitivement l’exportation du gaz vers Israël même si le prix prévu dans le contrat est élevé. D’autre part, il s’agit aussi de revoir et de réexaminer tous les contrats de vente et de hausser les prix d’exportation précisés sur ces contrats pour être au niveau des prix internationaux. Pour le magistrat Mahmoud Al-Khodeiri, ex-président du Club des juges d’Alexandrie et l’un des membres de la campagne : « le gaz naturel est l’une de nos richesses les plus importantes et nous n’acceptons pas qu’elle soit gaspillée à la légère. C’est pour cela que nous demandons de revoir l’ensemble des contrats signés dans ce domaine », et d’ajouter : « Mais en ce qui concerne le contrat conclu avec les Israéliens, la chose est différente. Nous exigeons qu’il y soit mis fin immédiatement. D’une part, car Israël est le premier ennemi des Arabes et d’autre part, parce qu’on soutient ainsi l’Etat hébreu et on lui fournit une force qu’il utilise contre les Palestiniens ».

Mais comme l’explique Sadate, le porte-parole et le coordinateur du mouvement, les activités de la campagne sont diverses et nombreuses. Il ne s’agit pas uniquement d’appeler à modifier les contrats, mais aussi d’essayer de donner conscience au plus grand nombre de citoyens égyptiens. « Si la campagne menée contre la société Agrium a réussi, la nôtre aussi pourra y parvenir et avoir son influence, surtout que la cause est aussi grave ou même plus que celle d’Agrium », affirme Sadate.

Un procès populaire prévu

 

En effet, les activistes ont décidé d’aller plus loin e

n organisant un procès populaire contre tous les membres du gouvernement qui ont soutenu ce contrat et qui pour eux ont commis un crime et « ces personnalités ne visent dans le fond qu’à servir leurs propres intérêts et non pas l’intérêt public. C’est pour cela que nous avons décidé de les juger », affirme Sadate. La liste des « coupables » est précise pour eux. Il s’agit de toute personne ayant aidé à ce contrat, en commençant par le premier ministre, Ahmad Nazif, le ministre du Pétrole, Sameh Fahmi, le président de la Société holding pour les gaz, Ahmad Latif, le président de la société Eastern Mediterranean Petroleum Gaz, Hussein Salem et enfin l’administrateur délégué de la même société, Mohamad Tawila. « Il est vrai qu’il ne s’agira que d’un simulacre de procès, mais n’empêche que cela exprimera l’avis du peuple », lance Georges Ishaq, membre du mouvement Kéfaya et l’un des pionniers de la campagne.

Cette idée de procès populaire n’a pourtant pas réalisé son objectif. Bien au contraire, ayant été annulée deux fois de suite, cette expérience a été jugée comme ayant échoué. En effet, les membres de cette campagne ont été surpris par le refus du conseil du Syndicat des avocats, ainsi que celui des journalistes, d’organiser ce procès dans leurs locaux. Réaction qui s’expliquerait par des instructions d’ordre sécuritaire données par les autorités. « Je ne suis pas d’avis que le procès a échoué. Au contraire, ce refus a donné à notre cause plus d’importance. Quant au jugement, il aura lieu à n’importe quel prix et il ne manque qu’un local pour le faire », affirme Ishaq. Une promesse à laquelle tiennent tous les membres de cette campagne qui ont affirmé que suite au procès, des marches de protestation et des sit-in sont prévus pour faire entendre de plus en plus leurs voix.

D’un autre côté, le juge Mahmoud Al-Khodeiri a commencé depuis le 8 juin à faire circuler une pétition pour rassembler un million de signatures de citoyens qui sont contre la vente du gaz égyptien à travers soit le site Internet :

www.Keepourgas.blogspot.com ou en profitant des grands colloques faits à ce propos pour rassembler le plus de signatures. Jusqu’à présent, les réactions sont positives. la pétition compte plus de 200 000 signatures et ce nombre ne cesse d’augmenter.« Je voudrais signaler que les jeunes sont très conscients et qu’ils sont très nombreux à rejoindre notre mouvement. Le site du facebook nous a beaucoup aidés à faire parvenir notre voix à ces jeunes qui sont le cadre le plus important de notre société », dit le juge.

Essayant aussi de trouver un soutien religieux, Al-Khodeiri n’a pas hésité à appeler le cheikh d’Al-Azhar pour donner une fatwa concernant cette affaire de vente à Israël. Mais ce dernier a décidé d’observer un silence total.

Jusque-là, cette campagne n’a pas pu réaliser grand-chose de concret face au gouvernement, mais la résistance grandit et s’exprime par le refus de plus de 200 000 Egyptiens à ces contrats. L’effet boule de neige continue.

