Al-Ahram Hebdo, Egypte | A l’épreuve des faits
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 Semaine du 25 juin au 1er juillet 2008, numéro 720

 

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Egypte

Examens. La fuite des sujets du baccalauréat, révélée la semaine dernière, continue à faire des remous. 16 personnes ont été arrêtées dans le cadre de l’enquête.

A l’épreuve des faits

Les faits remontent à la semaine dernière dans 3 villes du gouvernorat de Minya à savoir Bandar Al-Minya, Mataya et Bani Mazar, lorsque des plaintes ont été envoyées au ministère de l’Education affirmant que des épreuves du baccalauréat étaient vendues dans les rues jusqu’à 800 L.E. le sujet. Le procureur général qui s’est rendu cette semaine à Minya a déclaré que « personne n’échappera à la punition ». La fuite des épreuves du baccalauréat continue à soulever des remous. De fait, 16 personnes ont été arrêtées dans le cadre de l’enquête lancée par le Parquet général. L’enquête a donné lieu à une surprise de taille lorsque l’un des suspects, un employé de la compagnie d’électricité, a reconnu qu’il procédait à ce trafic des épreuves depuis trois ans déjà, et ce avec la complicité du président de la commission des examens de l’école secondaire de Bani Mazar (chargé de la distribution des sujets) afin de les vendre à certains députés et autres personnalités importantes dont les enfants passaient le bac.

Avec ces aveux à sensation, l’affaire a pris une nouvelle tournure incitant plusieurs députés à demander des éclaircissements au gouvernement, certains allant jusqu’à réclamer la démission du ministre. « C’est une affaire très dangereuse qui touche la sécurité sociale. Il faut faire la lumière sur cette affaire rapidement et punir les vrais coupables », déclare Alaa Mékkawi, député du PND de Minya. Le directeur général de l’administration de l’Education au gouvernorat de Minya a été suspendu de ses fonctions et le ministre, Yousri Al-Gamal, a formé un comité chargé de suivre le déroulement des examens et de renforcer le contrôle sur les sujets. « Nous sommes une cinquantaine de membres au sein de ce comité. Notre travail consiste à suivre le trajet des sujets depuis le centre de distribution jusqu’aux mains des élèves pour éviter d’autres failles », affirme Hassan Al-Cheikh, président du comité.

Avant de parvenir aux mains des élèves, le trajet des sujets du bac est long. Ils sont imprimés dans les imprimeries du ministère de l’Education puis acheminés dans des caisses fermées vers les gouvernorats, sous escorte. Dans chaque gouvernorat, existe un centre de distribution, qui siège d’habitude dans une école. Ce centre est géré par une commission formée d’un représentant du ministère de l’Education, qui est le président de la commission, d’un représentant de sécurité (ministère de l’Intérieur) et d’un autre de l’Organisme de la défense civile. Les caisses sont ouvertes et les sujets placés dans des enveloppes scellées à la cire, envoyées dans les écoles où se déroulent les examens. En principe, les enveloppes ne sont ouvertes que dans les écoles et quelques exemplaires restent en réserve dans le centre de distribution en cas de problème. La fuite des sujets a eu lieu pendant l’une des étapes de ce trajet. « Des enveloppes renfermant des sommes d’argent ont été trouvées avec le président du comité des examens », explique Haggag Al-Husseini, journaliste et responsable du bureau d’Al-Ahram à Minya et l’une des personnes ayant dévoilé l’affaire. Et d’expliquer que la fuite des épreuves n’est pas un phénomène nouveau. Elle a toujours existé mais elle était limitée aux enfants de certaines personnalités comme les députés.

Or là, cela est devenu un commerce. Les sujets d’examens sont vendus entre 10 et 800 L.E. en fonction de la proximité de la date des examens. Ainsi, un sujet vendu deux semaines avant l’examen coûte-t-il beaucoup plus cher qu’un sujet pour l’examen du jour même. C’est donc un véritable trafic.

Un scénario similaire à celui du gouvernorat de Minya, est survenu il y a 5 ans dans le gouvernorat de Guiza. A l’époque, plusieurs responsables au ministère de l’Education avaient été condamnés. Si cette affaire des sujets du bac a pris tant d’ampleur, c’est parce que les médias indépendants et la presse l’ont transformée en procès d’opinion publique. L’affaire met l’accent sur « le complexe » que constitue désormais le bac en Egypte. Ne pas avoir son bac est synonyme de rater sa vie professionnelle et même sa vie tout court. Pour preuve : ces scènes de panique et d’hystérie de certains parents accueillant leurs enfants à la sortie des salles d’examen. Le gouvernement n’avait d’autre solution que d’agir. Il doit maintenant faire face à des procès exigeant de réorganiser les examens.

Sabah Sabet

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