Impôts fonciers.
La nouvelle loi fait passer le taux de 40 à 10 %. Mais elle
est aussi l’objet de fortes critiques en raison de
l’assiette retenue, qui favoriserait la couche sociale la
plus aisée.
Une nouvelle logique
« L’Etat prétend qu’il impose aux riches pour redistribuer
aux pauvres, alors qu’il fait exactement le contraire
». C’est le commentaire désabusé de Hamdi Hassan, député des
Frères musulmans, sur la loi sur l’impôt foncier que
l’Assemblée du peuple vient d’approuver à quelques heures de
la fin de la saison parlementaire. Il conteste l’assiette de
l’impôt qui veut que chaque appartement soit considéré
individuellement, et ne considère pas l’ensemble des
propriétés d’une personne comme un tout. Ce qui crée, selon
lui, une grave distorsion. Ainsi, le propriétaire d’un
village touristique possédant par exemple 100 unités de
logement, chacune d’une valeur estimée inférieure à 500 000
L.E. ne sera-t-il pas assujetti à l’impôt foncier. « Alors
qu’une autre personne qui a travaillé toute sa vie et qui a
acheté un seul appartement dont la valeur dépasse les 500
000 L.E. y sera assujetti. La loi favorise donc les riches
», estime-t-il. L’opposition au sein du Parlement, toutes
sensibilités confondues, émet plus ou moins les mêmes
réserves sur la loi. Mais le Parti National Démocrate (PND),
qui bénéficie de la majorité des sièges, a fait passer la
loi en quelques jours.
Lors des discussions, plusieurs députés du PND ont proposé
que le bien immobilier utilisé comme foyer principal soit
exempté. Quelques députés du PND ont voté pour. Mais l’un
des hommes forts du parti au pouvoir, Ahmad Ezz, s’y est
vite opposé et aussitôt, le vote a eu lieu sur le texte
initial.
Plafond d’exemption à 500 000 L.E.
Ainsi, selon la loi, tout propriétaire d’un appartement dont
le loyer annuel dépasse les 6 000 L.E. doit payer un impôt
équivalent à 10 % de cette somme, après s’être exempté d’une
somme de 30 % de la valeur du loyer, pour couvrir les frais
d’entretien. Le gouvernement défend ardemment sa loi : « On
ne va pas calculer l’impôt selon les vrais loyers. On a
estimé que le loyer d’un appartement dont la valeur est de
500 000 L.E. est de 6 000 L.E. par an, un chiffre
considérablement inférieur aux loyers d’aujourd’hui »,
défend Ismaïl Abdel-Rassoul, président de l’Organisme des
impôts fonciers. Ceci dit, les quartiers seront divisés en 4
catégories, de A à D. Les appartements seront, quant à eux,
divisés en 5 catégories de 1 à 5, selon leur niveau. Ainsi,
la valeur de l’impôt dont le propriétaire devra s’acquitter
dépend-elle de l’évaluation d’un comité spécial. Abdel-Rassoul
rappelle que selon l’ancienne loi promulguée en 1954, les
propriétaires d’appartement doivent payer en impôt 40 % de
la valeur du loyer, qui était révisé tous les 10 ans. La
dernière révision devait avoir lieu en 2000, soit après la
loi de libéralisation des loyers en 1996. « Mais, le
gouvernement a choisi de ne pas revoir les impôts fonciers
selon les nouveaux loyers, pour éviter une grogne et a
décidé à la place de promulguer la nouvelle loi »,
poursuit-il.
« Mais en plaçant le plafond d’exemption à 500 000 L.E, la
loi ne sera appliquée que sur une catégorie restreinte de la
société, et 2 % seulement de la population payera l’impôt »,
explique Youssef Boutros-Ghali, ministre des Finances.
Argument réfuté par Hamdi Hassan. « Pas du tout : sur le
long terme, tout le monde paiera l’impôt. La loi implique
une réévaluation du loyer tous les 5 ans selon les prix du
marché. Avec la hausse exorbitante des prix de l’immobilier,
le nombre d’appartements exemptés diminuera », prévoit Hamdi
Hassan.
En fait, le gouvernement qui doit remédier à un déficit
budgétaire énorme a les yeux figés sur les caisses.
Actuellement, l’impôt foncier ne rapporte que quelque 200
millions de L.E. par an. Le gouvernement s’attend à ce que
ce chiffre soit multiplié par 5 au cours de la première
année d’application de la loi, soit des recettes de 1
milliard de L.E.
Marwa
Hussein