Chaïmaa Abdel-Hamid

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« On n’exporte
qu’une part minime
du gaz naturel à lsraël »
 

Ibrahim Al-Essawi, expert pétrolier et ex-premier secrétaire d’Etat à l’Energie, minimise l’importance des contrats gaziers avec l’Etat hébreu. Entretien. 

Al-Ahram Hebdo : Que pensez-vous du débat soulevé ces jours-ci en Egypte autour de l’exportation du gaz naturel ?

Ibrahim Al-Essawi : A mon avis, l’exportation du gaz naturel est aujourd’hui une grande nécessité pour le pays. Et ce, pour apporter plus de devises étrangères. N’oublions pas aussi que notre production de pétrole brut et son exportation commencent à diminuer. Alors, recourir à l’exportation du gaz devient une nécessité. Et il n’y a rien à craindre. Le ministère de l’Energie avait déclaré qu’il n’exportait pas plus de 30 % de la production, ce qui exclut aussi les réserves. Moi, j’étais l’un des premiers à m’opposer à l’exportation du gaz et j’aurais voulu que soient préservées toute la production ainsi que celle du pétrole pour la consommation locale. Mais ceci ne peut s’appliquer qu’à un pays riche qui n’a pas besoin de vendre. Et puisque ce n’est pas le cas pour nous, il faut exporter. C’est une pratique qui a commencé il y a 60 ans.

— Mais tout de même, l’opinion publique critique fortement les exportations à Israël. Que lui répondez-vous ?

— Je pense que ces critiques sont sans fondement. Il y a des gens qui prétendent être experts et qui parlent sans rien connaître de la réalité. Il y en a d’autres, malheureusement, qui cherchent à faire de  l’héroïsme aux dépens de l’intérêt de l’Etat. En fait, on n’exporte qu’une part très minime du gaz naturel à lsraël. Elle est évaluée seulement à 1,5 % de la quantité exportée. Israël n’est donc pas pour nous un grand importateur, comme c’est le cas avec la France et l’Espagne, avec qui nous avons signé de gros contrats. Ensuite, l’Egypte en tant qu’Etat n’exporte pas de gaz à Israël. C’est plutôt un accord entre deux compagnies. Enfin, le ministre du Pétrole avait déclaré qu’il négocie actuellement le prix. Je me demande : pourquoi ce soulèvement intervient-il aujourd’hui ? Il y a bien eu les accords QIZ ... Et puis, on a exporté de 1978 à 1993 à Israël du pétrole brut sans faire l’objet de telles critiques. De toute façon, cela relève de la politique. Moi, j’ai confiance en elle et je pense qu’il y a des enjeux politiques dans cette affaire.

— Pourquoi les prix du gaz sont-ils tenus secrets et les contrats non soumis à l’Assemblée du peuple ?

— Les prix du gaz dans tous les contrats avec n’importe quel pays sont une affaire secrète. C’est le cas partout dans le monde. Il s’agit de contrats à long terme. Il y a une clause dans ces contrats que l’on nomme clause confidentielle. Et cela pour l’intérêt général. Par exemple, si je vends à un pays à un certain prix, je peux vendre à un autre pays à un prix plus élevé. Quant au fait de soumettre ces contrats à l’Assemblée du peuple, les contrats commerciaux de tous genres ne devraient pas l’être. Faut-il passer par le Parlement, par exemple, pour exporter du coton ou des fruits ?

— Dans les exploitations gazières, comment est déterminée la part du partenaire étranger ?

— Elle est déterminée d’après une adjudication internationale de forage et d’exploration et celui qui présente la meilleure offre l’emporte. On déduit du montant total de la production entre 25 et 30 % des dépenses pendant une période maximum de 4 ans. Le reste est réparti entre le partenaire étranger et le gouvernement respectivement 40 % et 60 % environ. Cette répartition est fixée en vertu d’un accord dont la durée est souvent d’une vingtaine d’années. L’accord doit être approuvé par le Parlement, puis par la présidence. Pourtant en attendant le réexamen des prix des exportations, l’Assemblée du peuple a décidé la semaine dernière que seul le partenaire étranger est autorisé à vendre sa part. Quant au gouvernement, il lui est interdit d’exporter jusqu’à 2010. Jusqu’à cette date, aucun nouvel accord ne sera signé.

— Quel est l’état actuel des réserves, de la production et de la consommation locale ?

— La dernière réserve déclarée de gaz est de 73 trillions de pieds cubes. Quant à la production, elle est évaluée à 6 400 millions de pieds cubes par jour. 29 % de la production est destinée à l’exportation et 71 % à la consommation locale. De cette dernière, 60 % vont aux générateurs électriques, 7% sont utilisés dans certaines industries comme le ciment, la céramique, les engrais et le fer. Le 3 % restant est la part de la consommation des foyers.

Propos recueillis par
Aliaa Al-Korachi

 




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