Al-Ahram Hebdo, Arts | Le roi demeure roi
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 Semaine du 25 juin au 1er juillet 2008, numéro 720

 

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Arts

Album. Taam al-beyout (saveur des demeures), le nouveau florilège de Mohamad Mounir est un retour qui valait la peine d’attendre. Des chansons au goût de la vie.

Le roi demeure roi

Après trois longues années d’attente, le nouvel album de Mohamad Mounir est sorti en début du mois. Un retour fort qui se distingue clairement de l’album précédent Embareh kan omri echrin (hier, j’avais vingt ans). Une variation de musiques, de paroles et de styles qui révèlent non seulement un travail précis et continu, mais aussi un ton doux, rêveur et fin, qui rappelle l’ancien Mounir de l’album Chababik (fenêtres).

Le roi, tel que ses fans l’appellent depuis sa performance dans la pièce de Saadallah Wannous Al-Malik howa al-malik (le roi est le roi), reprend la même tradition « mounirienne » de tous ses albums musicaux, une chanson symbolique, une chanson en nubien et une ou plusieurs chansons qui ne sont pas siennes, mais qu’il réincarne dans son style très spécial.

Le début est fort. Dès la première chanson on se voit emporté dans un monde mythique et heureux qui ressemble à l’affiche de l’album. La première chanson est une métaphore du monde actuel, reprend le mythe de Younès, un personnage de la Sira Al-Hilaliya (geste hilalienne), emprisonné par sa bien-aimée, il fait l’éloge de la liberté, alors qu’il est loin des siens. La poésie de Abdel-Rahmane Al-Abnoudi, enveloppée dans la musique de Mohamad Rohaïm font une combinaison populaire, notamment avec l’utilisation de la rébaba (instrument musical populaire), et une clôture très surprenante qui reprend la musique de Mohamad Abdel-Wahab dans la chanson Hazihi laylati (c’est ma soirée) chantée par Oum Kalsoum.

Après cette introduction forte, l’album reprend le rythme habituel de Mounir, les chansons d’amour comme Men gheir kosouf (sans honte), Mech mehtag atoub (Je n’ai pas besoin de me repentir), Maaki (avec toi) et Kan fadel (Il ne restait plus que...). Un amour qui rend l’esprit inquisiteur, est-ce un amour pour la bien-aimée, la patrie, une chose ou un être inconnu ?

Une seule chanson peut être qualifiée de triste, Lézaman (obligation) qui est un mélange de percussions et de violons, incarnant les maux de perte et de séparation dans des paroles de Magdi Naguib et une musique répétitive ressemblant à la douleur composée par Waguih Aziz.

Après avoir repris Chadia, Najat Al-Saghira, Warda, Ahmad Mounib et d’autres chanteurs confirmés, Mounir choisit cette fois-ci de reprendre la chanson des frères Rahbanis chantée par Sabah Aboul-Tageya et la chanson du folklore tunisien Taht Al-Yasmina (sous le jasmin) chantée par le tunisien Al-Hadi Léjouini. Une interprétation qui lui est chère et qui devient maintenant chère à son public. Il est toujours difficile une fois la chanson chantée de la considérer comme une différente version de l’originale, c’est une chanson à part qui, si on ne connaît point l’originale, pourra nous paraître tout à fait assortie au style de Mounir. Ainsi, paraît Aboul-Tageya qui était chantée dans un arabe libanais, mais qui, chantée par Mounir, ressemble plutôt à un air saïdi (sud égyptien) ou nubien.

Le chanteur présent sur scène depuis plus de trente ans, toujours pour la nouveauté et le changement, choisit dans cet album de se reprendre lui-même, en chantant pour la deuxième fois sa chanson Soäl (question). Dans un de ses entretiens fait avant la sortie de l’album, Mounir explique son choix : « Soäl est une question que j’ai posée il y a de longues années dans mon album Benetweled (Nous naissons) et qui n’a toujours pas de réponse, pourquoi ne pas la reposer? »

La chanson tube de l’album Taam al-beyout est une poésie forte et chaleureuse qui dessine un monde ressemblant au monde des correspondances de Baudelaire. Les demeures, les souvenirs qu’elles renferment, la vie qui existe, les gens qui y vivaient et la convivialité qui lie les différentes personnes. Des sentiments très fins qu’on retrouve en écoutant les paroles, bien que la musique ne soit pas très assortie avec ses sens ressemblant plutôt à du rap occidental.

Trente ans après l’album Allemouni eineiki (tes yeux m’ont appris), Mounir continue avec des pas sûrs son chemin de chanteur du Nil, ou comme certains l’appellent, la « voix d’Egypte ». Taam al-beyout attrape le cœur dès la première écoute, il est la preuve de persévérance, de renouvellement et de maturité artistique.

Dina Abdel-Hakim

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