Gaz Naturel.
La société civile est lancée dans une nouvelle bataille :
reconsidérer les termes des marchés déjà conclus, et jugés
peu profitables à l’Egypte, mais surtout annuler le contrat
avec Israël.
Un « non » populaire
à l’exportation du gaz
«
Il faut dire non ». La formule du refus fait désormais
partie du quotidien politique des Egyptiens. Mais elle a
pris un relief particulier lorsque la société civile s’est
mobilisée contre la vente ou l’exportation du gaz naturel.
Une campagne a été lancée contre ces marchés en tant que
tels étant donné que leur valeur économique est jugée
douteuse ? Mais il y a surtout l’exportation de ce produit
énergétique vers Israël. L’accord, dans ce sens, avec un
Etat hébreu, est vécu par la majorité de la société
égyptienne comme une félonie. C’est donc un ample mouvement
de refus. Plus de 200 000 personnes ont soutenu jusqu’à
présent la campagne populaire menée dans ce sens en signant
des pétitions. Dans un style enthousiaste et solennel, les
protestataires ont expliqué leur non : « Lorsque nos
ressources naturelles deviennent permises à tous et qu’elles
soient gaspillées devant nos propres yeux, toute personne
honnête doit refuser cet état des choses et mettre fin à
cette catastrophe ». C’est ainsi qu’a été lancée la campagne
avec pour slogan « Non au revers du gaz », en allusion à
l’autre revers, « naksa », qu’a été la défaite de juin 1967
face à Israël.
C’est à partir du 2 mai que l’ex-député indépendant Anouar
Esmat Al-Sadate, a décidé de lancer cette campagne
populaire, car, comme il l’a déclaré lui-même, il s’agit
d’un gaspillage de nos ressources naturelles. Si l’on en
croit les organisateurs, le mouvement regroupe près de 8 000
citoyens, toutes classes sociales confondues. Il comprend
ainsi des députés, des membres des mouvements d’opposition,
des journalistes, des avocats, des acteurs, des activistes
des droits de l’homme et d’autres personnalités politiques.
Il représente presque donc toutes les tranches de la
société. Comme l’ont précisé ses animateurs.
L’Egypte a commencé en février dernier à honorer un contrat
signé en 2005, avec un consortium privé égypto-israélien,
EMG, portant sur la livraison de 7 milliards de m3 de gaz
naturel à Israël sur les 15 ans. Ce qu’a été fixé à un prix
de 0,75 dollars par millions unités britanniques.
Deux objectifs
Cette campagne vise dans le fond à réaliser deux objectifs
fondamentaux. D’une part, il s’agit d’arrêter définitivement
l’exportation du gaz vers Israël même si le prix prévu dans
le contrat est élevé. D’autre part, il s’agit aussi de
revoir et de réexaminer tous les contrats de vente et de
hausser les prix d’exportation précisés sur ces contrats
pour être au niveau des prix internationaux. Pour le
magistrat Mahmoud Al-Khodeiri, ex-président du Club des
juges d’Alexandrie et l’un des membres de la campagne : « le
gaz naturel est l’une de nos richesses les plus importantes
et nous n’acceptons pas qu’elle soit gaspillée à la légère.
C’est pour cela que nous demandons de revoir l’ensemble des
contrats signés dans ce domaine », et d’ajouter : « Mais en
ce qui concerne le contrat conclu avec les Israéliens, la
chose est différente. Nous exigeons qu’il y soit mis fin
immédiatement. D’une part, car Israël est le premier ennemi
des Arabes et d’autre part, parce qu’on soutient ainsi
l’Etat hébreu et on lui fournit une force qu’il utilise
contre les Palestiniens ».
Mais comme l’explique Sadate, le porte-parole et le
coordinateur du mouvement, les activités de la campagne sont
diverses et nombreuses. Il ne s’agit pas uniquement
d’appeler à modifier les contrats, mais aussi d’essayer de
donner conscience au plus grand nombre de citoyens
égyptiens. « Si la campagne menée contre la société Agrium a
réussi, la nôtre aussi pourra y parvenir et avoir son
influence, surtout que la cause est aussi grave ou même plus
que celle d’Agrium », affirme Sadate.
Un procès populaire prévu
En effet, les activistes ont décidé d’aller plus loin e
n organisant un procès populaire contre tous les membres du
gouvernement qui ont soutenu ce contrat et qui pour eux ont
commis un crime et « ces personnalités ne visent dans le
fond qu’à servir leurs propres intérêts et non pas l’intérêt
public. C’est pour cela que nous avons décidé de les juger
», affirme Sadate. La liste des « coupables » est précise
pour eux. Il s’agit de toute personne ayant aidé à ce
contrat, en commençant par le premier ministre, Ahmad Nazif,
le ministre du Pétrole, Sameh Fahmi, le président de la
Société holding pour les gaz, Ahmad Latif, le président de
la société Eastern Mediterranean Petroleum Gaz, Hussein
Salem et enfin l’administrateur délégué de la même société,
Mohamad Tawila. « Il est vrai qu’il ne s’agira que d’un
simulacre de procès, mais n’empêche que cela exprimera
l’avis du peuple », lance Georges Ishaq, membre du mouvement
Kéfaya et l’un des pionniers de la campagne.
Cette idée de procès populaire n’a pourtant pas réalisé son
objectif. Bien au contraire, ayant été annulée deux fois de
suite, cette expérience a été jugée comme ayant échoué. En
effet, les membres de cette campagne ont été surpris par le
refus du conseil du Syndicat des avocats, ainsi que celui
des journalistes, d’organiser ce procès dans leurs locaux.
Réaction qui s’expliquerait par des instructions d’ordre
sécuritaire données par les autorités. « Je ne suis pas
d’avis que le procès a échoué. Au contraire, ce refus a
donné à notre cause plus d’importance. Quant au jugement, il
aura lieu à n’importe quel prix et il ne manque qu’un local
pour le faire », affirme Ishaq. Une promesse à laquelle
tiennent tous les membres de cette campagne qui ont affirmé
que suite au procès, des marches de protestation et des
sit-in sont prévus pour faire entendre de plus en plus leurs
voix.
D’un autre côté, le juge Mahmoud Al-Khodeiri a commencé
depuis le 8 juin à faire circuler une pétition pour
rassembler un million de signatures de citoyens qui sont
contre la vente du gaz égyptien à travers soit le site
Internet :
www.Keepourgas.blogspot.com ou en profitant des grands
colloques faits à ce propos pour rassembler le plus de
signatures. Jusqu’à présent, les réactions sont positives.
la pétition compte plus de 200 000 signatures et ce nombre
ne cesse d’augmenter.« Je voudrais signaler que les jeunes
sont très conscients et qu’ils sont très nombreux à
rejoindre notre mouvement. Le site du facebook nous a
beaucoup aidés à faire parvenir notre voix à ces jeunes qui
sont le cadre le plus important de notre société », dit le
juge.
Essayant aussi de trouver un soutien religieux, Al-Khodeiri
n’a pas hésité à appeler le cheikh d’Al-Azhar pour donner
une fatwa concernant cette affaire de vente à Israël. Mais
ce dernier a décidé d’observer un silence total.
Jusque-là, cette campagne n’a pas pu réaliser grand-chose de
concret face au gouvernement, mais la résistance grandit et
s’exprime par le refus de plus de 200 000 Egyptiens à ces
contrats.
L’effet
boule de neige continue.
Chaïmaa Abdel-Hamid