Exposition. Oum Kalsoum, la voix des Arabes, est célébrée à l’Institut du
Monde Arabe (IMA), à travers une exposition-spectacle, révélant ses multiples
facettes.
Une diva qui défie le temps
Paris, De notre correspondant
Ahmed Youssef
Victor
Hugo évoquait : « La gloire et le soleil des morts ». Cela s’applique bel et
bien à la diva Oum Kalsoum, à qui l’Institut du Monde
Arabe ( l’IMA) consacre toute une exposition jusqu’au 2 novembre prochain. Cela
intervient 30 ans après sa disparition, et quelque cent ans après sa naissance
dont la date demeure incertaine (1989? 1904?)
L’idée
de cette magnifique manifestation sur l’astre de l’Orient, comme la
surnommaient ses fans, est née lors d’un dîner organisé par Dominique Baudis,
président de l’IMA, à l’honneur de Mohamed Salmawy,
rédacteur en chef d’Al-Ahram Hebdo et son épouse la
peintre Nazli Madkour,
ainsi que l’auteur de cet article.
Assistait
à ce dîner également Ysabel Baudis, l’épouse du
président de l’IMA et surtout auteure d’une célèbre biographie d’Oum Kalsoum (Editions Le Rocher). C’est en parlant d’une
récente conférence sur Oum Kalsoum au Centre culturel
égyptien à Paris, brillamment donnée par Ysabel
Baudis et l’écrivain égyptien Ahmad Antar, que l’idée d’une grande
manifestation sur Oum Kalsoum fut évoquée par tous
les convives des Baudis. Cette genèse a été suivie immédiatement par quelques
voyages du président de l’IMA et quelques rencontres avec le ministre égyptien
de la Culture, Farouk Hosni (présent au vernissage).
A
Paris, tout un bataillon a été chargé de l’organisation, engageant une
véritable course contre la montre. Ainsi a vu le jour l’exposition-spectacle, «
Oum Kalsoum, la quatrième pyramide » se déroulant
actuellement dans le grand espace de la Médina à l’IMA. L’inauguration a été si
émouvante grâce notamment à la présence de plusieurs intellectuels, admirateurs
arabes et étrangers venus de tout bord pour rendre hommage à leur tour à celle
qui a représenté leur voix pendant si longtemps. De quoi montrer combien sa
mémoire est encore vivante.
Sans
adopter un parcours chronologique, l’exposition révèle quatre facettes de cette
personnalité mythique, recourant à des photos, séquences sonores et
audiovisuelles, documents, objets, costumes et autres.
Ces
traces d’une vie sont narrées à travers quatre sections. D’abord, «
L’Egyptienne », mélangeant l’histoire de cette figure de proue artistique à
celle du pays, sillonnant les règnes de Fouad et Farouk, les mandats de Nasser
et Sadate ainsi que les défaites de 1948 et de 1967.
La
deuxième section, « Le Talent » tente d’expliquer ce qui était à l’origine de
son succès dépassant les siècles et les frontières. Paroles, musiques et
surtout la voix miraculeuse étaient là pour transcender les foules. Des
extraits de ses concerts et films sont projetés dans la salle.
La
troisième section « L’Engagement » rend compte de l’implication de la diva dans
la vie publique. Ce n’est pas uniquement la femme émancipée qui tient quand
même aux traditions et la chantre d’un panarabisme, ayant le vent en poupe sous
Nasser.
La
quatrième section, « L’Héritage », fait une sélection parmi les œuvres de
plasticiens contemporains où l’image d’Al-Set (la Dame) est récurrente. On
continue à la peindre des années après sa disparition comme cela est le cas
avec Adam Hénein, Georges Bahgouri,
Khaled Hafez, Adel Al-Siwi,
...
Annexé
à l’exposition, un café Oum Kalsoum reçoit les
visiteurs qui seront bercés par la voix de la Dame dont l’œuvre est à l’honneur
à travers un dossier documentaire et des ouvrages disponibles à la bibliothèque
(jusqu’au 30 septembre), des concerts et des ateliers pour jeunes (les samedis
de 15h à 17h jusqu’au 26 juillet).
Quelque
40 ans, après avoir chanté à l’Olympia, c’est à l’IMA aujourd’hui de célébrer
son omniprésence.